la Foule s'exprime

Education: 5 Conseils pour la rentrée !



Cr: Flickr/Helen Taylor

Cr: Flickr/Helen Taylor

 

 

J’ai la boule au ventre, mais cette fois-ci ce n’est pas pour moi. Mes petits rentrent à l’école. Les enfants imaginent rarement à quel point nous sommes plus bouleversés qu’eux quand, faisant mine que « c’est rien du tout, c’est normal », on défait notre main de la leur à l’entrée de la classe.

Mais qui est cette maitresse? Qu’est-ce qu’elle va faire à mes enfants? Est-ce que c’est la bonne école?

Si comme moi votre créativité déborde dès qu’il s’agit d’imaginer des scénarios catastrophe sur les mille et une raisons qui pourraient faire de la rentrée un évènement traumatique majeur, alors bienvenue au club des parents normaux.

Pensées furtives d’un matin de rentrée:

La maitresse a attendu tout l’été pour se défouler sur mon fils, ça se voit dans son regard. Ou pire : elle n’en a rien à faire: elle fait partie de ces irresponsables envoyées travailler à l’école après s’être faite recaler d’une école d’ingénieur, d’un master en biologie ou d’une prépa littéraire. Donc forcément, elle a un compte à régler. Les autres gosses sont des monstroplantes et les nôtres (c’est bien connu) sont des anges flottant dans l’air qui ne font JAMAIS de bêtises et méditent continuellement sur la notion d’ordre silencieux, entre deux séances de béatitude anti-télé… A tous les coups, ça va se finir en intoxication alimentaire à la cantine. L’infirmerie va m’appeler au travail après une chute suite à un salto arrière du haut du panier de basket. Les enfants vont rentrer de l’école en haillons, leur trousse vide et leurs stylos cassés. Ils vont jouer leur vie sur une interro de maths et vont sombrer dans l’échec scolaire s’ils ne connaissent pas leurs tables de multiplication par coeur. Oh mon Dieu comme nous sommes de terribles parents…

Qui d’entre nous n’a jamais, l’espace d’un instant, ressenti ce genre de sentiments proches de l’hallucination parentale? Car en vérité, être parent c’est se sentir responsable. Or cette notion implique l’assignation d’un rôle causal dans la « réussite » ou « l’échec » des enfants dont nous avons la charge.

Avoir un rôle déterminant dans le bonheur ou la souffrance d’un être humain, c’est beaucoup à porter. Et c’est pour cela que dès que le test de grossesse a viré positif, nos épaules se sont alourdies d’une montagne de bonheur et de fierté, mais aussi de quelques sacs de stress.

Donc voici cinq recommandations pour les parents dont les enfants rentrent à l’école, histoire de se rappeler de ce qui compte et de ce qui est réellement décisif dans le parcours de votre enfant. Elles ne constituent pas une référence ni une injonction, mais sont juste notre ressenti de parents, une famille parmi tant d’autres:

1) La rentrée, ça vous stresse? Eux aussi. Réduisons la pression en en faisant un jeu. Des fois, je joue à chat avec les enfants sur le chemin de l’école. D’autres fois, une partie de cache-cache improvisé aux abords de la classe. J’avoue que je fais mine de me moquer des enfants qui pleurent dans l’oreille de mes petits, juste pour dédramatiser la séparation. Quand je vois que les autres enfants sont vraiment tristes, je demande au contraire aux miens d’aller les consoler. Souvent, les mettre en situation de responsabilité leur permet de prendre en charge la situation plutôt que de la subir.

2) La « réussite » n’est pas un jeu de hasard. Une fois qu’on a relativisé ce qui nous est présenté comme la réussite (scolaire, professionnelle, sociale), il faut avoir une approche raisonnée de l’éducation et de la scolarité. Chaque matière met en jeu des processus d’apprentissage spécifiques qu’il faut essayer de comprendre si l’on veut les remplacer ou les changer. Par défaut, l’école publique réussit en général sa mission principale, de l’alphabétisation à l’acquisition des connaissances élémentaires. Il est souvent plus efficace de discuter avec les enseignants pour comprendre leur façon de faire: interrogez-les, aidez-les et complétez là où c’est nécessaire. Ca fait aussi partie de leur mission de vous inclure dans le projet pédagogique et de vous impliquer autant que possible.

3) Ne culpabilisez pas.

Les enfants sont propres et ont des vêtements confortables? Oui.

Ils ont mangé correctement? Oui.

Ils sont en bonne santé et se sentent écoutés, aimés et protégés au sein d’une famille qui explique et respecte ses valeurs et ses règles? Oui.

Alors vous avez fait votre job de parents. Votre fils ne ratera pas sa vie parce qu’il n’a pas eu la dernière console ou le dernier jean à la mode. Votre fille n’aura pas de crise existentielle parce qu’elle n’aura pas assisté au concert d’un adolescent post-dépressif chargé d’incarner musicalement le déclin insouciant d’un monde qui le dépasse. Par contre, je connais quelques adultes qui souffrent encore aujourd’hui d’un papa qui n’a jamais su leur dire « je t’aime » ou d’une maman absente, au bout du monde mais si loin d’eux.

4) Soyez conscients que votre pouvoir économique, vos diplômes, votre statut social n’ont qu’un impact marginal sur la réussite scolaire de vos enfants. Ce qui est décisif, c’est le sentiment d’avoir des parents aimants et impliqués dans la vie scolaire, cohérents, mesurés dans leur gestion de l’autorité et des valeurs qu’ils souhaitent transmettre. En cela, nous sommes tous égaux devant l’éducation des enfants. On peut tous être de bons parents. Par exemple : votre enfant bénéficie un peu de votre culture générale, du moins au stade de la primaire, mais il bénéficie énormément du fait que, régulièrement, vous preniez des nouvelles de la vie en classe. Ce type de pratique signale à l’enfant, inconsciemment et sincèrement, un soucis constant de le voir progresser et apprendre.

5) Pour les fournitures de rentrée et les loisirs, même approche : répondre aux besoins, mais sans céder aux envies.

On achète du matériel simple mais de qualité : stylos de gamme intermédiaire sans gadgets, règles en acier ou en bois, papier et cahiers de bonne facture mais sans marque, cartable solide et confortable. Si l’enfant aime bien la déco, on peut faire un atelier de personnalisation des cahiers et des classeurs grâce à des collages ou des dessins, ou encore avec des mosaïques de perles à repasser (ça permet au passage de travailler la créativité et la concentration). On peut offrir un ou deux objets que l’enfant aime bien, pour ne pas le priver, mais l’idée est vraiment d’essayer de ne pas les conditionner, dès le plus jeune âge, à des enjeux de représentation dans la cour de récré, dans une course à celui ou celle qui aura le plus de choses, signalées par des logos de marques et d’énormes effigies, dans des écoles où l’on explique pourtant vouloir bannir les signes ostentatoires…

Pour les loisirs, c’est le même principe : pas de télévision, on peut regarder un dessin animé ou un documentaire en famille, faire quelques parties de jeux vidéos le weekend, choisis ensemble avec les parents. Pas d’accès illimité aux ordinateurs et tablettes (croyez moi, vos enfants auront tous le temps d’apprendre à trifouiller compulsivement leur iPhone X. Là tout de suite, ils ont surtout besoin d’apprendre à rêver et à tenir un stylo pour le dire), mais des livres à volonté, ainsi que des activités manuelles et créatives. En cas de limite de moyens, accéder à la bibliothèque ou la médiathèque municipales.

Voilà pour ces quelques conseils de rentrée. J’espère que ça va en aider quelques un-e-s. Maintenant je dois vous laisser, j’ai des enfants à emmener à l’école pour le grand jour, avant d’aller les espionner par la fenêtre de la classe, les yeux embués.

Et vous, qu’est-ce qui vous semble important lors de cette rentrée?

Et si vous n’êtes pas encore parents, quels souvenirs gardez vous de ces moments de votre enfance?

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