la Foule s'exprime

Liberté



Escape myself by Stelfyskya

Escape myself by Stelfyskya


 

Aujourd’hui est un jour comme un autre. Une question me traverse l’esprit, rien d’inhabituel. Chaque jour, la même question me tourmente: « Que vais-je bien pouvoir faire ? »

Je me la répète sans cesse, jour après jour, comme si le champ des possibles s’offrait à moi. Pourtant, mon monde ne s’étend que jusqu’à ces barreaux défraîchis. Vous savez, je m’y plais.

Je n’ai pas à me préoccuper de quelque chimère que ce soit.

   Il paraîtrait même que tout cela est pour mon bien, que ces barreaux me mettent en sécurité, comme s’ils délimitaient à la fois le monde atroce que représente l’extérieur et mon espace de vie. Tel un entonnoir, ils filtrent le mal pour ne laisser pénétrer que la lumière du bien. C’est du moins ce que l’on m’a dit.

   J’ai découvert que mon monde portait le nom de « cage ». Bien étrange comme nom pour désigner une si respectable demeure. Aujourd’hui, j’ai décidé que j’allais porter mon regard en dehors de ma cage. Interminable recommencement. Parfois, je me trouve par-dessus le rebord de la fenêtre. Je m’évertue à fixer l’horizon, mais la force me manque. Vous savez, c’est très étrange comme sensation. Je sens qu’il pourrait m’arriver quelque chose et ça me fait très peur. La journée s’écoule, clôturant bientôt la danse du Soleil, mais je reste là à fixer le vide…le monde extérieur. M’y aventurer serait comparable à marcher dans le néant. De toute manière, ma cage est l’endroit le plus sûr qui soit, c’est ce que l’on m’a dit. Et finalement, c’est ce que je me dis……

   Quelqu’un est venu frapper à ma cage, comme tous les jours. Il me dit qu’il se prénomme « Liberté ». Bien étrange comme nom pour désigner un visiteur si improbable. Il a pris soin de me saluer avant de s’enquérir auprès de moi:

« Mais petit oiseau pourquoi restes-tu enfermé ainsi ? », me dit-il ahuri.

Je ne tarde pas à lui répondre. « Enfermé ? Moi ? Mais quelle absurdité ! Je suis très bien où je suis. Cesse donc de m’importuner ! »

« Tu n’es pas libre petit oiseau, puisses-tu un jour t’en rendre compte », ajoute-t-il.

« Et qu’est-ce que c’est d’être libre, vous qui croyez tout savoir ? », lui dis-je insolemment.

Il s’approche et me tend sa main, que je me refuse de prendre. « Pourquoi rechignes-tu à me suivre ? »

« Ah, ça non ! Un jour tout va bien, un autre tout s’effondre. Rien ne persiste, tout est éphémère. Pourquoi cultiverais-je des attentes ? Tôt ou tard, tu t’en iras. L’amour, la peine, la haine, la joie… Tout se succède mais ma vision des choses elle n’est plus la même. Les espoirs en moi se consument, ne laissant place qu’à un champ de ruines dans lequel mon cœur se meurt. Je n’ai plus goût à la vie ou peut-être est-ce la vie qui n’a plus de goût. Elle est devenue amère, laissant une trace bien désagréable, qui nous poursuit telle une ombre, une mémoire. Le temps passe mais je ne le poursuis pas, j’ai envie d’en finir, d’arriver au terme du périple de la vie car les embûches risquent de bien trop m’écorcher. A vouloir vivre, on peut mourir à tout moment. La quête du bonheur et de la quiétude est bien vaine. Ici ou là-bas tout est pareil ! », lui dis-je d’un air convaincu, me libérant ainsi de ces pensées empreintes de désespoir.

« Bien triste vision, petit oiseau. Tes barreaux ne laissent visibles à tes yeux qu’une partie du monde. Tes ailes sont destinées à être déployées afin d’explorer le monde, ce monde qui est pourtant le tien. Les réalités que tu me décris ne représentent que cet espace dans lequel tu te loves. Elles trouvent leurs limites aux confins de tes barreaux. Te voici accablé par le poids de l’obscurité. Je m’en irais, certes, si tu ne me suis pas. », Me dit-il.

« Mais Liberté… »

   A peine ai-je prononcé ces mots qu’il ouvre ma cage afin de m’entraîner au dehors. En une fraction de seconde, je suis dans le ciel, ailes déployées, suivant Liberté. J’ai peur mais l’espace d’un instant me suffit à mettre mes sens en éveil. Des couleurs autour de moi, mes yeux épousent les multiples formes qui composent les paysages, plus fascinants les uns que les autres. Tout cela me parait désormais évident: le monde a retrouvé son potentiel. Peut-être que c’était moi qui étais devenu amer, abandonnant Liberté au profit d’un espace que je jugeais confortable mais qui n’avait pour seul effet d’occulter le sens de la vie. Je me croyais libre, quand j’étais enfermé. De là où je l’observais, la Vie était une prison. Cet espace dans lequel je me complaisais n’avait fait qu’alimenter ma détresse. Peut-être qu’il me suffit de continuer à voler, d’explorer le monde au-delà des obstacles. Arrêter de suivre Liberté est-il un acte de liberté ou une façon de restreindre ce monde que je refuse ? J’aurais dû abandonner plus tôt ma vision des choses. Après tout, les idées n’engagent que ceux qui y croient.

C’est désormais ce que je me dis, engagé mais ailleurs.

Mon esprit était en prison, après avoir été jugé par le tribunal de la vie, j’avais participé à sa propre condamnation. Juge et partie de mon propre procès. Me voici libéré, apprenant à voler avant de savoir vivre.

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