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Soyez stupide, suivez la pub



Cr Flickr/El_Enigma

 

Et si le temps d’un instant nous prenions la fameuse pilule rouge ? Cette pilule qui montre la vie telle qu’elle est vraiment, ouvrant nos yeux sur un monde bien moins joli qu’il n’y parait, où ceux qui disent vouloir nous nourrir, nous combler, nous apporter le bonheur, l’allégresse, la joie, le succès, qui nous sourient à longueur d’affiche, n’ont en réalité comme projet que de nous vider, nous corrompre, nous abrutir ?

Et si on enfilait les lunettes d’Invasion à Los Angeles[1]. Celles qui dévoilent le sens caché des messages qui nous assaillent matin, midi et soir ? Et si on pouvait lire le projet qui se cache derrière cette volonté permanente de nous faire acheter, consommer, posséder ?

La vérité de la Pub 

Ce jour-là est arrivé ! Les chercheurs n’ont plus à se fatiguer. Non, ces lunettes ne nous seront plus d’aucune utilité. Laissez cette pilule rouge de côté, nous venons d’entrer dans une nouvelle ère. Une ère si cynique que les affiches publicitaires n’hésitent plus à dire les choses très explicitement et à nous révéler le projet le plus profond de leurs commanditaires. La publicité en a marre de nous prendre pour des chochottes. Elle veut nous parler, nous dire les choses. Elle est fatiguée de tout faire pour ne pas nous heurter. Elle a un message essentiel à nous transmettre et maintenant elle le dit, elle le crie. La publicité nous avait habitués à des messages assez subliminaux, promouvant indirectement la liberté des mœurs, l’individualisme, la consommation à outrance mais à présent son message est on ne peut plus clair !

Pourquoi passer par quatre chemins quand la vérité est si simple à dire ! La publicité s’est aujourd’hui donné une mission: promouvoir le vice comme une idéologie, se faire le chantre d’une décadence assumée. Une décadence conseillée. C’est à New York que j’ai découvert ce projet. Je me promène dans les rues quand un premier message me frappe. Une boutique de vêtements affiche en grand « VIS DANS LE PÊCHÉ ». Je vérifie… non je n’ai pas de lunettes intergalactiques sur le nez. J’ai bien vu… voilà ce à quoi on m’invite en ce jour ensoleillé : vivre dans le pêché, oublier mes principes, ma morale, mon éducation et m’abandonner à mes envies. Toutes les personnes victimes de sévices ou de violences apprécieront le message ?

Sans doute une blague de très mauvais goût, dans un pays qui en manque cruellement. Mais ce qui suit est bien plus triste en réalité.

Plus loin, un énorme panneau publicitaire me rappelle au « nouvel ordre » : sur l’affiche une femme au regard aguicheur, croquant une pomme, m’intime : « SOYEZ DELICIEUSE » signé DKNY. Ça ne vous rappelle rien ? Une femme qui croque une pomme… et qui aurait, selon certains, entraîné son compagnon et l’humanité entière dans sa « chute », pour avoir cherché à satisfaire son désir ? Transgresser, voilà ce qui doit exciter aujourd’hui les consommateurs, même si le monde entier s’y perd [2] !

Je continue ma route et une autre image me tape à l’œil. Des jeunes éparpillés devant une immense affiche, des flèches fusant dans toutes les directions leur indiquant « le chemin » :

« LA VIE N’A PAS DE SENS[3] » signé Apple.

« SOYEZ INCERTAIN[4] », poursuit l’affiche sur le côté. Là serait donc la clé ? La vie n’a pas de sens ? Ma présence sur cette planète ne serait qu’un accident et doit se poursuivre et se finir, de la même façon, comme une errance ? Ne vas nulle part ou vas n’importe où : c’est sans importance car rien n’a de sens.

Non, c’est surement ce pays qui est bizarre. Ce pays où les dollars valent plus que des millions de vies, ce pays où le nombre de crimes est juste une statistique et où la devise que vivent bon nombre de citoyens au quotidien se limite à « marche ou crève »…

 

« De l’argent en offrande à des idoles du néant »

Je vais rentrer chez moi en France et tout ce vilain rêve aura disparu. On m’invitera à manger, à acheter, à consommer sans me le dire directement. On me proposera de me fondre dans le grand néant mais avec humour et légèreté. On ne me dira plus directement que je ne suis rien, que ma vie est inutile et vaine, que ce qui compte avant tout c’est l’état de mon porte-monnaie et ce que je compte en faire dans les prochaines heures.

Mais de retour à la mère patrie, les envahisseurs dont je m’échappe à l’instant par vol transatlantique, semblent avoir conquis la planète. Les lunettes intergalactiques semblent ne plus me quitter et je continue à lire la cynique vérité sur les panneaux publicitaires. Alors que je descends dans le métro, une femme allongée dans toute sa splendeur sur les affiches se confie :  »LE LUXE M’APAISE ». J’entre dans le wagon et là encore on tente de m’expliquer la conduite à suivre :

« DEVENEZ RADINS[5] » ! de la part d’un certain Priceminister. Ministère du prix. Ça ne s’invente pas…

Tiraillée, je cherche désespérément du regard un espace visuel neutre. Une sorte de laïcité marchande qui me protègerait de cette religion de l’achat ayant autant de prophètes que de marques. Ils s’affichent sur tous les murs et tous les écrans, sur tous les emballages de tous les produits, mais leur visibilité et leur prosélytisme ne dérangent personne. Ils convertissent chaque jour plus de fidèles à leur culte dont l’adoration ultime se solde par un acte d’achat. De l’argent en offrande à des idoles du néant.

D’un mur à l’autre, je zappe visuellement jusqu’à tomber sur le slogan final de cette pénible  promenade publicitaire :

 

 

« SOYEZ STUPIDE [6] », par Diesel.

Dans une société qui veut se glorifier d’avoir dépassé le temps des idéologies, la quasi-totalité des citoyens semblent accepter très docilement celle qui les réduits au simple rôle de distributeur mobile de leur propre consentement. Plus encore, les publicitaires se livrent de plus en plus ouvertement à une apologie d’un certain nombre de valeurs qui, loin d’être neutres ou d’aider les hommes à s’émanciper, les réduisent à la satisfaction la plus bestiale de leurs instincts. Les publicités présentées appellent, de la façon la plus explicite, à la transgression et érigent la stupidité en mode de vie. Et c’est bien là que réside le grand paradoxe : cette volonté de questionner les valeurs éthiques et morales qui représentent le Bien, tout en étant soumis à celles du cynisme et de la société marchande.

 


[2]             Cette utilisation de la pomme dans la publicité est récurrente, en général pour faire passer un appel à la transgression, au plaisir. Le logo d’Apple joue d’ailleurs aussi sur cette symbolique d’objet déchu du paradis. Dans ce même registre, Virgin Megastore avait aussi mené toute une campagne autour de l’idée de « culture du plaisir ». Cette apologie de la transgression est là pour atteindre un objectif simple : tenter… pour convaincre d’acheter. Ce qui a valu à Adam et Eve d’être (dans ce registre symbolique) déchus du paradis est ici érigé en modèle. Un site de rencontres adultères (comme dans « je trompe mon époux/se et je n’ai pas honte… ») utilise en ce moment même, une fois de plus, la même symbolique pour une campagne à Paris.




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Commentaires


  1. Par Mohamed le 24 mai 2012 à 15:13

    salam,
    Superbe article ! De l’argent en offrande à des idoles du néant.

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  2. Par Amina le 24 mai 2012 à 17:16

    Salemoualeykoum

    Très bon article, criant de vérité, il serait temps que tout le monde ouvre les yeux sur la réalité de ce monde où la raison d’être semble être de consommer …

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  3. Par Oumm Yâssir le 26 mai 2012 à 12:33

    As-Salam’alykoum

    dans le même ordre d’idée :

    http://www.pluzz.fr/cash-investigation.html

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    réponse de Marwan Muhammad

    Wa alaikum essalaam. Ah merci!! Bonne suggestion.

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