la Foule s'exprime

La scénarisation des campagnes électorales



Ces derniers mois, vous avez pu constater la recrudescence des discours bienveillants à l’endroit d’une catégorie de personnes notamment depuis les dernières universités d’été organisées par le parti républicain. On peut dire que nos personnalités politiques n’ont pas manqué de faire l’âne pour avoir du son auprès de leurs sympathisants : l’actualité politique nous a offert de bons moments d’éclats de rire, je pense au « koufarisme » de NKM, aux «  portions frites » de Nico et notre Pierre Richard du moment, roi de la gafette : Copé avec son délicieux pain aux chocolats.

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Comme tout spectacle populaire, le politique n’échappe pas aux codes du divertissement, un attrait opportun duquel les médias relayent avec brio « les buzz » politiquement incorrecte. Leurs prestations empruntent les techniques de charme des acteurs hollywoodiens, séducteurs, un « body language » sensuellement alléchant et exceptionnellement fusionnel avec son public : chemise déboutonnée, la sensibilité des mots qui résonnent, l’énergie d’un candidat Apollinien, des affèteries presque orgasmique… Un état d’exaltation commun propice au lien affectif que le candidat cherche à nouer.

Souvenez-vous de l’entrée spectaculaire de Nicolas Sarkozy pour son originalité, sur la scène politique et médiatique, qui n’a pas dérogé à cette règle. Son retour coïncidait très adroitement à une polémique fraîchement promue par ses fidèles amis, en pleine période estivale. Une manipulation insidieuse que révéla L’OBS dans son quotidien.

La scénarisation de sa réapparition avait un air de « retour du Messi » présenté comme le seul légitime pouvant sauver cette «  France éternelle » dont il fait mention dans son livre. Un ouvrage presque biblique de ses pensées mûrement réfléchies, faisant foi d’un sentiment profondément attaché à la France ; prêt à redresser l’image de ce pays dans l’attachement de ces valeurs pures et rendre la fierté de sa nation aux citoyens affaiblis et dont, il fait le vœux des idées plus radicales et pathologiquement parlant, inquiétantes.

Il n’est pas le seul dans son parti à porter un regard très alarmant, sa famille politique mène également ce jeu, c’est le cas de François Fillon qui, en énumérant préalablement les différents communautarismes religieux, conclut par dire qu’il y a « juste un problème : c’est le problème de la montée de l’intégrisme au sein de la communauté musulmane »  , des éléments de langages utilisés pour stigmatiser, une fois de plus, l’idéal bouc émissaire cachant la forêt qu’ils ont dévastés,  meublant ainsi, l’étendue du vide sidéral devant lequel ils se trouvent face à leurs réelles difficultés à redresser le pays.

Chacun  s’attribue des petites formules rhétorique, un art à part entière, pour animer leur meeting habituellement soporifiques mais surtout, pour apporter du corps, du rythme, conscient que les médias se nourriront de ces clichés où la rock star est présentée faisant son show, adulée par son public, applaudit et accompagnée de quelques cris d’acquisitions, propice à l’ascension de la courbe du chômage, une addition de « plus- plus » absolument magique : plus l’audience est bonne, plus les citoyens se passionnent, et plus ils assurent le plein emploi de nos médias. Un échange de bon procédé qui finalement arrange bien tout ce petit monde. (Ton sarcastique).

Mais à force de confisquer la citoyenneté d’une partie de la population, beaucoup reconnaissent une déception grandissante à l’endroit du monde politique et ont renoncé à peser leur voix dans les urnes. L’abstentionnisme n’a jamais été aussi fleurissant ces dernières années au grand bonheur d’une minorité votante.

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Alors, comment l’expliquer ?  Il faut peut être pour cela comprendre les récentes stratégies de communications investies.

La fabrication des images politico-médiatique montre l’idée d’un phénomène étendu et  voulu, un peu comme un artiste peintre porte son regard sur un élément primitif dans un fait réel, en mouvement, avec une attitude, un caractère propre, qu’il sélectionne afin de véhiculer l’interprétation de son idée en une dimension autre que ce qu’elle est réellement.

  1. Dis moi dans quel contexte tu vis, je te dirai quel message porter

Pour qu’un message puisse émettre à bon escient, il lui faut quelques résonances dans son environnement social afin qu’il puisse être le plus optimum. Les experts en communication savent parfaitement que pour qu’un phénomène puisse prendre un sens, il a besoin de se réaliser dans un contexte : un environnement politique, éducatif, littéraire, médiatique etc … pour se former, construire une chaine de lien relationnel entre les différents champs :

« C’est dire autrement que le phénomène n’existe pas seul (…) et qu’il prend forcément place dans un ENSEMBLE d’autres phénomènes qui lui donnent existence (et sens) » selon Mucchielli. (dans « théorie systémique des communications, principes et applications ». )

Un ensemble de phénomène permettant à une communication isolée – c’était le cas en quelques sortes du front national – de se propulser à vitesse grand « V » : les conflits géopolitiques, la migration massive de populations étrangères, les attentats terroristes, les violences policières etc…mais aussi la littérature ciblant ces sujets épineux, ont permis à cette communication isolée de s’appuyer sur ces contextes conflictuels, de tensions et sensiblement anxiogènes pour servir des intérêts opportunistes.

C’est alors qu’au vu du contexte social actuel, les discours ont pris une tournure bien plus radicale, aux frontières de l’ultranationalisme, ameutant les troupes autour d’un modèle fermement présenté comme ethno-centré dixit « gaulois », « identité heureuse » pour le plus souple.

Ce phénomène se nourrissant d’autres communications auxiliaires, impulsées par la visibilité médiatique de multiples dérapages de personnages publics : au sujet de l’invasion ethno-religieuse, de la propagation erronée de l’insoumission à la république des enfants pourtant originaire de ce pays, en les fustigeant de mépris répétés à l’endroit des femmes, notamment, voilées de confession musulmane, incarnant cette insoumission fantasmée, une appréciation commentée par l’élite comme des « nègres étaient pour l’esclavage », qui serait aux prémisses d’une figure montante de l’islam conquérant, type « Conan » Le Conquérant / Le barbare, une qualité au gré du scénario choisi pour l’effet buzzy tant convoité.

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Ainsi, ce qui est adroitement appelé et revendiqué être la « parole décomplexée » chez les républicains ou « le langage de vérité » chez les socialistes, des formulations relayées comme l’expression d’une dissidence de la pensée unique, n’est, entre autre, qu’un jeu de rhétorique inversé circonstanciel pour une nouvelle fois, écarter la mélodie colorée de la « marseillaise » que pouvait nous offrir l’européen Django Reinhardt avec son mythique banjo-guitare.

  1. L’impact consensuel de l’élection de Donal Trump

Il y a, toutefois, depuis l’élection de Donald Trump, une nouvelle stratégie de communication qui s’affirme et qui suit, un autre courant contextuel prenant de plus en plus d’ampleur, celui de la dissidence, du renouveau.

Une qualité que Bruno Le Maire a tenté d’incarner, un peu de trop tôt, sauf que sa personnalité publique ne collait pas avec l’étoffe « du robin des bois » dans l’imaginaire collectif, ce que par contre, Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron, tous 2 candidats aux primaires socialistes, représentent plutôt bien puisqu’ils ont en effet, jouer le jeu de la dissidence dans leur propre famille politique bien que leur vision de ce que doit être la France reste différente. François Fillon joue également sur cette corde, même s’il semble présenter un caractère plus fidèle, il porte lui aussi, une autre forme de dissidence, celle de s’être mesurer, dans ses profondes convictions pour la France, à son ancien « chef », une rivalité appréciée par un électorat en quête d’un sauveur au attrait plus classique.

  1. Les pressions socio-psychologiques engendrées

Cette nouvelle perspective stratégique ne doit pas nous faire oublier la dangerosité des techniques de communications qui sont, actuellement, déployées par nos politiques, obnubilés par les prestiges que la fonction à la présidence revêt, parce qu’elles rappellent quelques échos dramatiques d’avant l’investiture d’Hitler et doivent sérieusement nous inquiéter.

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Je sais que la mention, à elle-seule, peut heurter la sensibilité de plus d’un, d’autant que l’histoire nous remémore ce que l’humain peut être de plus horrible et indigne ; pourtant, nous sommes en dedans d’une tournure politique et social qui se redessine à nouveau.

Pour conclure, voici, deux supports pour étayer l’exercice dangereux auxquels s’apprêtent nos politiques en utilisant ces méthodes de communications racistes et discriminatoires :

Le témoignage d’Ernest Gombrich, lors de son entrevu avec Didier Eribon, retrace un contexte social dont nous ressentons, pour la plupart, le même sentiment aujourd’hui, il confiait :

« En Fait, dans mon enfance et dans ma jeunesse, avant que le poids du mouvement nazi ne se fasse sentir, personne ne se demandait si un ami était juif ou non.
Il y avait de nombreux mariages mixtes et tout particulièrement dans les milieux intellectuels et artistiques. L’antisémitisme était méprisé comme quelque chose de vulgaire. Je sais bien que la situation était un peu différente dans le domaine de la politique, où le parti conservateur propageait l’antisémitisme et poussait les intellectuels juifs dans le camp des socialistes et des marxistes ».

Gustave Nicolas Fisher, dans son livre « la psychologie sociale » relate un fait divers tout aussi similaire à notre contexte actuel (série d’incendie volontaire dans le 16e) :

«  En aout 1933, par un journal qui a fait état d’une collecte organisée par les habitants d’un village brandebourgeois pour payer des skinheads afin qu’ils mettent le feu à un centre d’accueil pour les immigrés. L’Allemagne se trouvait à l’époque en pleine vague d’attentats racistes ; de nombreux villages s’étaient mobilisés un peu partout contre l’implantation de foyers devant accueillir des demandeurs d’asile. Dans le village en question, il était prévu d’installer 80 immigrés dans un ancien centre de vacances. La veille de l’arrivée, le feu avait été mis dans la nuit au bâtiment qui a complétement brûlé… »

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On peut aisément dire que ce ressenti nous est familier, que nous reconnaissons la similarité des faits et des sentiments dans ce contexte hostile et fortement identitaire.

L’usage de cette communication, comme signaux toxiques de masse, a pour vocation première d’entretenir un sentiment d’identité d’un côté en faveur d’un sentiment d’impuissance de l’autre.

L’effet de cette agressivité permanente se répercute sur le plan social et psychologique de masse ; la psychologie sociale reconnaît les effets dévastateurs de ce type de procédé et comme, toute communication a pour vocation de provoquer chez le destinataire une réaction, observez donc, ce que cette communication a suscité en vous : Alors, êtes vous un citoyen actif ou passif ?  A vous de voter…

 

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