la Foule s'exprime

FoulExpress, épisode 9 : Fouldorak et la révolution industrielle



Foudorak devant la Société Particulière / Cr Adel Zaidi

 

Paris 18e, quelque part pendant les années 80

Quand j’étais petit, je croyais que l’an 2000 était bien loin dans le futur, tellement différent de celui qu’on a vécu dans la réalité. Les livres d’école et les professeurs nous parlaient de progrès techniques révolutionnaires qui allaient changer nos vies, sans parler de la télé… Dans mon an 2000 des années 80, on va au supermarché en fusée Ariane que l’on suspend à des cintres géants dans le parking-à-fusées. Les voitures sont des aéroglisseurs au design futuriste, qui se transforment en sous-marin ou en avion si on doit aller en vacances. Tout le monde porte des tenues de Bioman (rose pour les filles, vert pour les garçons), avec des Pumps qui permettent de sauter très haut.

Les enfants ont des pistolets laser pour tuer les moustiques en été. Assis devant des télés géantes, on n’a plus besoin de se lever pour atteindre l’écran ou le frigo, il suffit de faire gogogadgeto- bras pour se servir sans ne jamais bouger. Et si on est en retard, pas de problème puisqu’on a des jambes bioniques comme Steve Austin. Les mamans entendent tout comme super-Jaimie et mettent des coups de karaté aux caissières qui se trompent de prix. Dans la rue, plus besoin de marcher puisqu’on est tous sur des tapis roulants (quand on veut s’arrêter, il suffit de marcher en arrière…). A la maison, R2D2 fait le ménage et on prend un mini train pour aller d’une pièce
à l’autre. Sur le rebord de la fenêtre, les fleurs sont des monstroplantes carnivores qui se nourrissent elles-mêmes en attrapant des oiseaux au vol, ce qui nous évite de perdre du temps à les arroser. A l’époque, je croyais aussi que manger de l’harissa donnait des superpouvoirs. « C’est pour ça que ça pique » me disais-je intérieurement comme un secret que seuls les adultes connaissent. « C’est d’ailleurs grâce à ça qu’ils sont grands » ajoutais-je.

Vous pouvez m’imaginer courir comme une fusée en sortant de la cuisine après une cuillère à café de la substance explosive…

Je m’imaginais pilote de Fouldorak (le Goldorak égyptien de mes rêves), qui se transforme en tout ce que je veux et massacre les Biomans, X-Or, Sankukai et autres clowns en combinaison de nylon brillant. Tous les matins, pour se mettre en forme, mon Fouldorak écrase 3 tonnerres mécaniques et quelques supercopters sur le chemin de l’école, mais sa cible préférée, c’est K2000, qu’il assomme avec des assiettes de foul (à la place des planetrons) jusqu’à ce que Mickael Knight, le « chevalier solitaire dans un monde dangereux, un héros des temps modernes, dernier recours des innocents, des sans espoirs, victimes d’un monde cruel et impitoyable » disait le
générique, ne réclame grâce avant la sonnerie annonçant la fin de la récréation. Ensuite, il faut vite qu’on se mette en rang pour monter en classe.

Pour être aussi fort, mon Fouldorak mange le seul truc que les héros américains ne pourront jamais se payer : du foul, en boîte de conserve (comme Popeye avec les épinards, sauf que Fouldorak mange la boîte avec). Quand il a besoin d’explosifs, il suffit à Fouldorak de jeter l’une de ces boîtes de conserve en direction de son ennemi pour qu’elle lui explose à la figure et le détruise instantanément. S’il faut aller au corps à corps, pas de problème pour Fouldorak qui massacre son ennemi grâce à ses techniques de foul-contact. On disait aussi que c’était parce que Barracuda était tombé dans une marmite de foul étant petit qu’il était devenu si fort (l’abus de foul lui a au
passage causé des problèmes capillaires, dont j’ai fait l’expérience, moi aussi, quelques années plus tard…).

Petit rappel gastronomique :

Le foul est le plat national égyptien, avec les falafels. C’est une bouillie de fèves que l’on mélange avec un peu de crème de sésame, des tomates et des concombres (si on en a les moyens). Un filet d’huile d’olive et de citron vert, ainsi qu’une pincée de sel et de cumin permettent de compléter la recette. Ce plat, qui coûte à peine quelques centimes dans les faubourgs des grandes villes égyptiennes, est ce qui sauve une grande partie de la population de la famine. Il constitue le petit déjeuner, déjeuner et dîner d’un grand nombre de familles, y compris la mienne pendant des années. En grandissant, mon petit frère et moi, il était hors de question que l’on abandonne ce plat sous prétexte qu’on avait les moyens de manger autre chose, mais on en mangeait par plaisir plus que par dépit. Le foul, c’est plus qu’un plat, c’est une démonstration à lui seul qu’on n’a pas besoin d’accumuler des richesses immenses pour sauver les gens de la famine et puis c’est quelque chose qui me rattache vraiment à l’Egypte, parce qu’il suffit qu’il soit posé sur la table pour que mon coeur se retrouve à Alexandrie en train de faire un repas avec ma famille, assis au bord de la mer tous autour d’une grande assiette.

On nous a vendu le progrès technologique et matériel, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils en ont eu pour notre argent. On a atteint un tel niveau de dépendance à la Technologie qu’on se retrouve dans un vrai rapport de
servitude. Je me rappelle d’une fois où mon frère et moi, on était chacun accroché à une jambe de mon père en le suppliant de nous acheter l’Ordinateur (je ne dis pas un ordinateur, parce qu’à l’époque, on pensait que c’était LE grand aboutissement de la technologie et que rien, vraiment rien, ne viendrait après cela : c’était l’ultime machine). Après des mois de travail au corps sur mon père (bisous, supplications à genoux et carnets de notes soignés), il a enfin cédé après que je lui aie expliqué que ça allait améliorer mes notes à l’école et me permettre d’être prêt pour le Futur. Un futur où tout ne serait que robots, électronique et conquête spatiale. Dans

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le rayon informatique du « pays où la vie est moins chère que là où elle est plus chère » (à l’époque composé d’une table et d’un vendeur au rebut), nous étions en révérence devant l’objet de nos rêves : le fameux Amstrad CPC 464. Inutile de dire que mon frère a souffert avant de pouvoir mettre la main dessus. Il avait un écran vert et fonctionnait avec des cassettes qui mettaient 40 minutes à charger avant de pouvoir jouer à Pacman. Quand on voulait un autre jeu, il fallait recommencer toute la manoeuvre, donc on réfléchissait bien avant de décider quelle cassette lancer. Mon jeu préféré c’était le pendu, parce que mon frère (encore à la maternelle) perdait toujours et ça me faisait une excuse pour toujours lui prendre son tour, comme quoi, quand on est injuste, une excuse bidon est toujours la bienvenue pour se donner bonne conscience et jouer en paix, pour un temps au moins…

A l’école, à cette époque, on étudiait la révolution industrielle et la maîtresse disait que nous autres, pays développés, on en était là (elle montrait le point haut et loin devant sur le graphique qu’elle avait dessiné au tableau), alors que les pays du tiers-monde en étaient là bas (en bas derrière). « Mais ils vont se rattraper bientôt, ne vous inquiétez pas ! » disait-elle.

L’idée de la révolution industrielle, c’est que l’on passe d’un état de technologie reculé à une étape où de nouvelles techniques nous permettent de produire massivement des biens de consommation et d’accéder ainsi au développement. On quitte alors progressivement une économie primaire (agriculture) pour se diriger vers une économie secondaire (industrie). Ce passage se fait avec une grande consommation d’énergies fossiles et de minerais. Quand la phase de production de masse atteint son plateau haut (à peu près après que toutes les infrastructures et les industries lourdes du pays aient été mises en place), le pays évolue progressivement vers une économie de services où la capacité intellectuelle de ses entreprises est mise en avant, dans des secteurs d’activités de plus en plus dématérialisés et tournés vers des savoirs abstraits. On délaisse ainsi au fur et à mesure
des activités comme la sidérurgie et la pétrochimie pour se consacrer à l’informatique, la finance ou le conseil.

En parallèle de cette courbe d’évolution économique, on complète souvent l’appréciation du développement d’un pays par son étude démographique, en expliquant qu’un pays qui se développe passe d’abord d’une phase forte natalité/forte mortalité à une phase où il a accès au progrès médical. Durant cette phase, la mortalité diminue très rapidement et la natalité reste stable, ce qui fait d’autant augmenter la population. La cellule familiale, qui bénéficie d’un confort matériel plus grand grâce aux progrès technologiques et qui a moins de crainte quant à la survie de sa descendance grâce aux progrès médicaux, « tend à trouver un équilibre » et à diminuer progressivement sa natalité en faisant moins d’enfants. On arrive alors théoriquement dans une situation comparable à celle de la France, où la famille type a autour de deux enfants (aujourd’hui 2.3), et où avoir un enfant est désormais une question d’harmonie dans le couple, d’épanouissement personnel ou encore d’horloge biologique.

Si on y réfléchit bien, ce double schéma (évolution économique/évolution démographique) est ce qui est le plus fondateur dans notre vision du développement d’un pays. Elle nous fait nous sentir bien, dans les pays développés, car nous sommes quand même « haut et loin devant » dans ce schéma d’évolution. Elle nous rassure aussi et nous déculpabilise vis-àvis des pays du tiers monde, parce qu’elle présente les choses comme un simple chemin à suivre, qui garantit que tôt ou tard ces pays accèderont au développement, et que tout cela n’est en fait qu’une question de temps. Eux aussi seront un jour « haut et loin devant », à condition qu’ils soient encore bien loin derrière nous… La seule chose qu’ils doivent faire pour être sur les rails du progrès, c’est d’accepter ce que nous leur offrons : la technologie. Seulement voilà, cette technologie ne vient pas seule. Elle vient avec son efficacité, ses jugements de performance et les valeurs qu’elle porte. Elle vit dans des séries télé construites à sa gloire comme des vecteurs destinés à introduire son culte dans nos esprits à tous.

Moi qui ai grandi en rêvant d’une voiture qui parle et d’un ordinateur à tout faire, endormi devant la télé, de quelle indépendance et de quel libre arbitre crois-je disposer quand j’achète mon GPS en promo chez Carrefour ?

Tout ça pour qu’une voix féminine hypocritement aimable m’ordonne sans plus de formalités de tourner à droite, puis de tourner à gauche, puis de m’arrêter à 300 m ?

Bien sûr, le GPS est une invention très utile qui, en plus de pouvoir localiser n’importe où celui qui le porte, évite quand même de se perdre par soir de pluie à la campagne, mais ce n’est pas son utilité que je questionne ici (quoique), mais plutôt le sentiment d’avancer vers le progrès qu’on peut avoir en le tenant entre les mains. Un sentiment qui ne vient pas de notre appréciation naturelle des choses utiles, mais qui résulte plutôt d’un asservissement dès notre plus jeune âge à un certain nombre d’idées-objets que l’on se met en quête d’acquérir.

Le walkman/musique/loisirs et les baskets/rapidité/statut social étaient par exemple, pour moi, les deux idées-objets après lesquels j’ai couru toute mon adolescence. J’imagine que je les ai remplacés depuis par d’autres idées-objets, comme la montre/précision/efficacité et la voiture/rapidité/statut social (remarquez comme ici la voiture joue en fait le même rôle de représentation que les baskets à l’adolescence…).

Pour revenir au schéma de développement des pays, c’est à mon sens une formidable escroquerie. Si j’étais l’organisateur de cette démarche de pseudo progrès forcé, voici quel serait mon plan :

1) On commence par présenter la théorie du progrès économique et social et on explique qu’elle est, en soi, un objectif à atteindre, car on sera « plus heureux » quand il y aura moins de morts et que l’on possédera plus de choses. A ce moment, il est très utile de montrer des courbes d’évolution économique et démographique croissantes

2) On crée et transmet un univers culturel (via les films, séries télé, chansons, magazines, …) qui met en valeur la technologie que l’on souhaite vendre, avec des héros auxquels les cibles peuvent s’identifier et auxquels ils auront envie de ressembler (en possédant le même objet par exemple…)

3) On établit un rapport de force, pas seulement militaire, mais également économique et culturel. Il y a des différences énormes dans l’ampleur des représentations culturelle et économique des pays, toutes deux fonction des moyens qui y sont alloués, donc forcément à l’avantage des groupes et pays qui disposent déjà de la technologie et du pouvoir économique.

4) On se présente enfin comme un ami qui aide et qui vient proposer d’accéder à ce que la population convoite déjà : la technologie et le progrès matériels. Dans cette situation, quel gouvernant refuserait d’ouvrir ses portes à des moyens médicaux qui pourraient sauver des vies, à des technologies qui simplifient la façon de se déplacer, de s’alimenter, de communiquer ? Quel despote refuserait à son propre peuple une vie meilleure alors que le chemin du progrès est juste là, derrière la porte, attendant avec « compassion » et « esprit humaniste » de pouvoir aider, tout simplement ? Assurément aucun…

Ma deuxième raison de penser que ce schéma d’évolution des pays est mensonger est la suivante : l’idée du « chaque pays suit son chemin sur les rails du progrès économique et social » est fausse, car elle ne tient pas du tout compte des interactions entre les pays. Chaque pays est considéré comme seul dans cette évolution, alors que l’accès de certains pays à la technologie ou aux soins est tout simplement volontairement bloqué par d’autres. C’est un chemin, oui, mais ceux qui sont passés les premiers ont tendu quelques guets-apens.

Détenir les brevets des médicaments contre les virus émergents en période de risque de pandémie ou les techniques de trithérapie contre le SIDA sans les mettre à disposition des populations qui en ont le plus besoin, surtout en Afrique, ce n’est pour moi ni plus ni moins qu’un assassinat de masse. Ce génocide par non-assistance aux populations en danger est organisé sciemment par des groupes pharmaceutiques pour pouvoir monnayer le travail de leurs équipes de recherche, en attendant le savant équilibre économique entre le nombre de morts du SIDA en Afrique et les moyens financiers que les Etats sont prêts à mettre en oeuvre pour prendre en charge leurs citoyens malades.

Réguler l’accès à l’énergie nucléaire de pays comme l’Iran sous couvert de vouloir éviter les risques militaires dans la région est également d’une hypocrisie qui frise le ridicule. D’après la revue américaine Intelligence, très appréciée des analystes de la Maison Blanche (blanche, la maison ?), l’ensemble de l’opération de déstabilisation de l’Iran (y compris par des moyens militaires si nécessaire) ne vise pas à empêcher l’Iran d’accéder à la technologie nucléaire, mais plutôt à les retarder le plus possible dans ce processus…

Voila le genre de petites embûches qu’un pays en développement peut rencontrer sur le chemin du progrès, balisé quelques années plus tôt par les pays développés, comme de vrais amis qui auraient oublié des pièges à loup sur un sentier de randonnée…

Question subsidiaire : si ce schéma est faux, pourquoi est-il encore enseigné ?

Proposition de réponse : peut-être pour garder encore un peu d’estime de soi et ne pas se sentir trop coupable vis-à-vis des amis encore coincés dans le piège à loup…

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