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	<title>FoulExpress</title>
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		<title>Portrait de famille, par Nabil E.</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 09:58:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Voici le cinquième et dernier gagnant du concours d'écriture Foul Express. Il s'agit d'un très touchant portrait de famille écrit par Nabil, qui nous rappelle à quel point chaque famille, au fond, est un mélange d'influences. Entre Rahho et Mama Corsica, on se dit que fonder une famille est un geste qui transcende les conditions sociales, les appartenances ethniques et culturelles.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voici le cinquième et dernier gagnant du concours d&#8217;écriture Foul Express. Il s&#8217;agit d&#8217;un très touchant portrait de famille écrit par Nabil, qui nous rappelle à quel point chaque famille, au fond, est un mélange d&#8217;influences. Entre Rahho et Mama Corsica, on se dit que fonder une famille est un geste qui transcende les conditions sociales, les appartenances ethniques et culturelles. Le style d&#8217;écriture est également très agréable et touchant, ce qui renforce l&#8217;effet voulu de transmettre l&#8217;idée qu&#8217;une famille, ça éclaire tout un chemin&#8230;</p>
<p><strong>Portrait de famille du métis-sage, par Nabil E.</strong></p>
<p>La vie, à  quoi ça tient ? Une question simple en apparence. Une question existentielle. Une question universelle. J’imagine que cette idée, même fugace et fugitive, vous a tous traversé l’esprit, au moins une fois au cours de votre existence… Dans le cas contraire, un peu de patience, c’est imminent !</p>
<p>Métissage du corps et du cœur, héritage de sons et de couleurs… Mon existence a pris naissance sur les deux rives de la mer blanche intermédiaire, la mer méditerranée. Un franco-italien d’origine marocaine, un marocain d’origine franco-italienne, que sais-je encore ? Poursuivez la liste si ça vous amuse… Les nations, quelle importance ? La médiocrité nous y attache, l’Islam nous en détache. Le métissage n’est pas une fin en soi, quoiqu’en pensent celles &#8211; ou ceux &#8211; qui cherchent et recherchent à tout prix des converti-e-s pour se lancer dans l’aventure… du mariage ! Ce métissage est encore moins un drame. Il est simplement l’une des routes que l’on suit pour arriver à destination…</p>
<p>La vie, à  quoi ça tient ? Aujourd’hui encore, cette idée s’est frayée un chemin à travers les méandres de mes pensées. Aujourd’hui encore, elle frappe à ma porte. Aujourd’hui encore, je lui ouvrirai…</p>
<p>France, 1970.</p>
<p>En ce mois de janvier, l’air est glacial mais ni plus ni moins qu’à l’accoutumée. D’ailleurs, personne ne semble particulièrement troublé. Les passants se croisent, souvent sans un regard, sans un bruit. Le froid semble les avoir envahis. Pourtant, parmi cette multitude, il est un homme dont le corps et le cœur sont saisis à vif. Un manque d’habitude sûrement…</p>
<p>Qui est-il ? D’où vient-il ? Où va-t-il ? Nul ne le sait encore… Et personne ne se le demande, pas même lui. Il sait simplement qu’il vient de quitter sa terre natale, pour un ailleurs dont il ne rentrerait jamais. Une éducation autonome, un père parachuté haut fonctionnaire par les colonialistes français (protectionnistes, pardon !), un grand frère (puisqu’il faut l’appeler comme ça) qui vit en France, un asthme rebelle qui l’empêche de vivre dans cette ville marocaine qui l’oppresse physiquement (tout un symbole) : pêle-mêle, voilà quelques-unes des raisons de son départ. Voilà donc quelques-unes des raisons de ma naissance. Celui qu’aujourd’hui, nous surnommons affectueusement « Rahho ». Mon père…</p>
<p>Vingt ans. Je t’imagine fier, enthousiaste, passionné, rebelle, orateur, excessif, meneur, révolté, bouleversant, rêveur, bouleversé, vivant tout simplement. La vie t’a élevé et tu lui ressembles. Tu es plein de certitudes et tu veux révolutionner le monde. Un idéaliste, voilà ce que tu es ! Un idéaliste, voilà ce que tu resteras…</p>
<p>France, 1971.</p>
<p>Tu as quitté  le Maroc. Tu y as laissé tes proches, tes amis, ta famille, une partie de ton cœur… Tel un arbre élagué qui poursuit sa course vers le ciel avec plus d’aplomb et une force régénérée, ton cœur « amputé » s’en est trouvé renforcé. Libre arbitre et prédestination… « Mektub », un mot magique, presque mystique, qui permet à une communauté de résumer cette équation insoluble qu’est la Vie. Quoiqu’il en soit, nul ne saura jamais la profonde raison de ton exil en France mais ici-même tu as rencontré la Vie justement, l’Amour, la Moitié de ta Foi. Celle qu’aujourd’hui, nous surnommons affectueusement « Mamma Corsica » malgré (ou peut-être à cause de) ses origines italiennes. Ma mère…</p>
<p>Le paradoxe et la beauté d’une Union. Vous n’avez cure des obstacles qui se présentent pour briser une unité naissante et ces insignifiantes poussières sont effacées d’un revers de la main, par la jeunesse et la vigueur de votre Amour. L’avenir vous appartient…</p>
<p>L’avenir, justement parlons-en ! Ou plutôt, le passé… Le nord italien ne lui prédisait rien de bon dans ces années 20. Mon grand-père, auquel je ressemble parfois sur les rares photos que j’ai de lui, avait décidé de tenter sa chance en France. Je n’ai jamais compris pourquoi… Seul, parmi de nombreux frères et sœurs, il a franchi cette frontière naturelle que sont les Alpes et s’est établi comme maçon, la puberté à peine achevée… J’aurais aimé le connaître mieux, mais j’observe ma mère et bien souvent, en arrière-plan je le devine. Tout autant que je devine ma grand-mère, de famille bien ancrée dans le « terroir » français, que je n’ai pas connu… Ce furent les éducateurs de ma mère, cette littéraire autodidacte des travaux manuels, talentueuse et modeste, altruiste au plus haut point tout autant que travailleuse infatigable. Qu’Allah la récompense pour les bienfaits qu’elle distribue tout autour d’elle.</p>
<p>France, 1975.</p>
<p>Tu es belle. Belle comme les Univers, voilà ce que Rahho se plaît à répéter. Voici quatre ans que vous partagez vos vies, votre vie même car vous n’êtes plus qu’Un. « 1+1=1 », la curieuse équation du Bonheur… Le bonheur décuplé, c’est un enfant qui naît. Mon frère…</p>
<p>Un vrai petit Parisien ! Si, je vous assure qu’il y est né, c’est marqué sur sa carte d’identité… N’en déplaise à certains ! La France… Elle change, elle bouge, elle est de toutes les couleurs pour notre plus grand bonheur, du moins on en rêve. Le bonheur, il est dans les yeux et dans le cœur de ses parents… La vie s’accordera désormais aux sons de ce nouveau-né !</p>
<p>Maroc, 1978.</p>
<p>Chamboulement. Autre lieu, autre temps. La vie réserve bien des surprises. Avez-vous hésité à franchir le détroit de Gibraltar, maigre séparation (tant convoitée) entre l’Europe et l’Afrique ? Je ne vous ai jamais posé la question. Je ne la poserai jamais d’ailleurs… « Le passé doit être un ornement, pas un fardeau », se plaît à répéter un frère de cœur ! Impoli, je le suis puisque je parle de moi sans m’être présenté… La famille s’agrandit au crépuscule de l’été. Un casablancais de naissance, le « petit dernier ».</p>
<p>De ces premières années de ma vie, je vous avoue à regret que les souvenirs sont inexistants… A moins que certaines anecdotes ou photographies m’aient permis de matérialiser des images enfouies au fond de mon âme ?! Il paraît que j’y ai au moins pris goût pour la gastronomie marocaine, grâce à ma « nounou » de l’époque. Merci à toi pour tes petits soins à mon égard !</p>
<p>France, 1981.</p>
<p>Je pourrais reprendre la même prose quant aux surprises de la vie, au détroit de Gibraltar, au passé qui doit être un ornement… Rassurez-vous, je ne le ferai pas ! Simplement, après quatre années passées au Maroc, la rupture est brutale et la cassure, définitive. Les idéaux sont révolus tout autant que la révolution reste un idéal… Elle n’aura pas lieu, à tout jamais. Fuir pendant qu’il en est encore temps, fuir avant que LE poisson pourri gangrène tout le panier.</p>
<p>Quelques destinations s’offrent à nous. Mantes-la-Jolie vous avait séduits par ce nom champêtre et bucolique, contrastant avec la réalité bétonnée… Finalement, ce fut le 92 (9-2 dirait-on aujourd’hui) ! Je ne m’embarrasse pas de votre avis et c’est avec un ridicule assumé et un sourire sincère que je me plais à taquiner quelques amis en qualifiant ma ville de « plus belle ville du monde » ! J’y ai grandi non ? Rien que pour ça, la ville vaut le détour. Elle a accueilli l’essentiel de mes jeux, de mes joies, de mes peines. Elle est chargée de souvenirs… La rivière par exemple, ça vous dit quelque chose ? Demandez à Rahho… Les yeux pétillants de bonheur, il vous en parlera et des sanglots muets de nostalgie lui déchireront le cœur… Mais fier comme un « ogre de berbérie », il n’en laissera rien paraître. La rivière, c’est une longue histoire… Toujours est-il que nous la franchissons chaque jour qui passe ! Merci.</p>
<p>Je ne peux me résoudre à refermer ce chapitre. Je pense encore à « ma » première adresse de « banlieusard »… Le début de l’école et de la cantine, un vrai bonheur : sans ironie bien sûr, ce n’est pas mon genre ! Que voulez-vous, il n’y a pas que du bon à la « civilisation »… Les souvenirs sont tous là, au bout de mes doigts prêts à virevolter avec fougue sur ce clavier. Un à un j’ouvrirai les coffres stockés dans mon grenier à souvenirs. Incha Allah…</p>
<p>D’ici là, n’oubliez pas, le bonheur est à portée de mains et la vie n’attend pas. A bon entendeur, salam paix pace.</p>
<p align="justify">
<p align="justify">
<p style="text-align: center;" align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;"><img class="size-full wp-image-351  aligncenter" title="metissage" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/metissage.jpg" alt="metissage" width="398" height="400" /><br />
</span></p>
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		<title>Celtophobie, par Eric F.</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Feb 2010 18:02:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Voici le 4e gagnant du concours Foul Express. Nous avons beaucoup apprécié la qualité et l'humour de ce texte. Très élégante, la façon dont l'auteur analyse l'invective islamophobe dont il fait l'objet pour tourner la situation actuelle en dérision. Cela montre aussi à quel point ce genre de positions est grotesque.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Voici le 4e gagnant du concours Foul Express. Nous avons beaucoup apprécié la qualité et l&#8217;humour de ce texte. Très élégante, la façon dont l&#8217;auteur analyse l&#8217;invective islamophobe dont il fait l&#8217;objet pour tourner la situation actuelle en dérision. Cela montre aussi à quel point ce genre de positions est grotesque. Les musulmans convertis semblent poser beaucoup de problèmes à un discours jusque là basé sur des clivages ethniques. Le racisme anti-arabes et noirs des années 80 se transforme ainsi aujourd&#8217;hui en &laquo;&nbsp;racisme&nbsp;&raquo; anti-musulmans&#8230; </p>
<p> </p>
<p><strong>Celtophobie, par Eric F.</strong></p>
<p>Tellement de fois nous avons crié au monde ce que nous sommes réellement en tant qu&#8217; individus, en tant que communauté, justifiant à chaque fois notre droit à l&#8217;existence. On nous prend souvent pour ce que nous ne sommes pas, nous confondant avec un autre jusqu&#8217;à ce que notre véritable identité disparaisse au cours de cette confusion. Ainsi, de ce que je suis, il ne reste que ce que je ne suis pas&#8230;</p>
<p>Et c&#8217;est précisément celui que je suis, que nous lisons dans l&#8217;une des pages du journal de ma vie, un jour comme les autres:</p>
<p>La première fois que j&#8217;ai entendu la douce voix de l&#8217;un de mes concitoyens me déclarer sa flamme en ces termes tellement simples et illustratifs :</p>
<p>“Eh Ben Laden!!&#8230; retourne dans ton pays!!!”</p>
<p>Je dois bien avouer que cela ne raisonna pas telle une harmonieuse mélodie chuchotée avec amour au creux de mon oreille. En revanche il me vint immédiatement à l&#8217;esprit une autre mélodie, ou plutôt un tube de l&#8217;été 1789&#8230; sans aucun doute premier au top 50 à cette époque. Ca se chantait en cœur sur un air entrainant plein d&#8217;espoirs de lendemains ensoleilles&#8230; et je ne parle pas de météo. Ca faisait quelque chose comme:</p>
<p>“liberté ,égalité,fraternité”&#8230;.</p>
<p>vous savez&#8230; c&#8217;était sur le même air que “We are the world”. Tout de même, c&#8217;est fou comme les tubes commerciaux de l&#8217;été peuvent rester en tête, on le chantonne sans même savoir d&#8217;où cela sort. Et bien évidemment, mon courageux et intrépide frère de nationalité a disparu aussi vite qu&#8217;il était apparu. Ai-je rêvé ou était-il vraiment là??? Etait-ce le son de sa voix ou le simple écho du doux message de paix diffusé à la TV???</p>
<p>Puis l&#8217;ode de cet amoureux de la liberté d&#8217;expression pourtant si courte mais pleine de sens, me revint comme le flash info du 6 minutes d&#8217;M6&#8230;. Eh Ben Laden!!&#8230; Ah bon?? Alors je serais Oussama Ben Laden?? Mais non Monsieur, vous faites erreurs, je ne suis pas ce Monsieur Ben Laden et la CIA ne vous donnera pas dix millions de dollars si vous me capturez&#8230;</p>
<p>D&#8217;ailleurs, je ne suis pas natif d&#8217;Arabie Saoudite, mais de Lyon 3eme près de la mairie. De plus, mes origines ethniques ne sont ni du Moyen Orient, ni d&#8217;Afghanistan mais du côté de Saint-Malo en Bretagne&#8230;. Et pourtant, malgré toutes ces différences ethniques, physiques, linguistiques et géographiques c&#8217;est pour moi monnaie courante que d&#8217;être confondu avec ce Monsieur. Peut-être devrais-je me faire broder un maillot de foot avec mon nom dessus, ainsi les gens y verraient plus clair.</p>
<p>Puis la deuxième partie de ce poème lyrique: “Retourne dans ton pays!”. Bon sang, c&#8217;est fou la haine des parisiens pour les bretons!! Et aveuglés par leur rage, ils pensent que la Bretagne a obtenu l&#8217;indépendance&#8230; “TON pays”, un pays distinct, certainement que les indépendantistes bretons se réjouiraient de cette nouvelle si elle était vraie!! KENAVO!!!! Vive la Bretagne libre!!!!</p>
<p>Et chose étrange, lorsque je voyage dans le reste de la France, je retrouve cette même haine du breton que je suis&#8230; peut-être devrais- je monter un collectif de la dénonciation de la “celtophobie”&#8230; Nous autres descendants des celtes avons toujours subi. Cela dit, j&#8217;aurais pu être grisé par cette confusion faite avec l&#8217;homme le plus recherché du monde américain, tel Mesrine, on aurait fait un film sur moi&#8230; A Moi Hollywood !!!! Mais tous ne partagent pas mon enthousiasme cinéphile, tel mon ami Amar-pauvre de lui- qui m&#8217;affirme que mes admirateurs anonymes m&#8217;appelant Ben Laden, savent que je ne suis pas lui et ne veulent par cela qu&#8217;insulter ma religion, mon apparence et sous-entendre que je ne suis qu&#8217;un terroriste.</p>
<p>-Mais voyons Amar, comment peux-tu avoir une si mauvaise opinion de mes concitoyens?? Nous sommes tous enfants de la République unis dans l&#8217;amour de la liberté laïque ( Je sais que ça ne veut rien dire mais c&#8217;est comme les additifs en “E” que l&#8217;on trouve dans la liste des ingrédients des produits que l&#8217;on absorbe sans comprendre ce qu&#8217;ils signifient) cela est impossible! Et c&#8217;est, illuminé par la sacrosainte vision d&#8217;un nain de 1m40, au slogan si philosophique: “ La France on l&#8217;aime ou on la quitte”, que me fut révélée la véritable explication de la tirade du début que je lui transmis en ces termes:</p>
<p>-Me prenant pour Monsieur Ben Laden, ils savent qu&#8217;il est recherché et bien évidemment, se font énormément de souci pour lui. Alors, tel un ami sincère qui veut vous préserver d&#8217;un danger imminent ils m&#8217;appellent et m&#8217;ordonnent avec amour de retourner à Araboland (Entre Burkaland et Terroristeland) car c&#8217;est dangereux pour moi ici.</p>
<p>Autrement dit, le “Eh Ben Laden retourne dans ton pays!” signifie “ attention à toi cher concitoyen, c&#8217;est extrêmement dangereux pour toi ici, il vaut mieux que tu partes pour te protéger!! &#8230;pfff quel esprit mal placé ce Amar! Je le soupçonne même d&#8217;avoir été contaminé par ce virus médiatique qu&#8217;est la victimisation et la perception de l&#8217;islamophobie dans tous les actes du peuple français, qui a l&#8217;évidence a toujours été un farouche défenseur des droits de l&#8217;homme&#8230; blanc et non musulman diront certains médisants. C&#8217;est comme si les Amar et autres n&#8217;avaient jamais écouté le tube de 1789 : “ Liberté, égalité, fraternité, tous les hommes naissent libres et égaux, chacun est libre de sa pratique religieuse etc&#8230;” Pourtant les droits d&#8217;auteur de ce morceau sont du domaine publique, et je n&#8217;arrive plus à dénombrer le nombre de remix servis dans des compiles à la mode par DJ De Gaulles, DJ Chirac et le dernier en date sur un bit funky par DJ Sarko feat les zoulous de l&#8217;Elysée.</p>
<p>La maison de disque “escroquerie&amp; Co”a toujours fait dans le commercial, et on dirait que je suis le seul ringard rétro à écouter encore ce morceau la larme à l&#8217;œil. J&#8217;ai même retrouvé un disque collector à la fnac, uniquement disponible en vinyle, caché entre “viens boire un petit coup a la maison” et “c&#8217;est la danse des canards”. Il était soldé,car plus personne n&#8217;achète un tube vieux de 220 ans&#8230;sauf moi peut-être.</p>
<p> </p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-346" title="celte" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/celte1.jpg" alt="celte" width="500" height="333" /></p>
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		<title>Le Bonheur, par Mickaël B.</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Feb 2010 09:42:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce texte plein d&#8217;humour proposé par Mickaël B. est très agréable à lire. Il détourne une scène de la vie quotidienne pour nous interroger sur la nature du bonheur, sa rareté, sa valeur et les moyens de l&#8217;obtenir. L&#8217;auteur utilise très bien le dialogue entre le client et la vendeuse, parfois désabusée sur l&#8217;usage que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce texte plein d&#8217;humour proposé par Mickaël B. est très agréable à lire. Il détourne une scène de la vie quotidienne pour nous interroger sur la nature du bonheur, sa rareté, sa valeur et les moyens de l&#8217;obtenir. L&#8217;auteur utilise très bien le dialogue entre le client et la vendeuse, parfois désabusée sur l&#8217;usage que font les gens d&#8217;un bonheur si précieux. Chapeau&#8230;</p>
<p><strong>Le Bonheur, par Mickaël B.</strong></p>
<p>10h30 , Paris</p>
<p>Sorti du métro, Montreuil…Enfin…</p>
<p>Quelques sourires dans ma poche… Je les garderais jusqu’à ce soir…Ils sont éphémères, ne durent guère plus qu’une journée, malheureusement…Quelquefois, en fermant longuement les yeux, j’arrive à les faire durer jusqu’à tard dans la nuit. Mais c’est rare.</p>
<p>J’ai faim…Je vois un fast-food pas loin, je vais tenter le coup…</p>
<p>-« Bonjour, je voudrais du bonheur s’il vous plait.</p>
<p>- Sur place ou à emporter ?</p>
<p>Quelle question ! A emporter évidemment ! Je ne veux pas d’un bonheur que je ne peux  garder avec moi. Et encore moins partager. Je veux l’emporter avec moi, le chérir, l’entretenir, le faire vivre…Un bonheur, ça doit vivre non ? C’est quoi du bonheur sur place ? […]</p>
<p>- A emporter…</p>
<p>Elle me tend un paquet marron, soigneusement refermé…</p>
<p>- Qu’est ce qui me prouve que c’est du bonheur ?</p>
<p>- Bah vous savez à quoi cela ressemble non ? Vérifiez vous-même !</p>
<p>Le fait est que je ne sais pas vraiment à quoi ça ressemble du bonheur. J’ai bien vu chez les autres des semblants de bonheur mais je n’étais jamais sûr…Et puis mon bonheur, ce n’est pas forcément celui des autres…</p>
<p>- Je ne sais pas, j’hésite quand même…Je voudrais pas que ce soit du mauvais bonheur…Du malheur pourrait-on dire…Y a rien de pire que le mauvais bonheur, n’est ce pas ? On croit qu’on est heureux, et puis on n’ose pas imaginer qu’on pourrait l’être encore plus, alors on n’ose pas se débarrasser du sac, vous comprenez…</p>
<p>- Bah, dans ce cas, ne prenez pas du bonheur, prenez de la joie. La joie c’est plus visible, ça se manifeste tout de suite. Ca fait pleurer, mais différemment. Et c’est éphémère, mais on le sait, on n’est pas surpris ! On a un menu joie en ce moment, avec en cadeau des amis d’enfance sans aucun intérêt que de vous faire rire…</p>
<p>- Non, non je vais prendre le bonheur… Mais qu’y trouve t-on à l’intérieur ?</p>
<p>- De la vie, des sourires d’adultes et d’enfants, quelqu’un qui vous rend beau, qui vous fait rire, qui aime vos blagues débiles.  De la musique, des feuilles qui tremblent dans les arbres, du soleil, des étoiles, deux regards qui voient le même horizon, des paroles, […], de l’oubli, …</p>
<p>- C’est bon, c’est bon, je crois que je vais le prendre… Mais ça fait beaucoup tout ça…Je veux dire…C’est pas dangereux au moins ?</p>
<p>- Je ne crois pas…En tout cas, personne n’est encore mort du bonheur jusqu’à maintenant…</p>
<p>- Oui, tant qu’on l’a…</p>
<p>- Si vous le perdez, c’est votre problème…On rembourse pas de toute façon…</p>
<p>- Même si je n’aime pas ?</p>
<p>- Vous n’aurez qu’à en prendre un autre ?</p>
<p>- Mais je vais le payer ?</p>
<p>- Oui, on paye toujours pour les bonheurs ratés. C’est ainsi. On ne peut pas se permettre de rembourser les gens pas heureux ! Vous imaginez l’argent que ça nous coûterait ?</p>
<p>- J’imagine…je suis tenté…Les gens qui sortent de chez vous ont l’air heureux, ils ont le sourire.</p>
<p>- Ils sont satisfaits surtout.</p>
<p>- Satisfait de quoi ?</p>
<p>- De leur bonheur…Ils croient l’avoir mérité !</p>
<p>- Oui et c’est marrant, ils partent chacun de leur côté…Avec leurs sourires…C’est bizarre, ils pourraient se regrouper, en parler…</p>
<p>- Pourquoi faire ? Y a que le malheur qui se confie ! Le bonheur fait rarement parti des confidences !</p>
<p>- Cela vous ferait de la publicité, pourtant…</p>
<p>- Oui mais bon, peut être que le bonheur des uns grandit quand les autres sont malheureux. Trop de pub, cela nous tuerait le bonheur, à coup sûr…</p>
<p>- Vous êtes dure là ! Je pense qu’ils n’osent pas l’exhiber c’est tout… C’est de la pudeur…</p>
<p>- Peut être oui… Je suis un peu aigrie par ce boulot…Si vous saviez tout les gens à qui j’ai donné du bonheur et qui l’ont saccagé ! Ca me dégoûte !</p>
<p>- Oui, je pense que peu de gens sont conscients de ce qu’ils ont…J’en parlais tout seul tout à l’heure dans le métro…</p>
<p>- Bon, vous m’êtes sympathique, et tout, et tout, mais…Vous le prenez ce bonheur ou pas ?</p>
<p>- Non…Finalement, je vais aller me promener…Je vais pas l’acheter votre bonheur…Je vais le croiser. »</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-331" title="RondCouleurs" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/RondCouleurs.jpg" alt="RondCouleurs" width="550" height="550" /></p>
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		<title>Belle Sous Ville, par Ahmed B.</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Feb 2010 17:00:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Au delà de sa qualité de rédaction, nous avons choisi ce second texte pour la précision de la description qu&#8217;il fait du quartier de Belleville. Peu d&#8217;auteurs ont la légitimité pour présenter un quartier de manière fidèle, sans les artifices d&#8217;une mise en scène excessive.  C&#8217;est pour cela qu&#8217;il nous a paru important de mettre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Au delà de sa qualité de rédaction, nous avons choisi ce second texte pour la précision de la description qu&#8217;il fait du quartier de Belleville. Peu d&#8217;auteurs ont la légitimité pour présenter un quartier de manière fidèle, sans les artifices d&#8217;une mise en scène excessive.  C&#8217;est pour cela qu&#8217;il nous a paru important de mettre ce texte en avant, proposé par Ahmed qui, en plus de son coup de plume, a mis au service des autres ses qualités dans le cadre de l&#8217;association &laquo;&nbsp;<a href="http://actionvertlavenir.com">Action Vert l&#8217;Avenir</a>&nbsp;&raquo; qui développe des projets de développement durable. C&#8217;est donc une raison supplémentaire pour soutenir une telle initiative&#8230;</p>
<p align="justify">
<p><strong>Belle Sous Ville, de Ahmed B.</strong></p>
<p>Je ne me sens pas Bellevillois, je n’ai jamais aimé les étiquettes. Maintenant, il est un fait, j’y ai toujours vécu, j’y ai même galéré, perdu du temps, gagné des tunes. J’ai du y faire tout ce qu’il est possible de faire dans son quartier, quand on est jeune en construction et avec parfois, l’irrépressible envie de détruire. À Belleville, je connais les halls, les cours d’immeubles, les trottoirs, les parcs, les parkings, les coins et recoins, et j’ai la certitude que nombreux encore me restent secrets. Je connais les restaurants, les bars, les associations, les cafés du coin ; les incontournables et classiques, ceux aussi qui restent déserts à l’exception de rares habitués qui font toujours extraordinairement raccords avec le mobilier, et les autres, plus en vogue, qui surfent sur la vague Bobo, design, vintage. Ceux-là respirent le concept jusqu’au zinc… Aujourd’hui je pourrais être à des années lumières de mon enfance à Belleville, cependant, ce n’est pas le cas. Mes multiples activités associatives, professionnelles, ainsi que mon bagage universitaire m’éloignent d’une jeunesse rythmée par les aléas d’un ancrage particulier au territoire du quartier. Et pourtant Belleville est le dénominateur de la plupart de mes nouveaux projets.</p>
<p>Un quartier évolue, il est souhaitable (?) aussi qu’on évolue, seulement je ne sais pas dans quelle mesure on évolue avec son quartier. Quand j’observe les nouvelles générations, celles qui, toutes prétentions et proportions gardées, arpentent les chemins qu’on a empruntés jadis, j’ai clairement l’impression que Belleville est un éternel recommencement pour ses jeunes. Malheureusement, on peut raconter sa vie aux plus jeunes, mais il semble que l’expérience qu’on leur communique est condamnée à rester une torche sans pile. Tous vont avec plus ou moins de succès, de persévérance, de croyance, de bêtise, s’essayer à la carrière de délinquant. Dans ce cas, à Belleville comme ailleurs, il faut accepter tout ce qui va avec.</p>
<p>Par exemple. Dans les quartiers dits « sensibles », les violences policières, corporelles et humiliations, sont classiques et font partie du quotidien. Elles n’étonnent que les étrangers à ce microcosme lorsqu’ils daignent ouvrir les yeux sur le sort de ces populations.  Moi-même j’ai été, déterminations sociologiques obligent, familier des mauvais endroits et mauvais moments, où, les altercations musclées avec les forces de l’ordre sont si banales que lorsqu’elles n’engendrent pas les circonstances gravissimes, donnent simplement naissance, une fois essuyées, aux rigolades et moqueries. Pourtant mon cas est bien éloigné des parcours marqués par les violences les plus extrêmes, et reste tout communément ponctué par la routine des contrôles et des nombreuses visites au poste. Et il fut seulement deux fois tristement récompensés par deux simples « outrage et rébellion ». Sans avoir attendu mes études pour qu’elles jettent le doute sur ma nature foncièrement mauvaise, elles fournirent au moins, la cynique consolation que nous sommes aussi le fruit des cadres sociaux. Alors, à moins d’être frappé de cécité, nul besoin d’être sociologue pour avoir une idée, même sommaire, des circonstances à l’œuvre dans les quartiers dits « défavorisés », « prioritaires », « sensibles », « difficiles » ou encore, de « l’immigration ». Aux dernières nouvelles, paroles d’élus, tout ceci est en voie d’amélioration. La voie est d’ailleurs, depuis des années, bien engagée. Aujourd’hui, où l’on donne la température des quartiers chauds comme on diffuse les bulletins météos, l’intensification des mesures de l’insécurité montre bien la primauté donnée à la thématique de la sécurité. Elle affecte concrètement mon quartier. La relation entre délinquance et urbanisme n’est pas une corrélation simple et directe ; le climat d’insécurité n’est pas tant un problème de forme que de fond. Pourtant les politiques de la ville semblent accorder une large part à la restructuration. On a pu voir durant la dernière décennie, marquée notamment par la thématique de l’insécurité, des politiques de travaux visant à améliorer le confort d’une partie des habitants, à limiter le champ d’action des indésirables et, dans le même temps, à faciliter l’accès des zones dites de non-droit aux forces de police. Sur le terrain, dans les quartiers de l’Est parisien où j’ai pu les constater le plus nettement, l’accomplissement de ces mesures se réalise par la destruction – rénovation des habitations sensibles (pour cause l’insalubrité et la faune qui y gravite) ; la condamnation – ouverture d’accès ; et la reconfiguration des remparts, barrières, grilles,… La suppression des murets, marches d’escaliers, et autres infrastructures susceptibles de favoriser le squat d’une population de « sauvageons », à qui l’on avait clairement affiché la véritable campagne qu’on menait contre elle, ainsi que la destruction des immeubles et la constitution de nouvelles voies (rue, passage) au sein des blocs d’habitations, comptaient parmi les mesures les plus inattendues et spectaculaires.</p>
<p>Avant de revenir de manière plus fine à ce folklore, on peut faire un tour dans le quartier de Belleville qui est très loin de s’y limiter. Le quartier de Belleville manifeste une grande diversité culturelle. Il présente différentes minorités « visibles » (Attention : je ne pense pas qu’on les voie plus que les autres…) qui divergent par leur ancienneté et leurs modes d’implantation. On pourra apprécier le caractère autonome ou soumis de leurs positions sociales par le nombre et les domaines que recouvrent les commerces, services, lieux de cultes, etc… Ainsi on observe une forte communauté asiatique (à majorité chinoise), juive (séfarade), africaine (constituée en grande majorité de Maliens, Sénégalais, et Maghrébins principalement Tunisiens), indienne, portugaise, espagnole, d’Europe de l’Est, turque et comorienne. Malgré l’illusion de brassage culturel, on constate que les individus vivent chacun au sein de leur groupe culturel respectif et que les contacts interculturels sont peu fréquents. Pas très révolutionnaire comme information ; à l’image de nombreux animaux et autres insectes sociaux, les hommes vivent entre eux. (Je ne parle pas des souches, invisibles par définition…)</p>
<p>Belleville fait l’objet d’un morcellement en une multitude de microterritoires exclusifs, révélateurs des identités des groupes qui en marquent l’appropriation et les identifications. Au sein du quartier où les différents groupes humains sont amenés à cohabiter se jouent les mécanismes d’attractions/répulsions, stratégies d’appropriations, d’évitements, et autres rapports de coopérations, de négociations, de tolérances… Ainsi, les jeunes teneurs de murs sont amenés à composer dans et avec ce microcosme bellevillois cosmopolite où chacun semble étranger ou étrangement invisible à l’autre.</p>
<p>Certes le restaurateur du coin n’est pas forcément plus grec que l’épicier est marocain… Mais là où il était facile d’assigner ce genre de clichés à certaines minorités, la communauté asiatique s’est énormément diversifiée dans son implantation par les services qu’elle propose, et on la retrouve dans des domaines aussi variés que la santé, la presse, les multimédias, l’alimentation, le textile,… Cela étant dit, il faut noter qu’en dehors de la population asiatique, qui, du moins en apparence, se suffit à elle-même (la population s’autonomise et se dégage d’une position soumise envers la terre d’accueil), ce sont les communautés juives, maliennes, sénégalaises et maghrébines qui peuplent le plus le quartier.</p>
<p>Une familiarisation avec Belleville, au risque de flirter avec l’impressionnisme, se doit d’effleurer ces composantes structurantes de son environnement. En nombre, les manifestations urbaines que le quartier accueille sont bien plus compliquées et complexes que le très succinct tableau brossé ici. Seulement, à défaut de précisions, il semble nécessaire d’en donner au moins un aperçu pour en saisir l’originalité. Avec sa voirie fréquemment jonchée de déchets, et cela de manière critique dans certaines ruelles, le sale atteste de ce trait particulier propre au quartier.</p>
<p>À plus d’un aspect, il est limite, théâtre des déviances, de vies et d’économies parallèles. Les phénomènes abordés ont en commun les aspects de la précarité, l’illégalité ou le caractère informel de la ville en général et plus particulièrement de Belleville. Le quartier populaire en est l’hôte, cela est rendu possible par sa propension à tolérer ces aspects marginaux de la ville. Sans entrer dans une lecture écologique on peut affirmer que jusqu’à maintenant, tant que ces manifestations y trouvent place, Belleville est apte à assurer cette fonction dans la capitale. Généralement, c’est sans complexe que ces pratiques se déroulent aux yeux de tous. Avec la routine du quotidien, l’anodin est à peine anecdotique, il n’y est plus prêtée attention. D’autre fois, l’invisibilité est un luxe. Lorsque les signes extérieurs (vestimentaires, faciès, langage) ont une valeur de stigmate, l’expérience de l’altérité peut se révéler une véritable aventure pour les inconnus reconnus, aux traits des « populations visibles ». Aussi, même si elle reste à nuancer, il ne faut pas occulter la dimension protectrice inhérente au quartier. La concentration de populations issues de l’immigration, immigrées et supposées étrangères font de Belleville un quartier multiculturel idéal pour passer inaperçu. À l’échelle mondiale, il est sans doute un des nombreux phares qui rayonnent pour les filières migratoires. L’attraction qu’il génère, chez les populations, repose en grande partie sur les ressources culturelles qu’il propose. Elles y trouvent les pairs, ainsi qu’une offre commerciale et de services spécifiques. Les signes manifestes ailleurs discriminants le sont nettement moins au sein du quartier. Cependant, les forces de l’ordre ne l’ignorent pas ; Belleville est une aire de prédilection pour la traque aux sans-papiers. Pour ces derniers, au caractère protecteur du quartier pluriethnique s’ajoute un aspect non négligeable : la dangerosité des rondes de police et de l’embuscade des contrôles. Stratégiquement, la police opère aux points névralgiques que sont les boulevards, les sorties de métros ou d’écoles et plus rarement dans l’enceinte même des foyers de travailleurs migrants… Écrit sur banderoles multicolores parsemées en de multiples recoins du quartier, on lit le soutien des Bellevillois sensibles à ces questions. Les réseaux d’entraides et les manifestations en faveur des sans-papiers ne sont pas rares. Le quartier reste animé pour le meilleur comme pour le pire…</p>
<p>Si le quartier est vivant, c’est aussi parce qu’il réunit un certain nombre d’activités économiques assimilables aux stratégies de survie. Elles constituent en quelque sorte aussi une part du pittoresque et du folklore local. Leur développement est tout aussi visible dans le quartier populaire où se croise une diversité de situations précaires. Différents publics sont concernés, avec des motivations et des moyens tout aussi variés, chacun s’adonnant aux pratiques de « subsistance ». Pour ces questions de vie et de survie, les moyens déployés et la transgression qu’ils portent sont plus ou moins marginaux, officieux, tolérés, organisés, dissimulés… Les activités se distinguent par leur régularité et leur constance dans les manières de s’établir. Sédentaires si elles disposent d’un endroit relativement attitré pour les accueillir, sinon nomades quand elles parcourent le quartier. Une chaîne de télévision « engagée » a par exemple produit un documentaire d’ « investigation » sur la prostitution de femmes asiatiques à Belleville. En donnant quelque chose de romanesque à son titre, elle l’a intitulé « les marcheuses de Belleville »…</p>
<p>Pour ce qui est de faire vivre la rue, prend malheureusement part au tableau le cas de ceux qui littéralement y vivent. À deux niveaux de la rue Fontaine au roi, installés depuis quelques années déjà, non loin des tentes du canal St Martin rendues célèbres grâce aux Enfants de Don Quichotte, tente et matelas à même le sol constituent l’habitat permanent de sans abris, six ou sept environ. Sans doute trop peu nombreux pour susciter l’intérêt des médias, ils ne sont pas moins présents profitant du souffle chaud et gratuit des bouches d’aérations. Ils sont calmes et la rue semble indifférente à leur présence. À l’exception de rares passants enjambant et s’aventurant au travers du campement de fortune, la plupart quittent le trottoir pour rejoindre la  large chaussée… À l’endroit où les vendeurs pakistanais et africains du foyer se disputent pacifiquement les clients pour la vente de maïs ou de marrons chauds, selon la saison. C’est-à-dire, un peu plus haut, à hauteur du métro Belleville, côté rue de Belleville et boulevard de la Villette, au carrefour où se situe la station ; un groupe de clochards d’une petite douzaine s’est installé de manière tout aussi durable. Ils stationnent principalement sur la rue de Belleville, mais on peut parfois les retrouver dans le métro, surtout l’hiver, sur les quais de la ligne 11. Impossible de situer dans le temps leur enracinement, ils semblent toujours avoir siégé sur place. Cela dit, ils n’ont pas pris la rue pour habitat, du moins ils ne couchent pas à cet endroit occupé la journée et à la tombée du jour, qu’ils finissent par quitter une fois la nuit bien entamée. Avec leur omniprésence, ils sont connus des Bellevillois, sans compter que vifs et remuants, leur turbulence les range difficilement parmi ceux qu’on ignore. Fortement alcoolisés, ces derniers sont autrement bruyants, ils comptent parmi eux des clochards célèbres pour leurs pitreries quand ils miment et interpellent les passants pour demander de l’argent ou pour le plaisir de l’invective. Fait remarquable à Belleville carrefour de cultures, à ce carrefour (boulevard de Belleville &#8211; rue de Belleville) prend place le groupe comptant une femme et des hommes de types européens, noirs, asiatiques et maghrébins. C’est le seul groupe où se réalise une réelle mixité ; la proximité sociale facilite le dépassement des barrières culturelles…</p>
<p>Cultures, pauvretés et barrières, toujours il est instructif d’examiner les multiples rapports qu’ils entretiennent dans les quartiers populaires. Au sein des enclaves ethniques, la teneur ethnique enrobe jusqu’aux manifestations de la misère. La mendicité orientée vers un segment des Bellevillois illustre bien cet aspect, lorsque les mendiants formulent explicitement leur demande dans la langue de la communauté à laquelle ils s’adressent. Aux abords des mosquées, il n’est pas rare d’y trouver assis des mendiants, hommes et femmes voilées. D’autres, plus organisés, aux « salam alaikoum » approximatifs et accoutrés de sorte à être fondus dans la masse des mendiants, semblent avoir trouvé un filon certain dans la charité…</p>
<p>Par ailleurs, sur la rue de Belleville, en territoire asiatique, un autre type de phénomène illustre les discrètes économies intragroupe. Le placardage d’annonces calligraphiées non traduites assure une communication interne. Les deux trois murs inondés d’affiches, toujours fraîchement renouvelées, attestent de la vivacité de ce moyen de communication, accessible et efficace. On peut y lire des propositions d’emplois et fréquemment des Marlboros à vendre&#8230;</p>
<p>À visibilité variable il est vrai, cependant, si l’on y regarde de près, il s’avère que chaque groupe a développé ses trucs et astuces internes de fonctionnement. À l’inverse, les vendeurs ambulants à la sauvette font figures de franchisseurs de barrières. Ils vendent à tous et à toutes, allant au contact des clients potentiels, sillonnant les rues, restaurants, bars et terrasses. Certains Asiatiques en ont fait une spécialité, parcourant Belleville avec les gadgets qu’ils offrent ; briquet téléphone, briquet couteau, briquet Tour Eiffel, briquet voiture de course…Les Pakistanais vendeurs de roses, Tunisiens de bouquets de jasmin et Maghrébins de Marlboro usent d’un mode opératoire identique.</p>
<p>Le plastifieur de pièces d’identité et autres papiers est un personnage atypique. Il travaille seul et depuis des années il tient fidèlement son poste. Il a installé son stand au carrefour de Belleville, côté onzième, à l’embouchure de la rue Faubourg du Temple. Équipé d’une petite table recouverte d’une nappe rose et de sa machine à plastifier, pour quelques euros, il propose de  recouvrir les documents d’un film plastique. Il occupe un espace de transit où la circulation est abondante. On le retrouve alors chaque jour et non uniquement à ceux du marché.</p>
<p>Le mardi et le vendredi a lieu le marché de Belleville. Il dure jusqu’au tout début d’après-midi, mais les maraîchers les plus rapides remballent aux alentours de treize heures leurs stands. À la clôture du marché, la marchandise non écoulée est laissée sur place. C’est là que débute la récupération pour les habitués de l’après-marché. Le public est varié, les différentes populations bellevilloises là encore semblent représentées, cela dit les personnes âgées sont les plus nombreuses. Tous ne sont pas munis de sacs ou de chariots, chacun y va méthodiquement, sélectionnant les fruits et légumes, décortiquant les abîmés, fouillant et retournant les cagettes, les emportant parfois pleines, en cas d’heureuse trouvaille, ou vides, lorsqu’elles serviront de paniers pour l’occasion. Même s’il faut aller vite, il y a assez de place pour tous. Répartis sur toute la surface, ils ramassent les aliments de leur choix au gré de leurs déambulations en évitant de se marcher sur les pieds. Y mettant progressivement fin, l’arrivée des agents de nettoyage accélère le bal qui se déroule sur le terre-plein central.</p>
<p>Profitant de l’agitation du marché, des fins de marché, et, des va-et-vient des marcheurs lors de ces jours d’encombrements, une équipe de quatre à six hommes et femmes s’invite à la fête. Toujours sur le boulevard, côté vingtième, au niveau du croisement de la rue Bisson, tout près du vidéoclub d’Achour, ils entassent soigneusement, les uns sur les autres, deux ou trois cartons. Ainsi, ils s’improvisent un support stable et aisément démontable. La densité sur les trottoirs fournis en badauds et passants est une aubaine. De l’équipe, chacun connaît son rôle et prend place. Une partie de Bonneteau peut commencer. Rapidement, curieux, joueurs et commentateurs se joignent à eux et viennent grossir les rangs. Les compères du Bonneteau ne font pas régulièrement acte de présence, difficile de saisir une logique dans leurs arrivées. Toujours est il qu’ils profitent et participent eux aussi à l’attraction de ces jours.</p>
<p>Un marché parasite s’est greffé au marché officiel. Sur le boulevard de Belleville, parallèlement au terre-plein central, le marché spontané occupe le trottoir côté vingtième. Initialement ses instigateurs ont profité de l’affluence des jours de marché pour entreposer leurs stands improvisés à même le trottoir. Les contenus sont parfois surprenants, tout y est vendu, le recyclage est de mise, les objets et vêtements de seconde, troisième et énième main sont à la vente. Peignes édentés, mousses à raser, magazines et vidéos pornographiques, livres quelconques, manuels spécialisés, transistors et appareils d’époques incertaines, poupées démembrées et autres jouets aux séquelles rappelant leurs ex-propriétaires enfants terribles, s’empilent vêtements, jeans, pantalons et chemises, montres, lunettes et piles… en définitive un réel bric-à-brac. L’illégalité de ce marché impose  chaque fois le même rituel d’installation. Les vendeurs se rassemblent, attendent, en chiens de faïence, ils tiennent leurs marchandises près d’eux ou les entreposent à quelques pas, nul n’installe son emplacement tant qu’ils ne sont pas en nombre, assez pour que l’un d’entre eux daigne s’y risquer. De manière plus ou moins frileuse, les stands se suivent, les uns près des autres, solidaires dans la transgression, ils organisent la densité de leur occupation. Comme tout ne doit pas être clair c’est une sorte de mêlée qui prend forme. Pour présenter leur étal un drap fait souvent l’affaire ; saisi par les extrémités, d’un seul coup, il est facile d’emporter tout son contenu si l’urgence se présente. En vain la police multiplie les descentes pour saisir vendeurs et marchandises. Visiblement, ces luttes ne sont jamais parvenues à empêcher la tenue du marché parasite, pire encore, au fur et à mesure, le marché ne s’est plus contenté ni des jours de marché, ni de sa place initiale. Lorsque le marché officiel n’occupe pas le terre-plein central, généreusement, il s’en charge. Aux dires de certains Bellevillois, ce recyclage à l’extrême n’a plus grand-chose à voir avec une grande ville européenne comme Paris. Ils y voient là le signe d’une paupérisation inquiétante. Pourquoi pas, mais que dire alors des cigarettes vendues à l’unité, n’a-t-on pas là un autre signe ?</p>
<p>Belleville le jour et Belleville la nuit, c’est le jour et la nuit. À la fin du jour, dans nombreuses rues, l’activité ne fait pas même mine de ralentir. Le quartier est toujours aussi sonore, tard les bruits se laissent encore entendre, mieux entendre, les sources en sont moins diverses. Les rues raisonnent des circulations motorisées, des volumes élevés des notes s’échappant des bars, des automobiles en marche ou à l’arrêt dont les sonos vrombissent des basses grasses, et bien sûr, des cris de Bellevillois qui s&#8217;apostrophent ou communiquent à distance raisonnable pour s’entendre. Chaque groupe constitué a son coin dont il est familier, où ses membres sont assurés de se retrouver, pour discuter, chamailler, disputer, s’encanailler. De temps en temps, des fenêtres, provient l’exaspération hurlée de voisins dont les jeunes enfants dorment, ou dont le travail les attend à l’aube, et qui sait peut-être, les deux…</p>
<p>Les nuits de Belleville sont aussi aux ramasseurs de nuit. Ces femmes et hommes de sorties aux heures tardives, arpentant les rues et examinant les poubelles, traînent leurs chariots pleins des trouvailles de leur excursion nocturne. On les voit fréquemment les soirs où les poubelles débordantes sont sur la chaussée. Préparés pour l&#8217;événement, les mains gantées, parfois même un mouchoir ou un masque sur la bouche et le nez, ainsi que les sacs et chariots qu’ils ont prévus signalent la régularité de leurs escapades pensées jusqu’à l’équipement. Certains des objets retrouveront une autre vie, peut-être les circuits de la consommation. Ils seront proposés le jour, sur les draps tapissant les trottoirs pour la circonstance du marché parasite.</p>
<p>Mais, il n’y a rien à dire, le folklore dont je suis le plus familier avec Belleville c’est : ces rues et ces ruses, celles de ses jeunes qui animent ses rues. Par exemple, en termes d’occupation et d’appropriation à Belleville, les champions de la sédentarisation de l’économie parallèle sont de loin les dealers de shit, pour lesquels est décisive la question du territoire. Ce dernier porte d’ailleurs le nom de « terrain », ou dans l’argot moderne, de « ter-ter ». Il est parfois défendu jusqu’aux dernières extrémités… Un jeune de Ramponneau affirme : &#8211; Ici on l’a tous tétée la rue, cette mère qui ne pleure pas ses morts. Le commerce repose sur la connaissance du « terrain » par les clients, seule garantie de son attractivité et de la bonne marche des affaires. De sorte que dans la rue, être dealer, c’est avant tout la capacité de former, tenir et défendre son « ter-ter ». Entre dealers, les concurrences sont si intenses qu’il peut être inconcevable de le quitter, même peu de temps. Le « terrain » n’est jamais neutre, il va recouvrir de multiples dimensions en étant l’espace où se tissent les relations amicales, de complicités, commerciales, et d’adversités. Il fait l’objet de convoitises manifestées de façon différemment violente…Ainsi, qu’elles aient du temps à perdre ou de l’argent à gagner, le temps d’une journée sur le ter-ter, plus d’une tête se croisent ; amis, compagnons, acolytes, potes, associés… Les interminables stations debout sur le trottoir résument bien ces journées. Les trottoirs sont occupés, jour et nuit, à toutes saisons, durant l’hiver tenace ou sous le soleil de plomb. L’assemblée est peu mobile, mis à part quelques mouvements, rires et discussions…</p>
<p>On peut rappeler les longueurs prises par les sempiternelles joutes verbales. Il serait intéressant d’étudier leurs fonctions sociales ; outre les registres sur lesquels elles portent, les champs lexicaux dans lesquels elles puisent et  l’imagination, la circonspection et l’adresse qu’elles appellent ; comment elles signifient les rôles et statuts (du meneur au bouc émissaire) au sein du groupe. Intéressant aussi de relever les fonctions du rire et de l’ironie auxquelles on peut les relier. Contraste avec ces séances l’atmosphère incroyablement pesante des longs silences que souvent personne ne s’aventure à rompre. Dans ce cas, rarement jovials, les yeux rougis des nuages qui s’échappent de cônes fumants, les visages fermés ont infatigablement les regards projetés dans le vide. Il faut rappeler que la plupart des pensées sont imbibées des vapeurs de t.h.c. ou  d’alcools. En témoigne l’amoncellement de bouteilles vides au sol. La «galère », et les moments d’absence qu’elle impose. La « galère » c’est aussi les patientes et inlassables attentes de « rien du tout ». Invariablement les jeunes donnent le même spectacle sur chacun des microterritoires qui composent Belleville. Le mien c’est Ramponneau, ou c’était, je ne sais plus…</p>
<p>On peut aussi scinder le secteur Ramponneau – Tourtille en deux sous-secteurs : le segment de la rue Ramponneau délimité par la rue Tourtille et le Boulevard de Belleville qui fait office de territoire des plus vieux (25 ans en « moyenne ») et le reste est strictement réservé aux plus jeunes toutes les tranches d’âges confondues. Les jeunes eux-mêmes opèrent ces distinctions en nommant le sous-secteur des plus vieux, « Ramponneau », « le trou », « la Zone », ou « Ramponneau Zoo » (ou Zoo, prononcé à l’Américaine) ; l’autre côté attribué aux plus jeunes est appelé de manière englobante « la Place », ou en verlan, « la Cepla », ou l’ « Autre côté ».</p>
<p>Les « grands » sont potentiellement plus mobiles dans la mesure où l’on peut rattacher la mobilité des acteurs à l’aire d’influence et au capital social dont ils disposent. Deux éléments qui modulent leur ancrage. Les dénominations qu’ils lui attribuent évoquent l’ambivalence du territoire. Ils sont attachés au quartier où se déroule l’essentiel de leurs activités ; mais ils symbolisent aussi leur attachement au territoire de leur relégation. Sorte de condamnation. Leurs appellations sont ironiques, à travers elles ils rient de leur misère. Elles soulignent la marginalité des lieux qu’ils pratiquent et ainsi, ils authentifient leurs identités marginales. « Le trou » est peut-être aussi le gouffre dans lequel ils sont enfouis et « Ramponneau zoo » le théâtre de leurs conduites « immorales », pour ne pas dire inhumaines. À moins qu’il ne faille voir dans ces noms que de simples jeux de langages ? On voit comment ces jeunes ont endossé leurs stigmates, ces noms qu’ils donnent montrent qu’ils en ont relativement conscience, mais jusqu’à quel point ?  Historiquement la rue Ramponneau a longtemps été un repère pour les marginaux et les fêtards, le théâtre de débordements, échauffourées et abus d’alcool. Elle tient son nom d’un certain Jean Ramponneaux, le corpulent aubergiste, si célèbre il paraît. De là est né le verbe dérivé, ramponner, qui signifie frapper et l’expression prendre « un ramponneau », une correction. Aujourd’hui, elle est une zone de passage et de vie pour les habitants de Belleville, mais les Bellevillois n’ignorent pas que la rue Ramponneau est un territoire « sensible » du quartier, là où traînent les jeunes. Ils squattent leur parcelle de rue, y fument et y trafiquent le cannabis, y consomment aussi bières, whisky et champagnes sans motifs apparents. Leur présence et la crainte qu’elle suggère parfois, repousse les habitants loin d’eux ; on change de trottoir, les regards évitent de rencontrer les leurs et l’on presse le pas. D’autres au contraire passent et saluent, parfois même chaleureusement. Les jeunes proposent un coup de main ; ils aident une femme à porter ses courses, un autre homme à charger son auto, etc. Les relations sont variables. Pour certains les jeunes sont la population productrice de l’insécurité, bruyante et délinquante, qui squatte la rue. Pour d’autres, ce-ne-sont-que-des-jeunes, « ils ne sont pas méchants » et font véritablement partie du « paysage » et de l’ambiance du quartier.</p>
<p>Le quartier est occupé du matin au soir, les jeunes commencent à l’animer le plus tôt. Dans la matinée, dès 10h quelques-uns sont déjà levés. Comme ils ne sont pas nombreux, ils stationnent moins et arpentent le quartier à la recherche d’un compère de galère ou d’un « billet à faire ». Les plus vieux de la rue Ramponneau, eux, sont rarement là avant-midi, voire 13 heures. La veille, les plus téméraires ne l’ont pas quitté avant quatre ou cinq heures du matin. Souvent les « tôliers » sont les mêmes, selon l’expression, ceux qui « ferment et ouvrent le quartier ». Mystérieuse est l’origine de cette référence au « tôlier » ; peut-être pour la rudesse de l’emploi. De tout temps aussi, ni la pluie, ni le vent, ni le froid ne gênent son occupation. Les jeunes se montrent inflexibles, inlassablement ils « tiennent les murs ».</p>
<p>Avec l’hiver, on assiste à l’occupation des halls et des cages d’escaliers devenant pour l’occasion de véritables aquariums de fumée. C’est aussi là qu’ils vont prendre un sacré coup de déco. Jamais le projet de les détériorer n’est formulé, je crois que c’est de l’ennui que naît l’amoncellement de traces, débris, tags… Que leur accès soit interdit est insupportable et d’expérience de squatteur de hall, aucune porte ne résiste à un middle-kick bien placé. Les murs ostensiblement blancs semblent formuler une invitation…</p>
<p>L’été, les trottoirs sont largement investis ; les jeux de balles sur la chaussée, les barbecues s’organisent sur les terrains adjacents disponibles, le ghetto-blaster est de sortie et ajoute à l’animation. Mais pour compléter ce tableau, il ne faut pas oublier les traditionnels et bruyants défilés des bécanes de cross. Un été sans les CR, KX, YZ, Piwi, qui brûlent leurs caoutchoucs sur l’asphalte et déchirent la rue des pétarades hurlantes de leurs moteurs nerveux, ne serait plus un été bellevillois. Dès que les premiers rayons de soleil annoncent les beaux jours, tout le monde est à l’affût du premier casse-cou qui inaugurera le bal…</p>
<p>Alors, leur seule présence marque le territoire, à laquelle s’ajoutent quelques détériorations. Les nombreuses bouteilles vides et les mégots de joints, les détritus et les restes d’emballages quelconques, sont au sol. Les portes des halls, nouvellement sécurisés afin d’en limiter l’accès, sont forcées, les rendant à nouveaux accessibles. Sur les murs ont lit quelquefois les inscriptions « Belleville en force », « Belleville Zoo, tu peux pas test », « Belleville si si », etc…</p>
<p>Bref…Voilà un tour, bref et sincère, de mon environnement aussi étroit qu’il puisse sembler. Ici l’élément fondamental qui sert à sa description est ces populations, en effet, c’est ce qui me parle le plus.  Il est vrai aussi que je parle principalement des jeunes de Belleville, des jeunes des quartiers de Belleville. La formule « jeunes de quartiers » que j’utilise ici inonde l’actualité. La population qu’elle désigne est censée aller largement de soi. Les évènements de novembre 2005, ceux qui les ont précédés et succédés, ont mis au premier plan, et à la Une, cette population stigmatisée ou passée sous silence. En dehors de la dénonciation de sa violence ou de ses « incivilités », il est rarement d’usage de porter l’attention sur cette population. Elle est souvent rattachée à toute une constellation de propositions telles que « quartiers de l’immigration », « banlieue », « délinquance », « bandes de jeunes », etc. De telle sorte que lorsqu’il y est fait allusion, il faut fréquemment entendre « les jeunes des quartiers à problèmes ». L’amalgame que concentre cette énonciation est alors loin de retranscrire une réalité rigoureuse, pas plus qu’il rend compte de la diversité des « quartiers ». Apparemment, s’il peut sembler clair que les « marginaux » ne sont pas tous des jeunes de quartiers, il n’est pas toujours évident que les jeunes des quartiers ne sont pas tous marginaux. Toutefois, il existe sans doute des tentatives de retranscrire cette diversité, ou encore, avec les flambées de violences, les journalistes se plaisent généralement à montrer les « modèles d’intégration issus des quartiers ». Je suis moi-même issu des quartiers, d’un Belleville en tout cas, et je ne doute pas de leur richesse, pas plus que je crois en une fatalité. Si certains s’en « sortent », qu’ils s’en félicitent, c’est très bien, ils ont su s’en donner les moyens. Pour les autres, cela ne légitime pas le flirt avec des explications qui supposeraient leur manque de désir de s’en sortir, ou comme je l’ai souvent entendu dire, leur manque de volonté. Voilà pourquoi, mise à part la place qu’ils occupent dans cette modeste ethnographie, il m’a semblé juste d’insister sur leur mode de vie. Cette vie, telle qu’ils la mènent, est une véritable spirale étourdissante, ou plutôt, cet environnement particulièrement étourdissant pour cette vie. Les générations se succèdent et parmi elles, personne n’est à l’abri de ce vertige. Rien ne sert de filer la métaphore et de persévérer dans ce déplacement. Belleville, c’est Belleville, et celui-ci reste le mien…</p>
<p align="justify">
<p align="justify"><strong><br />
</strong></p>
<p align="justify">
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;"><img class="alignnone size-full wp-image-320" title="belleville1" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/belleville1.jpg" alt="belleville1" width="620" height="472" /></span></p>
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		<title>Rêves d&#8217;enfance, par Achraf A.</title>
		<link>http://www.foulexpress.com/2010/02/08/reves-denfance-par-achraf-a/</link>
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		<pubDate>Mon, 08 Feb 2010 15:18:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Voici le premier gagnant du concours d'écriture Foul Express. Il s'agit d'un poème proposé par Achraf sur le thème de l'enfance. Nous avons également retenu un second poème du même auteur que nous publierons plus tard. Le ton enfantin est bien présent au fil du poème, parfois drôle et parfois touchant.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voici le premier gagnant du concours d&#8217;écriture Foul Express. Il s&#8217;agit d&#8217;un poème proposé par Achraf sur le thème de l&#8217;enfance. Nous avons également retenu un second poème du même auteur que nous publierons plus tard. Le ton enfantin est bien présent au fil du poème, parfois drôle et parfois touchant.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Rêves d&#8217;enfance, par Achraf A.</strong></p>
<p> </p>
<p>Enfant je ne connaissais pas le gout amer du café</p>
<p>Recette face au ras le bol et aux airs de regrets</p>
<p>Tous mes petits déjeuners étaient en bols de lait</p>
<p>Soupe au lait, je faisais ma vie en patte à modeler</p>
<p>Enfant je ne connaissais pas la complexité  des adultes</p>
<p>Dans mes premiers pas, dans la cécité de leurs disputes</p>
<p>Dans les jupons de ma maman et sur les genoux de papa</p>
<p>J’apprenais la vie, son temps et tous ses bé abas</p>
<p>Enfant, j’avais pour cœur de vie la cour de récréation</p>
<p>Pan de toutes couleurs, de toutes envies et de toutes émotions</p>
<p>La face insouciante comme arme, et les étoiles en tour de tête</p>
<p>Très souvent, la pommette en larme, c’était pourtant toujours la fête</p>
<p>Enfant, j’étais fâché et vite réconcilié, faire la paix était ma grande quête</p>
<p>Un jour joyeux, un jour grincheux, dans le rôle de la petite peste</p>
<p>Cependant, tout heureux de partager le fameux tic de la sieste</p>
<p>Mes rêves d’enfant prennent origine dans ce quotidien d’amour</p>
<p>Et non pas dans des pseudos peines, dans un jean peu glamour</p>
<p>Je vivais de pseudos danses, gigotant comme en transe</p>
<p>Dans des cantines apprises en chœur, le cœur tout en balance</p>
<p>Les mains dans un bac à sable cherchant ma pépite de gadoue</p>
<p>Pas malin, peu importe, j’étais cet agréable bout de chou</p>
<p>Nos liens étaient des couloirs de profondeur, les lacets dénoués</p>
<p>On devrait donner le pouvoir aux bambins au regard niais</p>
<p>Je partageais le plus cher : de mon beau camion à mon délicieux goûter</p>
<p>L’enfant chéri est ce cadeau de passion nommé générosité</p>
<p>Enfant spontané, plein de maladresse mais sans discrimination</p>
<p>La goute au nez, parmi mille et un faciès d’illumination</p>
<p>Je ne distinguais pas les couleurs, le noir, du blanc ou du jaune</p>
<p>Je percevais seulement les noms des animaux dans leur faune</p>
<p>Enfant, je n’avais pas de rêves, je les vivais</p>
<p>Je ne faisais pas de trêves, en effet</p>
<p>La tête en l’air, un brin impertinent, mes lego en gratte ciel</p>
<p>Je voulais que la vie de mes égos soit tellement belle…</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-310" title="reve d'enfance" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/reve-denfance.gif" alt="reve d'enfance" width="580" height="314" /></p>
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		<item>
		<title>Les gagnants du concours d&#8217;écriture</title>
		<link>http://www.foulexpress.com/2010/02/08/les-gagnants-du-concours-decriture/</link>
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		<pubDate>Mon, 08 Feb 2010 14:48:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Notre idée initiale en lançant ce concours était de déclencher un déclic chez ceux et celles qui avaient envie de prendre la parole sans jamais oser le faire.
 
Les dizaines de textes que nous avons reçu nous ont montré, à notre plus grande joie, que cet objectif avait été atteint. La variété des textes, leur qualité, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Notre idée initiale en lançant ce concours était de déclencher un déclic chez ceux et celles qui avaient envie de prendre la parole sans jamais oser le faire.<br />
 <br />
Les dizaines de textes que nous avons reçu nous ont montré, à notre plus grande joie, que cet objectif avait été atteint. La variété des textes, leur qualité, leur intensité ainsi que leur sincérité nous ont profondément émus.<br />
 <br />
Il y a eu des textes très drôles, d’autres plus sérieux, d’autres encore qui révèlent des souvenirs enfouis au fin-fond des mémoires, certains très intimes, probablement trop pour être publiés. <br />
 <br />
Pour être sélectionné, un texte devait passer les filtres suivants :<br />
 <br />
-         Porter sur un sujet qui se rapproche plus où moins de ceux que nous avions suggérés<br />
-         Présenter des idées originales, jolies, drôles ou touchantes<br />
-         Etre écrit dans un style correct<br />
-         Ne pas soutenir des valeurs que l’équipe Foul Express ne peut encourager en les diffusant à ses lecteurs.<br />
 <br />
Là plupart des textes ont passé ces filtres. Ensuite, il a fallu choisir, parfois parmis des textes plus poignants les uns que les autres, ceux que nous voulions vraiment mettre en avant.<br />
 <br />
Il est important de préciser que ce ne sont pas forcément les textes les mieux écrits qui nous ont le plus touché. Par ailleurs, pour ceux qui souhaitent avoir un retour plus détaillé sur leur texte, adressez nous un mail avec vos coordonnées téléphoniques et nous ferons notre possible pour vous contacter.<br />
 <br />
<strong>Donc les gagnants sont :<br />
</strong> <br />
Abou Soundouce pour &laquo;&nbsp;Celtophobie&nbsp;&raquo;<br />
Nabil E. pour &laquo;&nbsp;Portraits de famille du métis-sage&nbsp;&raquo;<br />
Ahmed B. pour &laquo;&nbsp;Belle sous ville&nbsp;&raquo;<br />
Achraf A. pour &laquo;&nbsp;Rêves d&#8217;enfance&nbsp;&raquo;<br />
Mickael B. pour &laquo;&nbsp;Le bonheur&nbsp;&raquo;.<br />
 <br />
Les textes seront publiés au fur et à mesure dans le courant de la semaine.<br />
 <br />
Au delà du concours, n&#8217;hésitez pas à nous adresser dans le futur vos textes et articles.</p>
<p>Foul Express entend être un espace d&#8217;expression pour vous.<br />
 <br />
Merci encore de votre participation.<br />
 <br />
L&#8217;équipe Foul Express.<br />
<a href="mailto:contact@foulexpress.com">contact@foulexpress.com</a></p>
<p> </p>
<p><img title="plumeor" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/plumeor.jpg" alt="plumeor" width="592" height="330" /></p>
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		<item>
		<title>Concours d&#8217;écriture : à vos plumes</title>
		<link>http://www.foulexpress.com/2010/01/26/grand-concours-decriture-a-vos-plumes/</link>
		<comments>http://www.foulexpress.com/2010/01/26/grand-concours-decriture-a-vos-plumes/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 26 Jan 2010 12:48:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>marwan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous avons le plaisir de vous annoncer le premier concours d'écriture Foul Express. Pour y participer, c'est très simple. Il vous suffira d'avoir une pincée d'inspiration, quelques idées et l'envie de les partager avec nous. 5 livres à gagner. Voici les instructions. 

A vos plumes et claviers... jusqu'au 5 Février]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous avons le plaisir de vous annoncer le premier concours d&#8217;écriture Foul Express. Pour y participer, c&#8217;est très simple. Il vous suffira d&#8217;avoir une pincée d&#8217;inspiration, quelques idées et l&#8217;envie de les partager avec nous. Voici les instructions.<br />
 </p>
<p>1) Ecrivez un texte de votre choix parmi l&#8217;un des 3 thèmes suivant:</p>
<p>- identité<br />
- rêves d&#8217;enfance<br />
- économie critique</p>
<p> 2) Faites-le parvenir à l&#8217;adresse: <a href="mailto:contact@foulexpress.com">contact@foulexpress.com</a> avant le 5 février.    </p>
<p>3) Les 5 meilleurs textes seront publiés sur <a href="http://www.foulexpress.com">FoulExpress.com</a> et recevront un exemplaire gratuit du livre <a href="http://www.foulexpress.com/le-livre/">Foul Express</a>.</p>
<p>N&#8217;hésitez pas à diffuser l&#8217;info autour de vous.</p>
<p>A vos plumes et claviers&#8230;</p>
<p> </p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-282" title="stylofoul" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/stylofoul.jpg" alt="stylofoul" width="592" height="333" /></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Quand une femme fait les soldes&#8230;</title>
		<link>http://www.foulexpress.com/2010/01/14/quand-une-femme-fait-les-soldes/</link>
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		<pubDate>Thu, 14 Jan 2010 12:03:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>marwan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[On parle de moi partout, on me dédie des catalogues, on attend de moi que je fasse des miracles économiques dans un paysage au moral morose. Rose, la vie de mes suiveurs ne l’est pas pourtant ils s’acharnent et s’obstinent à croire que je leur veux du bien. Me posséder, ils en rêvent du matin au soir à en devenir possédés, comme des zombies en perte d’eux-mêmes face au miroir, le sourire décédé.  Décidés à me payer jusqu’à leur dernier sous, ils me veulent coûte que coûte quitte à plonger au 36ème dessous. (...)]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis une manifestation semestrielle célébrée à travers tout le monde civilisé. On me prédit et me détermine à l’aide d’un calendrier solaire. Icône quasi-religieuse, les adeptes de mon culte sont prêts à tout pour moi. J’unis tous ceux qui m’aiment, au-delà des races,  des langues et des cultures. Incarnant une société aux valeurs universelles, je propose un mode de vie que mes prédicateurs tentent d’appliquer à tous.</p>
<p>On me dédie des temples. On se bat pour moi. On part en weekend à ma recherche. On s’éclipse de son travail pour venir me trouver en secret.  Je cause des malaises parmi mes fidèles qui endurent queues interminables, ampoules  aux pieds et douleurs dorsales pour moi.</p>
<p>Graal des temps modernes, mon étendard est de couleur rouge et porte des inscriptions chiffrées dans lesquelles le 9 revient sans cesse.  Je crée des disputes conjugales, des irrégularités hormonales et quelques dysfonctionnements sociaux que l’on détaille dans les journaux.</p>
<p>On parle de moi partout, on me dédie des catalogues, on attend de moi que je fasse des miracles économiques dans un paysage au moral morose. Rose, la vie de mes suiveurs ne l’est pas pourtant ils s’acharnent et s’obstinent à croire que je leur veux du bien. Me posséder, ils en rêvent du matin au soir à en devenir possédés, comme des zombies en perte d’eux-mêmes face au miroir, le sourire décédé.  Décidés à me payer jusqu’à leur dernier sous, ils me veulent coûte que coûte quitte à plonger au 36ème dessous. Sous mon apparence je suis plus qu’un simple vêtement, une robe, une paire d’escarpins, un chemisier qui passe de mains en mains.</p>
<p>On m’affiche dans les vitrines, je suis pendue dans les rayons, on me laisse tomber dans les cabines puis me ramasse par peur des regrets. Je suis dans toutes les boutiques, un antivol planté sur le dos, ma vie commence dans l’étincelle d’un regard et fini dans la froideur de l’oubli. Sur mon arrêt de mort : « vieille fripes et autres, à descendre à la cave »…</p>
<p>Je suis, je suis, je suis ?</p>
<p><strong>Une bonne affaire, en période de soldes.</strong></p>
<p>Sabrina ne s’est pas réveillée ce matin avec l’envie soudaine et irrésistible de s’acheter une tunique mauve. Pourtant, quelques heures plus tard ce mercredi de janvier, son destin va basculer…</p>
<p>Sabrina est une fille comme tant d’autres. Sabrina rit, Sabrina pleure. Sabrina vit seule dans un petit appartement de la Plaine Saint Denis, décoré avec goût et patience, soigneusement rangé et ordonné les soirs où elle invite ses amies. La journée (et souvent le soir), Sabrina travaille comme juriste dans une compagnie d’assurance à la Défense.</p>
<p>Vivre seule, ce n’était pas un espoir particulier qu’elle nourrissait mais ça faisait partie du plan inconscient qu’elle semblait suivre : faire des études, trouver un job, avoir son appart’, passer du temps avec ses copines et trouver le prince charmant qui la rendrait heureuse. Pour toujours. Cette histoire d’une citadine diplômée à la vie sentimentale erratique n’est pas sans rappeler les héroïnes des séries TV que Sabrina regarde le soir, affalée dans son canapé en pyjama, espérant secrètement  que quelqu’un vienne frapper à sa porte pour changer sa vie.</p>
<p>Mais ce matin, en se réveillant, Sabrina ne pense à aucune de ces choses qui font sa vie : ni à ce prince charmant qui commence à ressembler à un fugitif en cavale, ni à l’absurdité de vivre dans un immeuble où chaque soir huit personnes seules dans huit appartements différents mangent huit plats surgelés en face de huit télévisions… Non, Sabrina ne pense à rien de tout ça.</p>
<p>Face à son miroir dans la salle de bain, elle observe cette jeune femme simple qui porte le t-shirt de son grand frère en guise de pyjama, garde de petites cicatrices en mémoire de ses jeux d’enfants et dort avec ses chaussettes pour ne pas avoir froid.</p>
<p>Puis vient le rituel des jours ouvrés : crème, fond de teint, fard à paupières, mascara à effet 3D, crayon et rouge à lèvre transparent. Tailleur et talons. Comme une actrice se prépare en coulisse avant d’entrer en scène, Sabrina se maquille et enfile son costume pour devenir celle que ses collègues connaissent : Sab’, fille sympa, toujours soignée, incollable sur les émissions TV (et accessoirement sur le droit des contrats),  visiteuse régulière du bar-à-salades à l’heure du déjeuner. Une représentation de plus au théâtre de la vie professionnelle.</p>
<p>Dans le métro, les panneaux publicitaires annoncent la grande nouvelle du jour : les soldes. Ce n’est pas un scoop pour Sabrina. La seule chose qui change, c’est que le wagon est encore plus bondé que d’habitude. Pour l’occasion, les magasins ouvrent à 8h du matin afin de permettre aux employés de venir faire quelques emplettes avant de se rendre au travail.  Pas pour Sabrina. Morning meeting oblige. Elle doit être présente à 8h30 pour faire le point sur les dossiers importants. Elle devra attendre la pause déjeuner. Pas de problème, Sabrina est pro.</p>
<p>Oui mais voila, Sabrina ressent un stress grandissant. Pendant qu’elle écoute distraitement ses collègues parler de la prochaine campagne de souscription à la nouvelle assurance-vie que propose son entreprise, elle pense à toutes ces bonnes affaires qui sont en train de lui passer sous le nez à chaque seconde qui passe. Son supplice psychologique vient de sa crainte que d’autres qu’elle, faisant la même taille, achètent des articles qu’elle n’imagine même pas mais qui auraient tout de même pu lui plaire. Elle regarde sa montre, puis l’horloge, puis sa montre… jusqu’à 11h59.</p>
<p>A 12h elle est déjà dans l’ascenseur…</p>
<p>Direction les Quatre Temps, le pas pressé. Sabrina est déjà en train d’imaginer l’itinéraire des boutiques qu’elle va parcourir. Sans même s’en rendre compte, son cerveau réalise des calculs complexes d’optimisation de son ratio d’utilité sous contrainte de temps, de budget et en tenant compte du positionnement géographique et tarifaire des probabilités de bonnes affaires.</p>
<p>La stratégie de Sabrina est bien rôdée :</p>
<p>- Ne pas essayer les vêtements. Ca ne sert à rien de perdre un temps précieux en faisant la queue  aux cabines d’essayage. Autant utiliser ce temps à faire des boutiques supplémentaires et étendre sa zone de couverture.</p>
<p>-  Acheter ce qui lui plait en première démarque et attendre avant d’enlever les étiquettes. De cette façon, elle s’accorde le choix de se faire rembourser puis de racheter l’article s’il existe encore à sa taille lors des dernières démarques. On a même vu des femmes ramener un article et le reprendre aussitôt une fois remis en rayon…</p>
<p>En rentrant dans sa boutique préférée, Sabrina n’a rien en tête. Si on lui posait la question:</p>
<p>« Sabrina, pourquoi entres-tu dans cette boutique ? »</p>
<p>Elle répondrait probablement qu’elle ne cherche rien en particulier, qu’elle est juste venue « faire un tour pour voir »…</p>
<p>Secrètement, presque inconsciemment, elle espère être tentée, avoir l’occasion d’hésiter avant de finalement succomber à un achat impulsif. Mais si on lui disait ça à l’entrée de la boutique, elle serait peut être un peu vexée.</p>
<p>Méthodique, elle scanne les rayons un par un, avec précision, d’une extrémité à l’autre. Les pantalons. Les pulls. Les chemisiers. Les vestes. Toujours le même geste. Repérer l’article, puis le prix, puis la taille. Ne surtout pas survoler un rayon, pour ne pas ressentir le doute d’avoir laissé passer une affaire. Pour l’instant, rien en vue.</p>
<p>Une autre femme scanne le même rayon. Elle devient alors une concurrente potentielle. Elle vient d’une autre direction passant les articles en revue avec la même application. En plus elle a l’air de faire la même taille. Vite Sabrina, il faut se dépêcher d’atteindre la fin du rayon avant elle. Quand elles se croisent au milieu, elles échangent un regard méfiant et un sourire gêné, faussement bienveillant. Ouf.</p>
<p>Oui mais voila, en regardant derrière elle, Sabrina remarque une lueur mauve au milieu de la rangée de pantalons noir qu’elle vient pourtant d’analyser. Aurait-elle laissé passer quelque chose ?</p>
<p>L’ennemi remarque la cible mauve et s’en empare. Sabrina ressent un pincement au cœur. Elle observe sournoisement la scène, faisant mine de vérifier ses appels en absence (eux-même en absence…). La cible est en fait une tunique qui focalise maintenant toute l’attention de l’ennemi (et de Sabrina).</p>
<p>Il peut être utile à ce stade de préciser que Sabrina n’aime pas le mauve. Elle n’en porte pas. Cette tunique est trop bariolée par rapport à son style habituel faussement sobre. Si on lui avait demandé ce matin de faire la liste d’articles imaginaires qu’elle aimerait trouver en soldes, la tunique mauve n’y aurait pas figuré. Même si on lui avait proposé une liste d’articles avec des cases à cocher, elle aurait délaissé encore une fois la tunique mauve dans son choix.</p>
<p>Tandis que les secondes s’égrènent, dans les mains de l’ennemi, la tunique mauve prend une beauté inattendue. La rareté de l’objet lui donne un supplément de valeur. C’est très précisément ce que ressent Sabrina. Elle se prend à s’imaginer portant la tunique, parfaitement assortie avec son pantalon noir et ses chaussures grises.</p>
<p>D’un coup cette tunique devient exactement ce qui lui manquait dans sa vie. Elle s’imagine déjà avec sa super tunique au travail devenant grâce à elle une véritable working girl sérieuse, dynamique, belle et intelligente pour un boulot qu’elle n’aime pas mais auquel elle consacre beaucoup de temps et d’énergie.</p>
<p>Puis elle s’imagine que dans un dîner entre amies, cette jolie tunique mauve prétexte à la discussion va lui permettre de vaincre sa timidité et lui redonner confiance en elle.</p>
<p>La tunique a désormais un super pouvoir. Elle devient en l’espace de quelques minutes la pièce manquante dans l’existence de Sabrina. Malheureusement elle est encore entre les mains de l’ennemi, qui regarde, retourne, hésite, puis la repose enfin.</p>
<p>Sabrina s’approche à pas lents et assurés. Elle se saisit de la tunique et esquisse un sourire vengeur. Personne ne l’a remarqué mais elle vient d’acquérir un lourd trésor de guerre. Une guerre silencieuse, intérieure qui fait d’elle à la fois la victime et le bourreau d’un empire : celui de la consommation.</p>
<p>Elle garde précieusement ce trésor sous le bras, tandis que son regard de lynx scanne une dernière fois les rayons du magasin pour être sûre que rien ne lui a échappé.</p>
<p>A la caisse, de nombreuses femmes attendent elles aussi le moment si délicieux de vider leur compte bancaire pour cette noble cause que représentent les soldes : argent liquide, carte de crédit, chéquier. Sabrina est suffisamment armée pour obtenir sa tunique et le super pouvoir qui va avec. Se dire que l’on a fait une bonne affaire et que certaines l’ont acheté deux fois plus cher lui procure une certaine fierté. Elle ne réalise pas qu’elle vient de se faire <a href="http://www.foulexpress.com/2009/08/07/cherie-je-me-suis-fait-price-targetter/">price-targetter</a>…</p>
<p>Une des joie du shopping est de découvrir dans quel sac la vendeuse va mettre ce trésor, plus il est grand, plus il est voyant, plus Sabrina se sent importante en sortant du magasin. Elle va pouvoir arpenter la rue fièrement, son trésor à la main.</p>
<p>Jamais la tunique n’aura autant de valeur qu’à ce moment précis, au fond de ce sac en papier où, si on y réflechit, elle ne sert à rien. Etiquetée, pliée, elle n’existe que pour être possédée.</p>
<p>Pour déculpabiliser, Sabrina se dit qu’elle aussi a droit à son moment de bonheur et qu’il n’y a rien de mal à « penser à soi de temps en temps », comme le dit l’affiche publicitaire pour la salade Organic Biometric No Caloric. En plus, le questionnaire du magazine ‘Moi Moi Moi’ lui a révélé que le fait qu’elle ait obtenu plus de ronds que de carrés dans son score global signifie qu’elle est une « égoïste complexée » : ça veut dire qu’elle doit enfin « assumer » le fait de ne penser qu’à elle. Etre égoïste est, selon le test du moi(s), le meilleur moyen de mettre fin à la cavale d’un prince charmant qui a, à n’en point douter,  juste mal réglé le GPS de son carosse étoilé.</p>
<p>A la fin de la journée, épuisée, ruinée, Sabrina retrouve son appartement vide, repasse par la case miroir au passage et range sa tunique mauve à côté des dizaines d’autres vêtements qu’elle a achetés mais n’a jamais portés, suspendus à des cintres comme des pendus sans âmes. Elle allume la télé, sort un plat surgelé et s’installe sur son canapé. Là, mangeant son poisson au cœur gelé à la lumière furtive de la télévision, Sabrina attend encore le coup de foudre qui changera sa vie… lors des prochaines soldes.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8211; </p>
<p><strong>Cet article a été écrit par Marwan et Sonia. Il est utile de préciser que nous parlons de femmes, mais que l&#8217;essentiel des comportements décrits s&#8217;appliquent aujourd&#8217;hui aux hommes également. </strong></p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-269" title="soldes" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/soldes.JPG" alt="soldes" width="538" height="302" /></p>
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		<title>Princesse Leïla contre Dark Chador</title>
		<link>http://www.foulexpress.com/2009/12/29/princesse-leila-contre-dark-chador/</link>
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		<pubDate>Tue, 29 Dec 2009 17:46:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>marwan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans les épisodes précédents, nous avions parlé d’une planète d’une galaxie très éloignée où se trouvait un petit pays hexagonal sur lequel régnait un sombre et petit monarque au grand miroir. Nous avions décrit un clivage central (et parfois dangereux) entre les Rézidents (ceux qui étaient là avant) et les Zimigrés (les autres).
Après un certain [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dans les épisodes précédents, nous avions parlé d’une planète d’une galaxie très éloignée où se trouvait un petit pays hexagonal sur lequel régnait un sombre et petit monarque au grand miroir. Nous avions décrit un clivage central (et parfois dangereux) entre les Rézidents (ceux qui étaient là avant) et les Zimigrés (les autres).</strong></p>
<p><strong>Après un certain nombre de digressions plus ou moins heureuses, nous en étions venus à expliquer au lecteur, que sa patience et son endurance s’en trouvent ici remerciées, la manière dont la religion majoritaire des Zimigrés se trouvait, à cette période de l’histoire, stigmatisée par les médias et la classe intellectuelle dominante.</strong></p>
<p><strong>Notez, et ce sans aucune intention détournée de notre part, que les noms « intellectuel » et « penseur » font ici référence à un statut social et médiatique et non à une capacité à raisonner et à comprendre les choses de ce monde. En ce domaine, et après avoir vu bon nombre de ces penseurs qui ne pensent pas faire preuve de persistance dans leur entêtement à dire l’impensable et à conceptualiser le vide, le lecteur nous pardonnera d’éviter de faire des spéculations alarmantes sur la condition cérébrale véridique desdits intellectifères non-pensants.</strong></p>
<p><strong>Nous disions donc que la religion dominante des Zimigrés était stigmatisée et qu’on leur donnait le choix, certes un peu simpliste, d’être des Modérés soumis ou des Zéstrémistes méchants. Par ailleurs, les femmes Zimigrées bénéficiaient d’un soin tout particulier et d’un programme spécifique tout à fait déléctable…</strong></p>
<p>Il convient de préciser qu’il y avait dans le petit pays hexagonal un héritage historique très riche.</p>
<p>Quelques générations auparavant, les leaders du pays avaient organisé de vastes excursions en Asie et en Afrique avec au programme des randonnées, des travaux pratiques, des rencontres civilisatrices avec les populations indigènes et plein d’autres activités super chouettes et super cools. Ces camps n’étaient pas sans rappeler l’esprit joueur et espiègle des colonies de vacances que chérissent tant nos petites têtes blondes, sauf que ça durait plus longtemps.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, au bout d’un moment, les indigènes ont perdu le sens de l’hospitalité et on renvoyé sans ménagement les hexagonaux dans leur pays. Il en est resté deux choses : un tout petit brin d’animosité et aussi le refoulement (temporaire) d’un sentiment très fort chez les Rézidents hexagonaux :  l’instinct civilisateur.</p>
<p>Il y avait un autre mouvement très fort, qui était lié aux femmes de manière générale et qui partait, semble-t-il, d’un bon sentiment : ça s’appelait le féminisme.</p>
<p>En gros, au bout d’un moment, à force d’être traitées comme des servantes et des objets sexuels, les femmes ont décidé de se rebeller. Elle se sont fachées très fort.</p>
<p>Et là c’est parti dans tous les sens.</p>
<p>Certaines voulaient tout faire comme les hommes : s’habiller comme les hommes, travailler tard comme les hommes, être surménées comme des hommes, avoir un blackberry comme les hommes, courir, stresser et faire des réunions super importantes comme des hommes, etc.</p>
<p>On les appelait les Executive Women. Elles avaient leur littérature de métro, leurs marques de vêtements et même des séries TVs où on voyait des Executives Women sans rides qui faisaient tout ce qu’une Executive Woman rêve de faire : travailler à fond, faire un peu de shopping à la pause et convoîter le nouveau responsable en communication de leur entreprise. Etre une Executive Woman, ça faisait mal à la tête des fois à cause du stress, alors on a même trouvé des cures anti-stress pour femmes actives&#8230; C’est ça aussi le progrès.</p>
<p>D’autres voulaient assumer leur « féminité » : ça voulait dire qu’elles acceptaient de plein gré d’êtres des icônes sexuelles et des objets de soumission aux hommes. C’était la course à celle qui serait la plus aguichante, la plus dénudée, la plus maquillée et la plus en accord avec l’idéal de beauté que les magazines spécialisés décrivaient dans le moindre détail.</p>
<p>On les appelait  les Femmes Libérées. Elles aussi avaient leur littérature de salon de coiffure, leurs marques de vêtements et même des séries TVs où on voyait des Femmes Libérées faire tout ce qu’une Femme Libérée rêve de faire :  buller à la maison, faire du shopping et convoîter le jardinier de la voisine. Etre une Femme libérée, ça faisait mal aux pieds des fois à cause des talons, mais bon&#8230;. il était admis qu’il fallait « souffrire pour être belle ».</p>
<p>Cà vous rappelle quelque chose ?</p>
<p>Entre ces deux caricatures, il y avait le reste des femmes qui cherchaient tant bien que mal à faire face à leurs responsabilités, à être des épouses et des mamans épanouïes, mais la suprématie des Executive Women et des Femmes Libérées était telle dans les médias que ça générait beaucoup de frustration, qu’on l’admette ou non.</p>
<p>Les femmes Zimigrées Musulmanes ne faisaient pas exception. Certaines d’entre elles se sentaient parfois aller vers l’une de ces catégories. Cà donnait des variantes assez exotiques : l’Executive Muslim Woman qui cherche à s’intégrer dans la vie professionnelle ou encore la Beurette du Ghetto qui devient star du R’n’B.</p>
<p>Mais avec un peu de recul, c’était un phénomène assez intéressant à étudier. En gros, les intellectuels de l’époque avaient croisé, de manière assez sournoise et perfide les deux thèmes fondateurs que nous avons développés plus haut : l’instinct civilisateur et le féminisme fâché.</p>
<p>Pour mieux comprendre, un peu de mathématiques :</p>
<p><strong>Instinct civilisateur du colon hexagonal = « il faut civiliser les indigènes »</strong></p>
<p><strong>Instinct libérateur de la féministe fâchée = « il faut libérer les femmes »</strong></p>
<p>Jusque là c’est assez clair.</p>
<p>Ensuite, l’amalgame entre les populations Zindigènes, les Zimigrés, les banlieues, les Musulmans, etc. fait qu’on peut désormais écrire l’équation suivante :</p>
<p><strong>indigènes de l’ancien temps = Zimigrés Musulmans et Zassimilés des temps modernes</strong></p>
<p>Alors maintenant on mixe le tout et ça donne :</p>
<p><strong>Instinct civilisateur + Féminisme fâché = « il faut libérer les femmes des Zimigrés Musulmans et Zassimilés ».</strong></p>
<p>Et là c’est beau, limpide et d’une esthétique que même un Musulman refoulé de la planète Mars pourrait comprendre (voir <a href="http://www.al-kanz.org/2009/12/28/upjf-islamophobie/">ici</a> pour le private joke).</p>
<p>Bon, donc maintenant on a compris qu’il s’agit de « libérer la femme musulmane ».</p>
<p>- Pourquoi ?</p>
<p>- Bah parce qu’elle est prisonnière…</p>
<p>- De qui ?</p>
<p>- De son père, de son frère, de son mari…</p>
<p>- Pourquoi ?</p>
<p>- Parce qu’ils sont méchants, voyons. Ils sont musulmans, il faut écouter avec les oreilles quand je te parle.</p>
<p>- Ahhhh ok. Cà y est j’ai compris. Donc oui, en fait, vous avez raison, il FAUT libérer la femme musulmane !</p>
<p>Et c’est ainsi que l’ensemble de la société hexagonale bienpensante s’est fixé, parmis ses objectifs, de « libérer la femme musulmane ».</p>
<p>D’abord ça a commencé par les chanteurs. L’un d’entre eux, Sardou,  avait écrit une chanson à leur intention. Ca s’appellait naturellement « Musulmanes ».</p>
<p>Extrait :</p>
<p><strong>« Voilées pour ne pas être vues</strong></p>
<p><strong>Cernées d&#8217;un silence absolu</strong></p>
<p><strong>Vierges de pierre au corps de Diane</strong></p>
<p><strong>Les femmes ont pour leur lassitude</strong></p>
<p><strong>De jardins clos de solitude</strong></p>
<p><strong>Le long sanglot des musulmanes »</strong></p>
<p>Certaines rimes sont plus heureuses que d’autres. Celles-ci laissent rêveur : on y apprend que le voile que portent les Musulmanes est en fait une tenue de camoufflage. L’auteur, auquel je rends ici hommage, nous informe également qu’elles vivent dans le silence, qu’elles s’ennuient à mourir et se sentent seules (et aussi qu’elles ont un corps de Diane sous leurs vêtements, mais bon passons…c’était probablement pour la rime). Mais surtout, une musulmane ça pleure…</p>
<p>- Mais pourquoi elle pleure ?</p>
<p>- Bah parce qu’elle est prisonnière banane. Faut suivre un peu…</p>
<p>- Ahhhhh ok. J’avais pas compris sur le moment.</p>
<p>Donc la musulmane pleurait, pleurait, pleurait.</p>
<p>Jusqu’au jour où un autre chanteur vint s’encquérir de sa situation. Il s’appelait Balavoine et lui dit :</p>
<p><strong>« L&#8217;aziza</strong></p>
<p><strong>Je te veux si tu veux de moi</strong></p>
<p><strong>Et quand tu marches le soir</strong></p>
<p><strong>Ne tremble pas […]</strong></p>
<p><strong>Que tu vives ici ou là-bas</strong></p>
<p><strong>Danse avec moi</strong></p>
<p><strong>Si tu crois que ta vie est là</strong></p>
<p><strong>Ce n&#8217;est pas un problème pour moi […]</strong></p>
<p><strong>Il n&#8217;y a pas de loi contre ça</strong></p>
<p><strong>L&#8217;aziza</strong></p>
<p><strong>Fille enfant du prophète roi »</strong></p>
<p>Donc Balavoine veut l’aziza. Il la rassure car il ne veut pas qu’elle ait peur.</p>
<p>- Peur de quoi ?</p>
<p>- Non mais là, vraiment ya rien à faire avec toi, tu veux pas comprendre…</p>
<p>Ensuite, pour se débarraser de ses angoisses et des fantômes qui la hantent, comme une espèce d’exorcisme libératoire qui la ferait passer de la « petite brune enroulée d’un drap » (oui en fait je vous ai épargné le premier couplet) au statut de femme libre, l’aziza doit danser.</p>
<p>Enfin, l’aziza doit s’affranchir de l’influence de ceux qui diraient qu’il y a une loi contre ça (danser, courir et partir avec Balavoine par exemple).</p>
<p>- Mais quelle loi ?</p>
<p>- Ca suffit maintenant, tu sors !!!</p>
<p>C’est donc une vraie libération que l’on propose à l’aziza, elle la « fille enfant du prophète roi » (là j’avoue que je sèche sur l’exégèse de cette pathétique envolée lyrique – si quelqu’un a une idée…).</p>
<p>Bon, c’est vrai que ce n’est pas glorieux mais, d’après Wikipédia, ça a quand même fait premier du top 50 pendant huit semaines. Au moment où Balavoine écrivait ces lignes, je veux croire qu’il n’était pas consciemment en train d’alimenter les mythes orientalistes autour de la femme musulmane.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, mal lui en a pris, il décédait moins de deux mois plus tard. La chanson obtenait deux semaines après sa sortie le prix SOS Racisme. Tout un symbole de la façon dont le petit pays hexagonal percevait le combat des injustices raciales…</p>
<p>Arrêtons ici ce triste intermède musical et passons à la page littérature.</p>
<p>Si on faisait un tour dans les supermarchés littéraires du pays hexagonal en cherchant des ouvrages sur les femmes musulmanes, on trouverait pêle mèle les titres suivants :</p>
<p><strong>Musulmane mais libre</strong></p>
<p><strong>S’immoler à 20 ans</strong></p>
<p><strong>Burquette</strong></p>
<p><strong>Le voile de la peur</strong></p>
<p><strong>Insoumise</strong></p>
<p><strong>Bas les voiles</strong></p>
<p><strong>Défigurée</strong></p>
<p><strong>La république ou la burqua ?</strong></p>
<p><strong>Mariée de force</strong></p>
<p><strong>Dans l’enfer des tournantes</strong></p>
<p><strong>Visage volé</strong></p>
<p><strong>La Fatiha : Née en France, mariée de force en Algérie</strong></p>
<p><strong>Vendues</strong></p>
<p><strong>Brûlée vive</strong></p>
<p><strong>Burqua : La révolte d’Aïcha</strong></p>
<p><strong>Moi Noujoud, 10 ans, divorcée</strong></p>
<p><strong>Jamais sans ma fille</strong></p>
<p><strong>Je suis née au harem</strong></p>
<p><strong>Vivre libre</strong></p>
<p><strong>Le prix du silence</strong></p>
<p><strong>Etc.</strong></p>
<p>Des titres comme ceux-ci, il y en a des dizaines d’autres. Ce qui choque en premier lieu, c’est le champ sémantique de la souffrance, de la servitude et de la violence.</p>
<p>Ensuite, si on se place dans la position d’un lecteur neutre, on se rend compte que la situation de la femme musulmane, telle qu’elle est reflétée, est de deux types :</p>
<p>1) la femme torturée-vendue-brûlée-violée-défigurée ET mariée de force</p>
<p>2) la femme émancipée qui s’épanouït par un rejet de l’Islam qui lui permet de devenir une femme libre et heureuse et d’adhérer à NPNS qui lui proposera de mettre son nom sur un livre-témoignage racontant son libératoire parcours.</p>
<p>(mouchoirs et serpillères siouplait)</p>
<p>Forcément vous voyez bien qu’il FAUT absolument libérer la femme musulmane.</p>
<p>- Tite question. Enfin j’sais pas trop si c’est une question. Parce que des musulmans j’en connais… et y en a aucun qui brûle sa femme. Et puis une burqa, moi j’en ai jamais vu. Et même que des fois j’ai été invité à des mariages musulmans et la dame a dit « oui » sans que son père ne la frappe. Et puis j’ai aussi vu des filles pleurer parce qu’elles devaient enlever leur foulard pour aller à l’école. Donc quand vous parlez de femmes musulmanes en détresse, à part Fadela Amara qui est en détresse de parler français, je vois pas trop…</p>
<p>- Sécurité ! Sécuritéééé ! Il y a un sympathisant des Zimigré Zislamogauchistes dans la salle, vite faites le sortir.</p>
<p>The end.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-210" title="darkchador" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/darkchador.jpg" alt="darkchador" width="592" height="333" /></p>
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		<title>Le Retour du Sombre Ordre</title>
		<link>http://www.foulexpress.com/2009/12/27/le-retour-du-sombre-ordre/</link>
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		<pubDate>Sun, 27 Dec 2009 12:24:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>marwan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Il existait une célébration qu’on appelait Nowel et à l’occasion de laquelle tout le monde communiait dans les temples commerciaux. Cette fête dépassait les frontières du pays. Elle transcendait les clivages sociaux et politiques dans une espèce de transe celticonsuméricapitalistique que tout le monde (ou presque) semblait approuver(...)]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l’<a href="http://www.foulexpress.com/2009/12/25/lordre-de-la-sombre-identite-partie-i/">épisode précédent</a>, le petit monarque au grand miroir et ses soufifres s’étaient retrouvés quelque peu désemparés face à la tournure du « grand débat sur l’identité nationale » qu’ils avaient lancé. Ils décidèrent donc de faire diversion, histoire de passer à autre chose à moindre frais.</p>
<p>Ils n’eurent pas besoin de chercher bien longtemps. Le calendrier aidant, la période des fêtes approchait. Dans ce petit pays d&#8217;une galaxie reculée, il existait une célébration qu’on appelait Nowel et à l’occasion de laquelle tout le monde communiait dans les temples commerciaux. Cette fête dépassait les frontières du pays. Elle transcendait les clivages sociaux et politiques dans une espèce de transe celticonsuméricapitalistique que tout le monde (ou presque) semblait approuver. Il n’y avait plus de droitistes, ni de gaucheurs, ni de centripètes mais à la place une grande et belle unité autour des valeur$ univer$elle$ de la con$oma$$ion. Il n’y avait plus de riches ni de pauvres mais simplement des payeurs, comptant ou à crédit. C’était un grand moment de dévotion et de fraternité bancaire.</p>
<p>Un étrange folklore accompagnait cette célébration : on coupait des arbres à la hache, puis on les laissait dépérir dans les salons tandis que le prédicateur cathodique décriait le réchauffement climatique et la déforestation. Des individus cagoulés vêtus de rouge et portant de longues barbes s’infiltraient chez les gens en passant par les cheminées, mais ça ne semblait déranger personne.  On mangeait, on dansait, on chantait les louanges du partage, de la solidarité et de l’innocence enfantine tandis que des sans abris mourraient seuls dans le froid, le corps gelé et le cœur triste.</p>
<p>Vraiment, à l’époque, on savait y faire en communication.</p>
<p>C’était pas très difficile, le peuple avait une mémoire de poisson rouge et il suffisait de leur dire « demain sera pire » pour qu’ils consentent tous les sacrifices qu’on leur demande aujourd’hui. Quand les gens se plaignaient de lassitude, on lançait un nouveau programme d’anesthésie télévisée. Quand ils descendaient dans la rue, on leur filait des t-shirts, des mégaphones et  quelques bannières… ça leur passait au bout d’un moment à se cailler dehors alors ils rentraient chez eux la voix cassée et les mains rougies par le froid. Et puis, de manière périodique, quand il y avait beaucoup de problèmes, on se trouvait des bouc émissaires , étrangers et lointains si possible : des fois les plombiers polonais, d’autres fois le travailleur chinois, mais il n’y avait pas besoin d’aller chercher trop loin, on avait chez nous, à l’intérieur même de nos frontières, les coupables parfaits : les Zimigrés et Zassimilés. Cette catégorie inclut le Zimigré sans laissez-passer, le Zimigré avec laissez-passer, le Zimigré de première, deuxième ou troisième génération,  le Rézident issu de la Zimigration, le Résident issu de la « diversité et du métissage » , le Rézident  de religion Zimigrée, le Rézident de souche sympathisant de la cause des Zimigrés et tout ce qui, de près ou de loin, ne correspond pas à l’idéologie dominante et qu’il convient de diaboliser et de décrédibiliser, comme tout bon Rézident sait.</p>
<p>Quand il y avait une crise de quelque chose, on avait trouvé un concept imparable. Ca s’appelait « le Grenelle de ». On faisait une super réunion dans un super endroit où on servait du café, du thé et des petits gâteaux. On faisait distribuer par de gentilles hôtesses des pins et des dossiers de presse bien soignés. Ajoutez à cela un discours par un mec portant une chemise déboutonnée et un air fatigué et le tour était joué. Tout le monde repartait content. On pouvait faire « le Grenellle de l’environnement », « le Grenelle des transports », « le Grenelle des banlieues », « le Grenelle de la banque », etc… Plus besoin de résoudre « le problème de » puisqu’on avait déjà fait « le Grenelle de » lors duquel « tous les partenaires sont tombés d’accord » (sur la qualité des petits fours et de l’accueil).</p>
<p>C’était l’age d’or. On pouvait faire tout ce qu’on voulait.</p>
<p>Et puis du côté des Zimigrés et Zassimilés, il faut reconnaitre qu’ils facilitaient la tâche du petit monarque au grand miroir et de ses sbires. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la division régnait. D’un côté, on avait des Zimigrés Zintégrés, qui voulaient à tout prix « trouver leur place » dans le système hexagonal. « Trouver sa place » on savait pas trop ce que ça voulait dire pour des gens qui étaient nés sur cette terre. Et puis ça sous-entendait qu’ils n’étaient pas à la leur (de place), puisqu’ils devaient la trouver…  Pour être Zintégré ,il fallait faire plein de trucs bizarres que les autres Rézidents n’avaient pas besoin de faire. On appelait ça le processus de Zintégration.</p>
<p>C’était très utile d’embaucher des Zintégrés dans une entreprise. Ils étaient prêt à faire plus que les autres pour le même prix (ou la même chose pour moins cher), ils disaient toujours « oui » quand on leur demandait un truc et il suffisait de leur donner un petit poste de manager pour qu’ils sacrifient tout à la réussite de l’entreprise. Quand l’entreprise avait un problème, ils disaient « <em>nous</em> avons un problème ». Quand l’entrprise allait bien, ils disaient « <em>nous</em> allons bien ».</p>
<p>Même en politique, c’était pratique d’avoir quelques Zintégrés à proximité, pour coller des affiches et servir d’interprètes quand on s’adressait aux autres tribus de Zimmigrés un peu plus récalcitrants, comme les Zindigènes ou les Zislamistes. Quand le chef du parti disait « je pense que », ils répétaient «<em> nous</em> pensons que ». Quand le chef du parti disait « je veux », ils disaient « <em>nous</em> voulons ». Quand quelqu’un du parti disait quelque chose de raciste, on faisait parler les Zintégrés  : « On est pas racistes, on a des Zimmigrés Zintégrés. Vous voyez ? Ils sont là bas, près du buffet…  Momo !! Rachida !! Vous avez deux minutes pour une interview ? »</p>
<p>Et puis il y avait les méchants. On les appelait les Zéstrémistes : là dedans, on rangeait les Zindigènes, les Zislamistes, les Zaltermondialistes et tous les zautres bozos, zozos et zouaves qui, sans zozoter, nous zembetaient et nous restaient en travers de la gorze.</p>
<p>Attention, c’était du sérieux. Cà rigolait pas d’être un « Zéstrémiste ». Dès qu’on prononçait ce mot, tout le monde avait peur et s’écartait. On faisait venir des Zexperts qui étaient chargés de dire qui était Zéstrémiste (ooooouuuh, pas bieeeen !!!) et qui  était modéré (Bieeeen !!!).</p>
<p>Etre Zéstrémiste n’était pas donné à tout le monde. C’était une vocation, un sacerdoce, plus qu’un job à plein temps, une façon de vivre. Pour en être, il fallait brutaliser sa femme, la forcer à porter une burqa, préparer ses enfants dès le plus jeune âge en simulant des attentats suicide en tricycle, parler avec un fort accent, toucher des allocations sur le dos des bons Rézidents, égorger des moutons dans la baignoire exigüe de son HLM, planifier des vacances dans les grottes et cavernes d’Afghanistan, lapider sa fille pour non respect du couvre feu, tenir des réunions secrètes dans les caves, financer le terrorisme, etc.</p>
<p>Quoi ? Cà n’existe pas ?</p>
<p>Bien sûr que ça n’existe pas, mais il suffisait de le dire pour que les Rézidents en aient peur. Et quand quelqu’un dénonçait la supercherie, on l’accusait d’être complice du Zéstrémisme.  Tout ça n’était pas de tout repos, alors on a essayé de trouver des sponsors pour la cause. Des fois, on envoyait des journalistes pour les aider à monter des petites histoires avec une mise en scène sympa. Parmis les bestsellers, « le barbu du parking » ou encore « le mouton fugitif ». Sinon on avait des opérations « spécial femmes », mais ça c’est encore une autre histoire.</p>
<p>A suivre…</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-199" title="coteobscur" src="http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/coteobscur.gif" alt="coteobscur" width="592" height="333" /></p>
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