la Foule s'exprime

Éveil, sommeil et rêves : L’ENFANT DO avoue tout.



Sleeping Man

Je ne sais pas pour vous, mais je suis insomniaque. Non seulement je suis insomniaque, mais alors j’ai une production onirique pour le moins déjantée aussi, au point où je me demande parfois où donc mon cerveau à l’allure si innocente peut aller pêcher des scénarios au croisement de Burton et de Tarantino.

Imaginez-vous un instant, l’inspecteur Caféine, le meilleur de tout le comté, en train de boire un thé à la cerise. Oui, l’inspecteur Caféine est une tasse de café, avec une anse et avec une fort jolie moustache, et il boit du thé. Soudain, La sonnerie du téléphone retentit, et le devoir l’appelle. Tout le monde compte sur lui. Il se rend au cirque 05b7ce489fbe72213c86745ce9ef3b71de la brioche dorée (toute ressemblance avec une enseigne vendant du café et des pâtisseries est purement fortuite), haletant et suant autant qu’il est possible pour une tasse de café, avant de se retrouver face à une scène de crime abominable : on a assassiné un cracker. De la confiture à la fraise, partout. Une hécatombe. L’inspecteur Caféine entortille distraitement sa moustache de sa main gauche, avant de se tourner vers les sœurs siamoises en brioche tressée : « nous allons démarrer l’enquête, veuillez vous installer et être prêtes à être interrogées ». Les sœurs siamoises s’asseyent au bord de la piste de cirque quand soudain, un stimuli externe de nature sensorielle expédie sans procès préalable le brillant Caféine, ses siamoises suspectes en brioche tressée ainsi que le pauvre cracker assassiné dans les limbes de ma conscience de retour après une courte réclame.
« – Tu t’es endormie, dis ? ». Non, absolument pas.

Alors, on rêve. Oui, mais comment rêve t-on ?

casque eegIl faut savoir qu’il existe quatre rythmes cérébraux (cinq si l’on compte un petit nouveau tout récent qui est un peu discuté), classifiés arbitrairement en fonction du niveau d’éveil. Ces rythmes sont pour certains plus ou moins calés sur quatre phases de sommeil lent, et une phase de sommeil dite « paradoxale ». Tout est une question de fréquence et d’amplitudes d’ondes. Si si, puisque je vous le dis. On peut mesurer et retranscrire l’activité électrique (enfin, c’est une électricité Choubidou, que l’on compte en microvolts) en cours juste en dessous de la boîte crânienne au travers d’un électroencéphalogramme (EEG pour les intimes). Cet appareil un peu tentaculaire déploie des petites électrodes imbibées de substance conductrice (autrement dit une solution saline, ou encore de l’eau salée) à la surface du scalp humain afin de se donner une idée de l’activité cérébrale de ce bien-aimé et fascinant hominidé. De là, des petites oscillations grattées par un instrument sur du papier, et la mesure en temps réel de la façon dont ça carbure, dans la boite à idées. Ou à peu près.

 

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Rythmes d’éveil

 

Donc, quatre rythmes cérébraux a dit la dame. Il existe un rythme d’éveil attentif et un rythme d’éveil dit « diffus ». Ce premier est celui du traitement de l’information et de l’activité mentale, et c’est celui dans lequel toi qui lit ces quelques mots écrits avec amour est très vraisemblablement. Les ondes sont à fréquence rapide et de faible amplitude, ça se remue donc dans les méninges (qui sont trois couches fixes protégeant le cerveau des agressions extérieures, et qui ne peuvent donc pas bouger, par ailleurs, mais passons), et c’est ce qu’on appelle le rythme Bêta.

Le rythme d’éveil diffus présente un rythme bien plus lent avec des ondes bien plus régulières, d’amplitude plus prononcée : c’est le rythme Alpha, et c’est l’état du sujet éveillé et profondément détendu, yeux fermés. C’est l’état de la méditation et la phase généralement intermédiaire à celle de l’endormissement.

Quand Régis s’endort – le sommeil à ondes lentes

 

Imaginons maintenant que notre sujet, appelons-le Régis, est allongé, qu’il est minuit et qu’il est une personne raisonnable qui obéit sagement à ce que préconise son horloge interne (on en a parlé ici, si tu n’as pas encore lu c’est clairement le moment), il essaie de dormir. Ses yeux sont donc fermés, et Régis pense à ses vacances au bord de la mer Morte. C’est une pensée agréable et Régis est parfaitement détendu. Là, notre sujet est donc sûrement en rythme Alpha, si tu as bien suivi. Sa conscience va ensuite se dissiper très lentement, et les ondes Alpha vont se dissoudre vers des fréquences plus faibles, avant que s’installent progressivement des ondes de plus grande amplitude, au rythme bien plus lent : c’est le rythme Thêta. Régis s’endort, chhhhut.

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Ensuite, si notre Régis a de la chance et qu’aucun stimulus externe ne vient troubler son sommeil naissant, il va progresser vers la phase du sommeil léger. Là, les ondes Thêta régulières et paisibles vont être ponctuellement perturbées par l’apparition de fuseaux à rythme rapides très caractéristiques, c’est le rythme Sigma , mais ça importe peu à Régis qui n’a pas idée de ce qui ce bidouille à l’intérieur de lui étant donné que sa conscience est partie à vau-l’eau. Ce sommeil représente près de la moitié de la durée totale du sommeil de Régis et par extension celle de beaucoup d’humains ici-bas.

À présent, notre ami perd peu à peu totalement conscience de son environnement, l’activité cérébrale se fluidifie progressivement vers des ondes extrêmement lentes à graaande amplitude, le rythme Delta qui s’installe et c’est le début du sommeil profond. Le corps de Régis se détend autant que lui : sa température corporelle et sa pression artérielle diminuent de concert, tout comme sa fréquence cardiaque et respiratoire. Régis nous quitte (temporairement, hein). La suite ? L’ensemble des fonctions vitales de notre ami vont ralentir à l’extrême, ainsi que son tonus musculaire, il va aussi devenir beaucoup plus insensible aux stimulations sensorielles extérieures. C’est aussi le rythme observé lors du coma.

Sommeil paradoxal

La suite ? Non, Régis ne va pas mourir. Il va reprendre un cycle débutant par une phase de sommeil léger, mais auparavant, il va traverser une phase de sommeil paradoxal. Et le sommeil paradoxal est la phase juste totalement badass parmi les cycles du sommeil. Là, l’activité cérébrale se renverse brusquement vers une structure rapide et de faible amplitude (tu te rappelles, ça correspond au rythme Bêta, le rythme d’éveil attentif, en tout cas ça y ressemble), c’est ensuite les fréquences respiratoires et cardiaques qui vont reprendre de bon train avant d’être accompagnée d’une augmentation brutale et transitoire du métabolisme qui déploie force oxygène et glucose pour approvisionner l’intégralité de ses ouailles. L’ensemble de ces manifestations sont couronnées par les fameux REM (rapid eye movement, soit des mouvements oculaires rapides sous les paupières closes).

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Pourquoi ce sommeil particulier est dit « paradoxal » ? Excellente question. Parce que durant cette phase, la réactivité aux stimuli extérieurs est minimale (Régis ne capte décidément rien à rien à ce qui entoure son corps qui dort) et le tonus musculaire s’effondre, tandis que l’activité à l’électroencéphalogramme est semblable à la veille active. L’intégralité du corps est comme « paralysée » bien que le cortex moteur primaire soit en activité, l’information nerveuse ne parviendra jamais aux motoneurones des membres (les muscles respiratoires ne sont fort heureusement pas concernés, ouf) : le tronc cérébral, qui fait fonction de relais entre la moelle épinière et le cerveau, fait blocus en hyperpolarisant ces pauvres motoneurones, devenus incapables de recevoir l’influx nerveux (qui nécessite une dépolarisation). Et notre Régis ? Il rêve de ses vacances à la Mer Morte, tandis que ses pieds s’enfoncent dans le sable et qu’il a l’impression d’être totalement paralysé : son chat Médor, huit kilos, s’est allongé sur ses mollets. Oui, parce que des stimuli externes de nature sensorielle peuvent influencer le contenu des rêves.

Vous l’avez compris, le sommeil paradoxal est la phase préférentielle du rêve, mais ce n’est pas la seule, on rapporte également des expériences de sommeil durant la phase de sommeil léger, à l’instar de votre obligée et de son inspecteur Caféine.

Dormir, pourquoi ?

 

Mais tout d’abord, pourquoi est-ce qu’il dort, Régis ? La question de l’utilité et de la fonction du sommeil a soulevé moult théories (si, je vous promets, on s’est demandé pourquoi il faut dormir.)
On distingue des fonctions différentes en fonction de la nature du sommeil, car à priori, le sommeil à ondes lentes et le sommeil paradoxal n’ont pas exactement la même utilité.

Comment peut-on diantre savoir à quoi sert le sommeil ? En privant arbitrairement des humains ou des animaux de laboratoire de sommeil, pardi ! Chez l’homme donc, la privation de sommeil n’altère que peu les différents paramètres physiologiques, en revanche, il entraîne pas mal de conséquences sur le plan psychologique : irritabilité, et surtout, difficultés attentionnelles et fluctuation de la vigilance. Le rat ne survit simplement pas à la privation de sommeil (et là tu penses toi aussi à ces pauvres rats qu’on a laissé mourir de fatigue, sad sad world). Le sommeil lent permettrait donc la restauration de l’état physiologique de base.

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Le sommeil paradoxal est un peu plus intéressant : lors d’expériences de privation de sommeil paradoxal, aucun symptôme spécifique ne se dégage du comportement des sujets, en dehors du fait que les phases de sommeil paradoxal se retrouvent allongés les nuits suivantes, on s’est tout même rendu compte que cette privation spécifique pouvait endommager les nouveaux apprentissages et que chez le rat, la mémoire à court terme était sérieusement impactée. Pas mal de théories ont donc émergés sur le sujet : on s’est aperçu par exemple que le nouveau-né et le fœtus présentaient une plus large part de sommeil paradoxal, on a donc conclut que peut-être, le sommeil paradoxal permettait entre autres la maturation du système nerveux, puis on a revu la théorie en disant qu’il s’agissait sûrement d’un système d’assistance à la structuration/restructuration des circuits cérébraux au cours de la vie. La théorie la plus célèbre et qui apparaît la plus probable – bien qu’elle n’invalide pas les autres – est que le sommeil paradoxal permettrait l’encodage des informations reçues durant la journée, opérant par là d’un tri sélectif à la façon du tapis roulant dans les aéroports sur lesquels défilent les valises, permettant donc l’organisation de l’information en mémoire en sélectionnant les données pertinentes et en supprimant celles qui sont superflues. Si tu es en période de révisions, dors suffisamment, mon petit.

Le moment où je m’aperçois que j’ai oublié de parler des rêves

 

Mon billet commence à se faire fort long et je voulais encore parler des rêves. Faisonsdreaming_writer-300x300 juste une brève aparté sur ce phénomène assez fascinant. On a apparemment pas mal de difficultés à dégager le mécanisme neurobiologique du rêve, mais en tout cas quelques faits apparaissent plutôt sûrs : le système limbique (LE système des émotions par excellence) était très actif durant le sommeil paradoxal, tandis que les zones du cortex préfrontal (impliqué dans l’attention, le raisonnement logique et cætera) étaient quant à elles inactives : ceci explique donc pourquoi nos rêves peuvent être parfois pour le moins illogiques. Ce serait le tronc cérébral (le vilain qui bloquait tout à l’heure la transmission de l’influx nerveux vers le motoneurones) qui projetterait sur les aires cérébrales supérieures des volées de décharges qui seraient soutenues vaille-que-vaille par les aires corticales et les noyaux cérébraux encore en activité à l’intérieur de notre crâne afin d’y apporter de la cohérence et de la pertinence. À ce propos, une synthèse très intéressante de la petite histoire des théories autour du rêve, malheureusement non exhaustive.

Le Pr Tassin, neurobiologiste spécialiste du sommeil, a émis quant à lui l’hypothèse que le sommeil paradoxal ne permettait ni la conscience, ni le rêve (ce qui est contradictoire avec d’autres hypothèses soutenues ça et là, je vous ai dit que c’était compliqué) ; et soutient le fait que le rêve se construirait en quelque sorte durant les quelques micro-secondes du temps du réveil, réactivant par la même occasion les neurones à sérotonine et à noradrénaline fondamentaux à la conscience.

Bonnuit Régis.

 

Quant à Régis, il vient d’achever son cycle de sommeil et il chemine vers un nouveau cycle après un bref réveil dont il ne se souviendra jamais (c’est pour cette raison, d’après Pol-Tassin, que nous avons l’impression de rêver durant la nuit). Nous allons donc nous quitter devant cette image si bienheureuse que je commence moi aussi à bâiller (tiens, d’ailleurs on s’est longuement demandé à quoi donc le bâillement pouvait bien servir, aussi) et vais aller rejoindre mon lit afin de déguster chacune des phases qui composeront mon sommeil, de restaurer mes fonctions vitales et de consolider tout ce que j’ai pu engranger aujourd’hui. Par ailleurs, nous disions la dernière fois qu’il n’était pas pertinent de dormir plus mais plutôt de dormir mieux, il faut savoir aussi qu’un temps de sommeil allongé privilégie sur les derniers cycles le sommeil paradoxal plutôt que le sommeil lent qui est seul régénérateur de l’état physiologique de base. J’insiste, il faut se coucher tôt, et votre amie qui achève ces quelques lignes à une heure du matin culpabilise quelque peu à l’idée de ses sermons qu’elle ne respecte pas elle-même. Je vais donc de ce pas dissiper mes ondes Bêta en de jolies et harmonieuses ondes Thêta. Bonne nuit, Régis.

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Si tu veux en savoir plus, tu peux cliquer ici.
Là, tu en auras un peu (beaucoup) plus sur les rêves.
Si vraiment t’es un insatiable, c’est carrément le pompon sur la Garonne (mais comme d’hab, il faut bien prendre le temps de cliquer sur tous les niveaux à droite et à gauche pour que ce soit bien exhaustif.)

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