la Foule s'exprime

Coup de théâtre en Egypte



Il semblerait que le premier Président élu démocratiquement en Égypte, Mohamed Morsi ait payé, ce que ses opposants appellent « ses abus et sa mauvaise gestion du pays », par une assignation à résidence, suivie d’une éviction de la plus Haute Fonction de l’État.

 

Doit-on parler, à l’heure qu’il est, de Coup d’État Militaire ou de simple prise du pouvoir par l’armée afin d’enrayer les violences qui sévissent dans le pays depuis près d’une semaine et plus largement depuis le début de la Première Révolution Égyptienne ?

 

Une chose est certaine, le pays est plus que jamais dans la tourmente. D’un côté ses partisans réclament justice en avançant comme argument majeur la légitimité sortie des urnes de leur Président, de l’autre, ses détracteurs savourent ce qu’ils appellent « La Deuxième Révolution ». Ces derniers réfutent catégoriquement l’idée d’un coup d’État. Ils estiment que les militaires n’ont fait fait qu’honorer les demandes d’une population strangulée.

L’ambiance est clairement à la fête au Caire.

 

Peut-on tenter d’analyser la situation avec un regard neutre ?

Face à un peuple en partie, ou majoritairement (nul ne le saura jamais),  insatisfait du gouvernement actuel, le mouvement « Tamarrod » organise une large pétition visant à faire tomber le pouvoir en place. Il affirme avoir collecté 22 millions de signatures soient presque deux fois plus de voix que celles recueillies lors de l’élection présidentielle.

 

La date butoir est fixée au 30 juin, date anniversaire de l’entrée en fonction du Président Mohamed Morsi un an auparavant.

 

Après plusieurs jours de mobilisation, l’armée prend le parti des manifestants antigouvernementaux en sommant le Chef de l’État et son équipe de trouver rapidement une sortie de crise. L’ultimatum est de 48 heures, trop peu pour trouver une issue diplomatique.

 

Mercredi 3 juillet, le Caire est anormalement calme. Au fur et à mesure que les heures passent, les rues se vident de leurs habitants. Les « révolutionnaires » et les « pro-gouvernementaux » sont massés à divers endroits de la Capitale Égyptienne. Les autres attendent avec impatience et/ou angoisse l’intervention du Chef des Armées,  le Général Abd Al Fatah Al Sissi, après l’expiration de l’ultimatum à 16h30.

 

Nous apprenons que Mohamed Morsi et ses collaborateurs sont frappés d’une interdiction de quitter le Territoire Égyptien et au-delà, assignés à résidence jusqu’à nouvel ordre.

 

Vers 21h15 (heure égyptienne), le Ministre de la Défense prend la parole et expose la feuille de route imposée par l’armée. Parmi les grands points, figurent le limogeage (ou l’éviction) du Président en place Mohamed Morsi, la suspension de la Constitution et la tenue d’élections présidentielles et législatives sans  préciser de calendrier exact.

 

Que se passe-t-il vraiment en Égypte ?

Un peuple qui a faim, une jeunesse au chômage, des femmes, des enfants, des vieillards, des handicapés laissés à l’abandon et à la merci des mafias de rues. La misère sociale est belle et bien présente en Égypte.

 

L’augmentation du nombre de chômeurs, la baisse des investisseurs, du tourisme et, par ricochet, la chute de la Livre Égyptienne (passée de 7.5 à 8LE pour 1eur à 9.3 voire 10LE pour 1eur environ) ont contribué à amoindrir le pouvoir d’achat.

 

Ces situations existaient déjà très largement sous l’ère Moubarak, mais la Première Révolution avait apporté son lot d’espoirs et, avec lui, l’illusion de jours bien meilleurs…

 

La situation ne s’est pas améliorée en un an.

Le régime en place n’a pas réussi à apporter les changements escomptés.

La population voit dans cette nouvelle gouvernance un échec de ce pour quoi elle s’est battue et y a laissé tant de vies.

 

Le Peuple Égyptien uni, sans distinction religieuse, n’a plus le temps d’attendre, il n’a que trop attendu…Il refuse de se disloquer et de laisser grimper les tensions inter-communautaires. Il ne se sent pas représenté. Il veut dire : « Stop ! Cela ne fonctionne pas. Nous ne sommes pas satisfaits. Nous voulons essayer autre chose. »

 

Le fait d’autoriser l’armée à les aider était-il un bon choix ?

La démocratie aurait voulu que le dirigeant élu par les urnes reparte par les urnes, quitte à organiser des élections anticipées.

 

Le pouvoir militaire était en mesure de faire pression pour que ce gouvernement accepte de nouvelles élections.

 

Alors pourquoi avoir évincé le Président aussi violemment ? Pourquoi le traiter avec autant de mépris ? Pourquoi en faire un hors-la-loi, un voyou ?

L’armée, avec à sa tête ledit Général nommé Ministre de la Défense par le Président déchu en personne l’été dernier, aurait-elle oublié qu’il y a tout juste un an Mohamed Morsi était élu démocratiquement et qu’on lui déployait le tapis rouge ?

D’heure en heure, nous apprenons l’arrestation de tel ou tel membre de son parti. L’ex-Président lui-même est toujours détenu. Ses sympathisants ne peuvent quitter la place Rabiya Al Adawiya à Madinat Nasr au Caire, où ils sont encerclés par les chars de l’armée.

Que s’est-il passé en un an ?

 

Pouvons-nous décemment regarder en face cette situation sans nous dire que les procédés utilisés sont anormaux et injustes ? Qu’ils ne relèvent pas d’agissements d’un État démocratique et impartial ?

 

Il ne s’agit pas là de prendre parti pour un mouvement politique ou pour un autre. Il s’agit de rester intègre et de réfléchir aux conséquences des actes qui se déroulent sous nos yeux et qui pourraient se passer n’importe où dans le monde.

 

Comment calmer une partie de la population qui a le sentiment de s’être fait voler sa légitimité et parallèlement, appeler à la concorde civile ?

 

Même s’il est vrai que les risques d’affrontements entre les deux fronts étaient élevés, la voie diplomatique aurait sans doute apporté une nouvelle pierre à l’édifice de la Première Révolution et rendue encore plus glorieuse la seconde…

 

Une fois encore, le respect des règles et des êtres humains sont remis en cause.

 

Leïla Yadjar

 

 

 

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