la Foule s'exprime

#SyriaFX / Attaque au gaz sarin : Le témoignage bouleversant d’un médecin sur place




SYRIE

 

Alors que les civils continuent de payer le prix d’une répression sanglante, nous publions le témoignage bouleversant d’un médecin qui a participé aux premiers secours lors des attaques au gaz chimique. Nous avons délibérément fait le choix de ne pas publier les images terribles des corps sans vie, dont certains enfants que l’on croirait presque endormis, emportés par la guerre avant même de la comprendre. Le docteur a souhaité rester anonyme. 

J’écris la catastrophe, à l’encre des yeux de chaque enfant ayant perdu sa famille, de chaque mère endeuillée d’un enfant, de chaque père traumatisé par la perte de ses fils et filles, et même si je devais l’écrire avec tous les langages de la tristesse, je n’arriverais pas à décrire un massacre aussi épouvantable.

Ce jour durant lequel je me suis réveillé aux bruits des portables et des camions d’urgence roulant à une vitesse folle à deux heures et vingt minutes du matin, je n’étais au courant de rien jusqu’à m’être précipité avec affolement vers mon lieu de travail, un des centres de santé primaires situé à l’Est de la région Damascène. Je vis alors les victimes affluer par dizaines, et chaque fois qu’il en arrivait de nouvelles je me disais intérieurement que celles-ci seraient les dernières avec l’aide de Dieu, mais les heures défilèrent les unes après les autres, et les véhicules civiles et médicaux continuèrent à transférer les victimes jusqu’à ce que le centre s’emplisse de centaines de martyrs. Nous avions alors autour de 380 martyrs et des centaines de blessés… !!.

Toutes les doses d’atropines ayant été injectées, certains médecins nous demandèrent alors d’injecter de l’atropine vétérinaire, mais en plus petites doses! De nouveaux blessés arrivèrent, et nous n’avions plus rien d’autre que de l’eau pour les laver, accompagné de quelques prières :

« O Seigneur des peuples, délivre nous de la misère, et guéris Tu es le Guérisseur »

Nous demandions alors à Dieu que cette eau soit meilleure que les injections d’atropine… car nous n’en avions plus.

Je jure que nous avons à ce moment tout mis de côté ainsi que nos forces, et nous nous en sommes remis à Dieu et à Sa force afin qu’Il nous aide dans cette épreuve.

Les enfants venaient à nous en se convulsant comme des poissons qu’on aurait retirés de l’eau, et les femmes arrivaient en pyjamas n’ayant conscience de rien ! Et en ce qui concerne les hommes… Comme il est rude de voir un homme luttant contre la mort, sans qu’on ne puisse lui venir en aide. Notre seul remède était la prière, l’invocation, et l’eau. Les lieux s’emplirent de corps sans vie, jusqu’à ce qu’on ne puisse même plus voir le sol. Je le jure, c’est une catastrophe qui dépasse tout entendement et la décrire avec de simples mots serait vain ! Tout autour de moi me rappelait la mort et la séparation, je pu même voir le chauffeur d’ambulance étendu entre les blessés.

C’était une nuit que je ne considère pas comme faisant partie de ma vie, j’avais oublié que nous étions dans le calme d’un trois heures du matin et avais l’impression de me trouver dans le chahut d’un trois heures de l’après-midi. Chaque fois que je me retournais à droite ou à gauche, je ne voyais que la mort et les larmes. D’ailleurs, je n’oublierai jamais ce père venu à la recherche de sa famille, puis ayant reconnu ses deux filles inanimées, les serra fortement contre lui en versant un flot de pleurs amères. Je pleurai alors et tout le monde autour de moi pleura aussi… . Il criait et sanglotait « réveille-toi ma petite, regarde je t’ai acheté un jouet, allez lève-toi et parle-moi ! », mais elle n’en fit rien, car elle se trouvait à présent entrain de jouer et de s’amuser entres les jardins du Paradis.

Et cette mère venue chercher ses quatre fils avant de constater qu’ils étaient tous les quatre montés auprès du Miséricordieux. Elle gémissait d’un gémissement endeuillé et priait la prière de l’opprimé.

Elle étreignit ses enfants d’une étreinte d’adieu, jusqu’à ce que leurs visages soient recouverts de ses larmes.

Mon Dieu, je n’oublierai jamais ce jeune homme disant « j’ai retrouvé neuf de mes frères mais ne trouve pas ma mère ! » Il appela sa mère dans l’espoir que cette tendre mère entende sa voix et lui réponde, mais il ne savait pas que sa mère avait été transportée vers un autre centre de santé et qu’elle y avait perdu la vie.

Mais ce qui me fit le plus mal et qui me brisa le cœur, fut ce petit garçon tout juste âgé de dix ans qui me dit : « Monsieur, est-ce que tu aurais vu papa ?! Il porte un pyjama noir, s’il te plait cherche-le pour moi, j’espère qu’il est encore en vie ! Je t’en supplie monsieur, cherche le avec moi ! »

J’éclatai alors en sanglot, l’étreins contre moi, le serrai fort, et je retrouvai son père mort. Je le laissai le voir de la tête aux pieds. Il posa son oreille contre sa poitrine, dans l’espoir d’y trouver un signe de vie.

Et ce grand-père dont la barbe était imbibée de ses larmes, suffoquant dans ses pleurs : « J’ai enterré tous mes enfants et mes petits enfants, il ne reste plus que moi ! »

Le nombre des martyrs dépassait 1500 et les gens venaient au centre de santé chercher les vivants parmi leurs proches et laissaient les martyrs, car dans les foyers se trouvaient deux fois plus de morts que dans les centres de santé. Oh…. Oh… ! Cette journée catastrophique et déprimante ne se termina pas avant que le réel drame arrive… Le drame des vivants. Les enfants commencèrent à reprendre conscience, à se rétablir, et à éclater en sanglots… « Où est maman ? Où est papa ? ». Comment les emmener à eux alors qu’ils ne sont plus là ?

Nous rassemblâmes tous les enfants orphelins en un seul endroit afin qu’ils puissent faire connaissance, qui sait, peut-être qu’un frère pourrait retrouver son frère, qu’un cousin pourrait retrouver son cousin, que les grands pourraient nous donner les noms des petits qui ne savent pas parler et des nourrissons. Mais les pleurs et les plaintes furent les seuls maîtres de la situation.

Nous n’étions donc qu’en mesure de documenter et généraliser les informations. C’est une catastrophe humanitaire et un crime sans précédent. Quoique je puisse écrire avec des mots, la douleur de la réalité restera toujours plus dure et plus amère, mais c’est ce que j’ai vu de mes propres yeux et la catastrophe se poursuit. Et chaque personne travaillant dans un centre de santé donnera un témoignage encore plus dur et plus douloureux que le précédent.

Dieu est notre refuge et notre seul Sauveur. Dieu est notre seul refuge, Dieu viendra à nous par sa grande miséricorde. Nous n’implorons que Dieu.

Commentaires

commentaires




sep