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T’es laid – réalité !



Crédits : _boris

« Élise est une jeune maman comblée, sa fraîcheur secondant sa joie de vivre, sans concurrencer son sourire gracieux. Elise a mis au monde il y a quatre ans un petit d’homme aussi vif qu’espiègle et vient de donner naissance à 52cm de douceur désormais enrobés dans une grenouillère rose. « 

Je me demandais : t’arrive-t-il toi aussi parfois de comater devant un reality show ?

Oui, c’est sciemment que j’ai employé « comater » pour relater un état léthargique qui te dédouanerait en quelque sorte d’une partie de la culpabilité que représente le fait de végéter :

1/ En mode voyeur s’ immisçant-de-quel-droit dans la vie d’autrui, (avec circonstance aggravante: AUTRUI est un illustre inconnu)

2/ Devant une émission débile, alors que tu sais pertinemment qu’il y a tant à apprendre dans les pages du dernier bouquin historique que tu as fait des pieds et des mains pour te faire offrir.

3/ Alors que tes jumeaux réclament, écrabouillant tes deux joues dans un étau d’affection baveuse, une promenade en roller, depuis bientôt deux heures.

Eh bien, je vais, quant à moi, assumer et « sortir du placard » (« coming out » canadien, ne t’en fais pas, je vais bien).

Il m’arrive de regarder des émissions de télé réalité ! Et avant que tu ne me classes dans une des catégories de « végétant » susmentionnés, je vais t’apporter une info : la télé-réalité est une étude socio servie sur plateau. Septique ? Suis-moi ===>

Retour auprès d’Elise tu veux ? Cette mère comblée, couple uni et enfants pleins de vie.

Mais… [Car tu l'auras deviné, il y a un "mais". Le téléspectateur n'est pas ici pour se délecter du bonheur d'une famille sans "drame".  Aussi, dans nos pays dits "développés" on est champion pour ça, pas de drame : bougez-pas, on va vous en fabriquer. Un placebo de souffrance, ça vous ira ? Ça ressemble à de la souffrance, ça a l'amertume et le piquant de la douleur, mais ça n'en est pas. Parfait, pourvu que les dommages psycho (logiques ou pas) soient là. ]

MAIS (encore lui, tu me suis ?), Elise (comblée, épanouie…) est mal fagotée, pas apprêtée, peu ou pas maquillée. Le matin, lorsqu’elle emmène son petit d’homme à l’école, figure-toi qu’elle enfile des souliers plats, un jean et un pull confortable, elle tire ses longs cheveux et les noue en queue de cheval.

Tu ne sembles pas te rendre compte du trouble qu’Elise inflige à sa famille ! (moi non plus à première vue) MAIS, sa famille, ELLE, le sait.
Moi, derrière mon écran, je suis public en salle d’audience prime time, du tribunal familial auquel elle est conviée et néanmoins accusée :
- « Tu me fais honte, regardes-toi ». C’est sa grand-mère qui frappe la première !!
- « J’aimerais être fier de me promener avec toi, je voudrais que tu ressembles un peu à « quelque chose ». Moi, quand je vois les femmes à la télé ou dans la rue et que je te regarde toi, laisse tomber… ». Son tendre époux donne le second coup (je te laisse analyser l’ignominie contenue dans sa petite suite de mots).
- « Tu pourrais être belle, mais là vraiment, on dirait que tu ne t’aimes pas, ton mari va se barrer si tu continues comme ça, t’as déjà de la chance qu’il soit encore là… ». Sa sœur pour la finale par KO. Et c’est gagné ! Elise est sonnée, au tapis, elle ne se relève pas !

Elle, la vue brouillée par les larmes qui voudraient s’échapper et moi, derrière mon écran, « l’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur… ». Cette femme est belle, belle de tout l’amour que contient son cœur pour ses petits, belles des câlins et des soins qu’elle leur prodigue, belle de donner le meilleur d’elle-même pour sa progéniture. Belle par son sourire aimant et rassurant. Comment font-ils pour être, à ce point, aveugles ?

Mais (parce qu’il est toujours là celui-là), Elise n’est pas assez désirable et ne pas être désirable en pleine « société de consommation », c’est prendre le risque que son époux fasse légitimement ses emplettes ailleurs.  Aussi, on va l’aider, on va se mobiliser pour vaincre le mal qui la touche. Après avoir fait son procès, et lui avoir fait prendre conscience du danger qu’un tel comportement engendrait, on va enfin lui tendre une main. Durant toute une semaine, une « coach-fashion-style » va lui réapprendre les bases : être une « vraie-femme », maquillée, coiffée, lookée, sur talons perchée, belle et sexy.

Elise est resplendissante, et moi, derrière mon écran, je me décide à me faire un masque-peau-de-pêche (ça y est, ils m’ont eu)… C’est la pause pub, celle juste avant que son mari ne la retrouve transformée et ne s’empare d’elle à pleine bouche.

Bien joué, coacher c’est gagné !

Et moi, derrière mon écran, j’émets un Mais (car il est fait pour ça). En me disant que « mais » peut-être qu’à présent, Elise délaissera le câlin du matin au profit d’un brushing soigné, et est-ce que son épilation à la cire remplacera l’histoire du soir ? Et puis, je ne peux m’empêcher de penser au risque multiplié de se briser une cheville en conduisant la poussette de bébé (qu’elle ne portera plus contre son sein, au risque de froisser son nouveau tailleur Lanvin) sur les routes pavées à proximité de l’école. Qu’en sera-t-il de la ballade au parc ?
Et puis… [J’envisage le pire tu vas me dire] j’imagine qu’Elise séduisante comme elle est, se fera tantôt envoûter par les paroles d’un charmant, qui ne l’ayant connu que sous ses plus beaux atours, n’aura pas de mal à lui faire oublier les propos durs et outranciers de son précédent amour. Et cette famille brisée, et désormais décomposée.

Punaise, faut que j’arrête la télé réalité… J’pars en free-fiction dans un style dramatique.

——–

Juste pour finir en beauté (on reste dans le thème).
Je voulais te faire part d’une réflexion d’une candidate d’une de ces émissions télé. Elle souhaitait mettre la chirurgie au « service » de sa plastique, et terminait son interview sur cet étrange paradoxe : « j’aimerais trouver un homme qui m’aime pour ce que je suis, ce que j’ai dans le cœur, j’en ai assez d’être aimée pour mon physique ».

[Dans le générique on apprenait que "Saint Exupéry" était le nom de sa clinique de chirurgie esthétique... #ironie siliconée]




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Commentaires


  1. Par Kyle Butler le 19 avril 2012 à 19:38

    Assalamou’alaikoum,

    J’aime beaucoup le ton de l’article. Un jour peut-être que le Truman Show ne sera plus une fiction!
    La conclusion me paraît un peu excessive quand même. Ce que je trouve dommage, c’est qu’ils aient eu besoin de s’étaler en public pour un « problème » qui ne regardent personne d’autres qu’eux et qu’ils auraient bien pu résoudre « en famille » sans en faire tout un drame.

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  2. Par ZoéBalkis le 23 avril 2012 à 12:50

    Alaykoum salam,

    Désolée pour le délais de réponse :)
    Merci de ton interêt.
    Oui, la conclusion est excessive, effectivement, l’idée est volontairement méga dramatique (et non exhaustive) de ce que pourait être l’effet dévastateur (non-escompté à priori) de ce genre d’émissions ;) .
    Et comme tu le dis, il y a des choses qui ne devraient certainement pas dépasser du cadre « famille », voir même « couple » pour ce cas précis.

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  3. Par Nadia le 21 juin 2012 à 4:34

    salam alikoum

    j’aime bien l’article, le ton la morale tout!

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