la Foule s'exprime

Canne à Bis



Canne à bis, quand les mitochondries se mettent la rate au court-bouillon.

Le cannabis, qu’est-ce que donc ?

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Comme tu t’en doutes sûrement, le cannabis est une plante. Oui, le genre plante verte de votre tante Yvette qui pousse dans la terre et produit de jolies feuilles dentelées. Il s’agit pour être plus précise d’une variété ou d’une sous-variété de chanvre – et par ailleurs, cannabis n’est que le terme latin du francophonique chanvre . Et donc, je te vois d’ici soulever la question (ne sois pas timide !), qu’est-ce que donc que le chanvre ?

Donc, le chanvre.

Le chanvre est une plante agricole originaire d’Asie centrale, cultivée depuis des millénaires par les chinois qui en confectionnaient de jolis vêtements, tradition qui a perduré jusque nos jours dans les milieux écolo (en passant par les premiers exemplaires de Jeans conçus par notre ami Lévi-Strauss, qui par ailleurs était un tissu particulièrement résistant destiné aux toiles de tente), car le chanvre est une plante particulièrement fibreuse qui permet un rendement assez fou pour une surface et un apport en eau moindre en comparaison d’autres matières premières, il s’agit d’une matière extrêmement fibreuse et résistante.

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Le chanvre est aussi un excellent matériau pour la production du papier, à noter que Nuremberg himself imprima les premiers exemplaires sous presse de la Bible sur du papier de chanvre, et que ce fut également le support de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis, et que Jefferson ou Washington possédaient un tas de plantations chanvresques afin d’être indépendants de l’importation britannique. Je ne parlerai même pas des multiples usages que l’on peut encore lui trouver, ainsi Henry Ford avait aussi conçu dans les années 40 une voiture dont l’intégralité de la carrosserie était constituée de chanvre, roulant au fuel de chanvre. Eh oui.

canne-a-bis-3Là, tu es sûrement en train de te dire que c’est quand même méga-fou cet usage du cannabis si polyvalent, et si tu es assez louche tu peux aussi te demander les conséquences d’un incendie dans une usine ou sur un champ de chanvre (ces pauvres gus qui courent dans tous les sens sans comprendre ce qui est en train de se passer, fou rire collectif devant le feu qui ravage leurs maisons, l’apocalypse quoi). Sauf que non ! Parce qu’en fait, la variété de chanvre couramment désignée par le latinisme « cannabis » présente quant à elle une concentration bien plus importante de THC – le petit raccourci mignon qui cache derrière lui un très barbare Tétrahydrocannabinol, substance chimique de la famille des canabinoïdes aux propriétés médicales et psychoactives – ce n’est pas le seul composé psychoactif, mais disons que c’est le principal. Et donc, comme tu t’en doutes sûrement, le chanvre industriel dont notre chère hexagone est l’un des premiers producteurs mondiaux présente un taux de THC hautement réglementé par tout un tas de législations. Ce qui sépare donc le chanvre industriel du chanvre dit « indien » qui lui, est le sujet de notre petite sauterie ici présente.

Des pendances et des effets notoires

Le cannabis tel que celui qui est roulé avec plus ou moins de précaution sous la forme d’un joint ou bien vaporisé en pipe à eau est une drogue. Et la drogue, c’est mal, et tu le sais. On peut définir cet estampillage d’une substance en fonction de deux principaux aspects : le premier est l’effet psychotrope qu’elle induit, c’est-à-dire l’altération qu’elle est capable de produire sur l’activité ou les communications neuronales, la seconde est le lien qu’entretient le sujet avec la substance, qui est donc potentiellement addictive, présentant souvent en corollaire un phénomène d’accoutumance – les deux composantes très funky du phénomène de dépendance. D’ailleurs, petit curieux, je prévois de parler très prochainement de la dépendance et des addictions très très vite.

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Et donc, la consommation de cannabis induit en premier lieu un sentiment de détente, qui peut potentiellement cheminer jusque l’euphorie et/ou l’excitation. Il peut permettre aussi un sentiment de toute-puissance via la levée d’inhibition. Le cannabis présente aussi des propriétés telles que la stimulation de l’appétit, on lui prête également et assez vraisemblablement des propriétés très intéressantes : anti-inflammatoires, anticonvulsives et anti-métastasiques. On y revient juste après. Le côté dark de tous ces effets un peu cool à court-terme, une nouvelle fois, sont une augmentation potentiellement importante du rythme cardiaque (tachycardie), un assèchement buccal bien connu des consommateurs, montée de l’anxiété, et surtout une altération de la mémoire à court terme et de l’attention.

Et c’est le temps qui court… Oh, couuuurt !

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C’est au long cours que les effets du cannabis sont particulièrement inquiétants. Dans une petite ville de Nouvelle-Zélande, une joyeuse troupe de chercheurs a eu l’idée assez brillante de mener une étude longitudinale (suivant l’évolution des sujets) sur plus d’un millier de gentils z’enfants : sur une quarantaine d’années, ils ont procédé à toute une panoplie d’examens neuropsy menés régulièrement (tous les deux ans puis tous les cinq ans) afin de les croiser avec leur consommation de cannabis. Et là, c’est le drame, car on s’aperçoit qu’une consommation précoce et/ou régulière de cannabis, pouvait, au-delà de fiche en l’air la mémoire de travail ou l’attention, impacter directement les scores à l’échelle de QI, avec un impact pouvant aller jusque la perte de 8 points sur le quotient intellectuel total.

L’autre effet funny est la perturbation de la mémoire. Avant d’aller un peu plus loin, je vous propose un petit détour rapido vers le mécanisme neurobiologique de la consommation de cannabis. Notre petit copain de tout à l’heure, le THC, se diffuse progressivement dans l’organisme et vient se fixer sur les récepteurs présynaptiques (sur la terminaison de la cellule nerveuse, donc) à cannabinoïdes, et principalement celui qu’on appelle langoureusement le CB1, essentiellement réparti dans le système nerveux central (qui englobe l’intérieur de ton crâne et ta moelle épinière) et plus particulièrement au niveau de l’hippocampe (centre de la mémoire), du cortex associatif (là où naissent les idées, dirons-nous de façon poétique), du cervelet (contrôle postural, rétrocontrôle du mouvement), puis dans l’hypothalamus, le thalamus et le tronc cérébral (qui assurent essentiellement des fonctions de relais) où il est moins présent mais joue quand même son petit rôle, le filou. Il faut savoir que pour que l’influx nerveux circule, il est nécessaire d’activer toute une réaction chimique en cascade, qui est d’une beauté juste inouïe (je ne peux pas développer pour des raisons de longueur mais je t’invite à farfouiner par ici et ici aussi si tu veux en savoir plus). On n’a juste pas idée de toute ce qui se trame dans notre système nerveux à chaque instant, mazette. Mais je m’égare un peu.

canne-a-bis-6Donc, l’institut INSERM bordelais de notre cher hexagone a récemment mis la main sur la façon dont le THC opérait sur la cellule nerveuse pour affecter la mémoire : se fixant donc sur les récepteurs à cannabinoïdes, il perturbe le fonctionnement des mitochondries, responsables dans la cellule nerveuse du transport/ de la synthétisation de l’ATP (l’énergie nécessaire au fonctionnement de la cellule), et sachant où les récepteurs à cannabinoïdes se situent, eh bien la boucle est bouclée. L’équipe de chercheurs menée par le Pr Marsicano a même identifié un récepteur spécifique au THC sur la membrane mitochondriale (qu’on a surnommé mtCB1 pour ta gouverne, ah que j’aime ces petits noms), tu peux voir un article à ce sujet par ici .

Un autre et dernier (pour cet article) effet notoire de la consommation régulière de cannabis est l’exposition accrue aux troubles psychotiques et à la dépression. Alors, il est important de souligner ici que le sujet fait un peu débat dans la communauté scientifique, car il est un peu complexe de déterminer qui de l’œuf ou de la poule et qu’un cochon ni retrouverait pas ses petits. Une équipe de chercheurs a suivi cette fois-ci une cohorte de quarante-cinq mille suédois depuis l’adolescence durant une quinzaine d’années, et leurs résultats démontrent qu’il est nécessaire de considérer la consommation de cannabis comme relativement indépendante du risque de schizophrénie. CEPENDANT, il s’agit ici d’un facteur environnemental qui comme les autres facteurs environnementaux (le parcours de vie, l’exposition à certains toxiques ect) peut mettre en évidence une prédisposition génétique, un terrain favorable à l’expression d’un trouble psychique, comme c’est le cas des autres psychotropes par ailleurs. Il est à noter également que la consommation de THC peut provoquer des troubles transitoires dont essentiellement la paranoïa, signant une psychose cannabique aiguë.

Un autre fact un peu drôle et un peu flippant en ce qui concerne le cannabis : si l’on ne retrouve pas d’effet purement physique notable chez l’humain (mais on cherche, on cherche), chez l’araignée, on s’aperçoit que plus le taux de THC est élevé, plus la fabrication de la toile est perturbée, se maculant de trous absolument disgracieux pour tout obsédé de la régularité dont je fais invariablement partie.

Cannabis et médecine alternativement parallèle

Comme je l’indiquais plus haut, le THC présente aussi des vertus thérapeutiques vraiment intéressantes, mais toujours en cours d’évaluation (tabou, polémique – amour, gloire et beauté). Par exemple, on lui prête des propriétés anti-tumorales, en inhibant la réponse immunitaire responsable de l’évolution de la tumeur, ceci dit, ça fait encore débat et on peut trouver ici un article un peu long mais vraiment complet sur le sujet . C’est également un analgésique assez puissant, prescrit sous la forme de teinture mère de chanvre. Aussi, il est relativement connu pour ses propriétés anticonvulsives : il permet de réguler les coups de tonnerre qui déchargent les crises épileptiques. Tous ces effets plutôt cool du cannabis à usage médical sont toutefois terriblement restreints par les effets corollaires beaucoup moins fifous que nous avons évoqués plus haut, et la balance bénéfices/risques est encore trop instable pour avoir le recul nécessaire à l’heure actuelle. L’idée, à terme, serait de proposer une forme de THC aux effets psychoactifs moindres, dissous ou mieux totalement contrôlés.

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Nous arrivons au bout de notre petite balade au long d’un champs de chanvre (réglementé, parce que chez FX nous sommes des personnes sérieuses et raisonnées), et c’est avec plaisir que votre humble disposée reprend du service après une courte interruption de sa petite chronique hebdomadaire. La semaine prochaine nous parlerons donc si tu le veux bien de l’addiction et de la dépendance – parce que c’est un sujet vraiment fort en chocolat avec de vrais morceaux de dopamine dedans. D’ici-là, prenez soin de vous, de vos poumons et de votre système nerveux les petits loups <3

 

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