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Prédire la réussite scolaire des enfants ?



Crédits : ambafranceht

Dans le cadre d’une étude 1 dirigée par l’Institut de la statistique du Québec, l’ELDEQ (Etude longitudinale du développement des enfants du Québec), une équipe s’est penchée sur l’influence des aptitudes motrices, cognitives, et comportementales des enfants à l’école maternelle sur la réussite scolaire voire professionnelle.

Synthèse de l’étude

D’après plusieurs études, le bon développement des habiletés de l’enfant à l’école maternelle est prédictif d’un niveau d’études ultérieur avancé. Les auteurs ont donc cherché à déterminer quelles aptitudes en particulier sont à l’origine de cette réussite. Ils ont mesuré l’association entre plusieurs habiletés à la maternelle avec d’une part le rendement global en 4ème année du primaire et d’autre part avec l’engagement en classe et l’engagement scolaire.

Il ressort des résultats que les compétences de base en mathématiques (connaissance des chiffres, notions de base arithmétiques…), langagières (vocabulaire réceptif), ou  en motricité fine (habiletés manuelles, contrôle des objets) sont associées à une réussite scolaire globale (rendement global en mathématiques, lecture, écriture et sciences). L’engagement (persévérance, autonomie…)  est quant à lui augmenté en fonction des aptitudes pré-mathématiques, en motricité fine et pour les habiletés de déplacement. Mais il diminue en fonction des bonnes capacités motrices globales. Par contre, plus l’enfant est hyperactif (en plus d’un déficit de l’attention) en maternelle et moins il réussit à l’école en 4ème année, et moins il s’engage à l’école.
Les habiletés pré-mathématiques et langagières sont celles qui influent le plus significativement sur le degré de réussite scolaire en 4ème année. Les habiletés pré-mathématiques sont dans les programmes éducatifs québécois souvent mises en arrière-plan du  préapprentissage de la lecture et de l’écriture, pourtant ces habiletés sont à l’origine des capacités conceptuelles, procédurales et de la résolution de problèmes.

La capacité d’attention est le cœur de l’engagement scolaire de l’enfant


L’association inverse entre les comportements hyperactifs et le rendement scolaire mettent en avant la valeur centrale de la capacité d’attention et d’inhibition volontaire chez l’enfant. Cette même capacité qui est justement retrouvée chez les enfants doués en mathématiques et en langage, et qui permet aussi de faire des choix ambitieux durant leur parcours. En effet, ces derniers peuvent faire l’effort d’inhiber une réponse à une envie immédiate au profit d’une tâche plus dure pour laquelle ils auront un bénéfice supérieur mais différé.
Concernant les habiletés motrices, l’aisance en motricité fine semble autant impliquée dans le rendement scolaire que dans le fait qu’elle favorise l’apprentissage de l’écriture et de la lecture. Par ailleurs, de nombreux auteurs tels Piaget ou Grissmer ont prouvé la très forte relation entre les aptitudes cognitives et motrices dans l’apprentissage et l’importance de mobiliser ces habiletés en interaction. On note cependant que de bonnes capacités en motricité globale sont négativement liées à l’engagement scolaire ce qui serait expliqué par la moindre importance qui est attachée aux disciplines sportives à l’école.
Les auteurs proposent finalement que ces nouvelles informations puissent contribuer à de nouvelles politiques de prévention. Il y aurait un intérêt économique et sociodémographique à mieux s’attacher à l’éducation durant la petite enfance et ils conseillent en particulier de ne pas négliger la notion d’engagement et des capacités d’attention.

Le développement psychomoteur de l’enfant est-il toujours adapté aux rythmes scolaires ?  

En tant que psychomotricienne, j’ai trouvé cela fort intéressant que des professionnels s’attachent à l’étude de ces habiletés cognitives, comportementales, et motrices, dans le parcours éducatif des enfants ou pour dire plus simplement s’intéressent au développement psychomoteur !

Il parait clair selon moi que bon nombre d’enfants ne réussissent pas à l’école « classique », non pas parce qu’ils ne sont pas intelligents, ou qu’ils ne sont pas volontaires. Mais simplement parce qu’ils ont un rythme différent de la majorité et/ou une moindre capacité à s’adapter à un rythme différent du leur.  C’est parce que chaque enfant est différent, que l’école doit s’adapter à eux et non le contraire. Pour cela bien sûr, une classe de 40 élèves n’est pas l’idéal pour percevoir finement toutes les individualités et les potentiels de chacun.
A fortiori durant la petite enfance (entre 0 et 6 ans, là où tout se joue comme on aime à le répéter), chaque enfant passe par des lignes de développement telles que décrit par Anna Freud. Celles-ci seront des étapes où l’enfant s’intéressera à un ou des champs de compétences et pourra aussi délaisser provisoirement un autre champ. Lorsqu’il se trouve dans une ligne de développement donnée,  l’enfant sera prêt à approfondir, et avec une facilité naturelle, les aptitudes nécessaires à ce cap dans son développement.

Motricité globale versus engagement scolaire

Je suis par contre assez critique quant au résultat qui intéresse la motricité globale. S’ils font référence à une activité motrice ordonnée, aboutie et qui a du sens, je pense que certaines caractéristiques sous-jacentes n’ont pas été prises en compte. Il s’agit apparemment d’enfants qui montraient de bonnes capacités en motricité globale mais qui ne s’engageaient pas suffisamment en classe. Je me pose la question concernant le niveau de développement : où cet enfant se trouvait-il à ce moment-là ?

Il s’agissait peut-être d’enfants qui n’étaient pas encore dans cette ligne de développement, cette ligne d’apprentissage plus conceptuel qu’est la lecture ou les mathématiques. Il n’est donc pas étonnant qu’il ne s’investisse pas en classe ni n’ait envie d’écouter ou de comprendre un seul mot de ce qu’explique son professeur.

En général, si un enfant paraît être très fréquemment investi dans des jeux moteurs, des sauts de marche dans les escaliers de plus en plus hauts ou d’autres défis moteurs de ce type c’est parce qu’il est en train d’expérimenter ses capacités motrices et corporelles et d’évaluer jusqu’où il peut aller. En effet, dans le fil du développement, l’enfant a besoin de se servir de son corps comme repère. Il lui faut d’abord bien connaître son corps à travers des activités toniques et motrices variées. C’est l’acquisition d’un repère corporel stable qui permettra alors de maîtriser  des repères spatiaux puis temporels qui seront par exemple nécessaires aux apprentissages en lecture, calcul etc.

Cet enfant aura donc besoin de s’assurer de bien se connaître soi-même avant de chercher à connaître de façon plus approfondie le monde qui l’entoure et cela est encore plus vrai pour toutes les notions abstraites qu’on voudra lui enseigner parfois trop hâtivement à l’école.
L’étude a bien démontré la grande relation entre les activités cognitives et motrices, je pense qu’elles ne s’arrêtent pas à la motricité fine mais à toute la motricité. Ceci implique pour moi qu’il faudrait commencer à oublier ce fameux compliment de notre jeunesse «  d’être sage comme une image » car non les enfants sont bien vivants et animés ! Toutes leurs facultés sensorielles, motrices, cognitives sont intriquées et ont donc besoin de coopérer ensemble pour leur bon développement et apprentissage de la vie.
D’ailleurs je trouve dommage que l’étude ne mette en avant que des aspects socio-économiques et sanitaires des résultats et n’ait pas pris la peine de mettre en avant l’épanouissement global de l’enfant durant son parcours scolaire. Dans un intérêt préventif, certains psychomotriciens pensent qu’il faudrait en plus d’autres mesures, intégrer des psychomotriciens à l’école maternelle pour pratiquer une éducation psychomotrice telle qu’elle se pratique dans certaines crèches par exemple…ou alors former des enseignants à cette démarche comme c’est déjà le cas en Belgique.

 

1) D’après l’article « Prédire la réussite scolaire des enfants en quatrième année à partir de leurs habiletés cognitives,comportementales et motrices à la maternelle » écrit par Linda S. Pagani, Caroline Fitzpatrick, Luc Belleau et Michel Janosz  paru dans le volume 6, fascicule 1 de l’Institut de la statistique du Québec en octobre 2011.. 




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Commentaires


  1. Par Imane le 29 mai 2012 à 8:17

    Salam alaykom
    Je suis convaincue que pour changer le monde il faut changer la façon dont on aborde l’éducation et la santé des enfants. Merci de nous rendre accessible cette science utile qu’est la psychomotricité.

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