la Foule s'exprime

L’atelier des scribouilleurs : partage de juin



Personified Fish by Rowen Silver

Personified Fish by Rowen Silver


Bonjour à tous,

Ici, à la rédaction de Foulexpress, on est ravis de votre participation et on a été bluffés de la grande qualité des textes qui nous ont été envoyés.

Un énorme merci aux participants d’avoir prêtés leurs plumes à ce premier thème pour des textes qui nous ont transportés dans des univers parallèles, loufoques, poétiques… etc.

Vous êtes épatants !

On vous laisse découvrir le texte de Clémence, rythmé, émouvant et engagé, suivi d’un extrait des textes de chaque participant.

BONUS : en cliquant sur les liens sous chaque extrait, vous aurez le plaisir de retrouver le texte dans son intégralité.

Rechargez vos encriers, lustrez vos claviers, taillez vos mines, on se retrouve très vite pour de nouvelles scribouillures. 


Amphiprion Melancholia

Hier, j’ai quitté mon aquarium. J’ai quitté mes frères et sœurs, pour vivre parmi les hommes…

Nouveau bocal, nouveau décor, nouveau départ.

Je suis seul.

Seul.

Moi l’agitateur, l’amuseur de la galerie. Moi, le boute-en-train des fonds marins, le trublion aux mille facéties…

Vous l’aurez compris, je suis un clown. Un clown triste.

Je suis un poisson-clown triste.

Car pour mon malheur, je suis un poisson d’élevage.

J’ai beau rêver d’ailleurs, aux multiples couleurs, j’ai toujours vécu en cage.

Mais au moins dans mon bassin, où l’on cultive l’entre-soi, j’avais plein de cousins.

Et des ancêtres, pour me transmettre : la grande Histoire des poissons, les légendes des lagons…

Pour me conter la richesse des récifs, les vertiges du tombant, et l’anémone amie…

Mais aussi…l’anonyme ennemi, qui réchauffe nos eaux et les rend plus acides…

Les coraux qui pâlissent, les nôtres qui en pâtissent.

Bercé par ces histoires, je brûlais de tout voir : avide d’immensité, curieux de diversité, j’avais des envies d’évasion, des désirs d’horizon…

Et cet humain est arrivé.

Il est venu me chercher : m’a choisi, a payé, puis m’a mis dans un sachet.

Il m’a arraché aux miens, sûr que je n’en pensais rien ; m’a imposé la solitude, pour accompagner la sienne.

Lui aussi semble triste.

J’aborde une nouvelle vie, dans une nouvelle cuve.

L’homme est attentif, je ne manque de rien : décoration sophistiquée, plancton en boîte, crevettes en poudre…

Mon humain m’a même nommé Némo.

Mais je suis seul.

Alors je m’accroche à la mémoire des Anciens, qui vibre en moi, me rappelle ce dont j’ai besoin.

J’entends l’appel de l’Océan, plus que jamais, je rêve de découvrir le monde.

Mais comment faire ?

Soudain quelque chose a bougé.

Un mouvement, une lumière, quelque chose a changé.

Au-delà de la paroi de verre, à quelques mètres de moi, j’avise un autre aquarium, différent du mien.

Étrangement, celui-là paraît plat.

A l’intérieur, souriante, une femme s’adresse à moi. Enfin, un buste de femme, pour être précis.

Ses yeux me regardent, sa bouche s’ouvre et se ferme, à la manière d’un poisson.

J’ai pensé qu’elle me parlait, qu’elle me demandait qui j’étais ; j’ignorais qu’elle annonçait les informations.

N’ayant rien à lui répondre, puisque je ne suis personne, je l’ai suppliée : « raconte-moi le monde ! ».

Alors elle a disparu, laissant la place brusquement à un dramatique enchaînement.

Et j’ai vu.

J’ai vu des hommes et des femmes se plaindre : du temps, des gens, du manque d’argent.

J’ai vu des êtres humains se craindre sans se connaître,

J’en ai vu certains s’agiter espérant faire tomber leurs maîtres

J’ai vu les hommes et partout, autour d’eux, jusque dans leurs cœurs, j’ai vu la peur

J’ai vu des usurpateurs

J’ai vu des gens s’invectiver dans des pseudo-débats d’idées

J’ai vu des donneurs de leçons titularisés

J’ai vu la corruption institutionnalisée

J’ai vu des hommes mentir, sourires de carnassiers ; incarnation glaciale de la cupidité

J’ai vu le mépris, la condescendance,

J’ai vu le rejet de la différence

J’ai vu des codes-barres, des barbares, des barricades,

J’ai vu des cavalcades finir en embuscade

J’ai vu la violence des gestes, des mots, et des idées

J’ai vu les ressources dilapidées

J’ai vu la Terre se tarir, et l’Océan se souiller

J’ai vu puiser des machines, puis des hommes s’échiner, s’épuiser

J’ai vu l’injustice banalisée

J’ai vu l’Histoire instrumentalisée

J’ai vu la dérive des continents

J’ai vu surtout celle de l’Occident

J’ai vu des pages de publicité, de réclame

Et dans sa globalité j’ai perçu le drame :

Jeunes garçons exploités pour ces barres chocolatées

Petites filles intoxiquées pour ces vêtements colorés

Adolescents épuisés pour ces gadgets à recharger

Populations assoiffées pour ces boissons gazéifiées

Ecosystèmes dévastés pour ce poisson conservé

La liste est longue et me voilà pris de nausée

Dieu merci mon humain a éteint cette foutue télé

Cet inconscient s’est endormi ; comme lui, j’aimerais oublier

Mais j’ai en moi cette rage qui ne cesse de gronder.

Je me demande pourquoi ça n’a pas l’air de le déranger,

Il semble qu’il n’ait pas compris qu’on était tous en danger

S’ils sont tous comme lui ce monde n’est pas près de changer

Le réveiller d’une paire de claques, ça commence à me démanger.

J’examine cet homme à travers la vitre

Cloué à son canapé, pareil à une huître

En tant que poisson je n’ai pas voix au chapitre,

Néanmoins je m’étonne de voir ce que l’Homme a fait de son libre-arbitre…

J’ai compris que malgré moi, j’étais un marginal

Comme dirait l’autre, un fêlé du bocal

Extralucide, je suis un poisson surdoué

Ce qui n’est pas très utile, puisqu’à jamais enfermé…

Sans solution pour ce monde qui s’autodétruit

Moi j’ai décidé d’en finir avec cette vie

J’envisage de me jeter sous un chat

Avec un peu de chance, vous entendrez parler de moi

Un poisson suicidé, beau sujet pour BFM TV

Ils diront sans doute que je m’étais radicalisé.

Balivernes, Foutaises, Mensonges, contre Triste Vérité…

Clémence Bourre 


« Sur BFM Tv, il n’y a rien à analyser

Messieurs, Mesdames, circulez,

À vos crayons, écrivez, c’est au peuple de s’exprimer !

À vos livres, citoyens érudits,

Lisez, comprenez pour ne plus être abrutis ! » Samia

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« Le chien que je suis a-t-il plus d’humanité

Que les fils d’Adam qui m’ont adopté ?»  Aminata Diabi

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« Qu’importe, poisson rouge les « informations » aura vite oublié.

Ne restera que le temps à jamais envolé. »  Z.B

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« L’information d’aujourd’hui est la sœur du vide » – Imaad Hallay 

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« Subtil procédé du Conseil pour monter les humains les uns contre les autres ou les occuper à des futilités. Sachant que l’union fait la force, et c’est pourquoi les Chats sont si forts, en divisant les humains nous les affaiblissons, et nous les focalisons sur d’autres préoccupations que celles, plus profondes, qu’ils devraient avoir. » Hossemddin Zenasni 

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« Pour information, il vous semble que j’acquiesce sans cesse lorsque j’avance car, de haut en bas, de bas en haut, mon cou balance comme l’impression d’un acquiescement. Impressionné quand M. Commun me mime : il encaisse, il acquiesce, il encaisse, il acquiesce… Réflexion faite, les mêmes flexions, de haut en bas, de bas en haut, à répétition ». Saffya KASPRZAK

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« Comparativement aux animaux les humains ont le choix, le droit et parfois le devoir de changer. Alors qu’un porc continuera à manger des immondices et un vautour attendra patiemment la mort pour s’en délecter ». Inco Gnito 

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« J’aurai tellement aimé qu’il me demande comment je me sens ? Peut-être aurait-il vu que je suis aussi paniquée que lui. » Bahkta Myseed

Juin 2016_Bakhta_09

 

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