En ces temps de crise, celle qui s’accroche à nos vies depuis 2008, tout ce dont chacun a besoin est d’un soutien. Et quel meilleur soutien que celui d’un ami qui vous veut du bien.
Imaginez-le bien, cet ami qui vous épaule en ces temps de galère, en cette époque du chômage ayant pris dans ses serres 4 millions de Français « toutes catégories confondues », de la récession générale de l’Europe et de la sino-mondialisation qui nous nargue tous les jours.
Je vous parle là d’un vrai ami, qui sait vous écouter en cas de coup dur, vous donner la garantie d’un service rendu pour une longue durée, qui vous prête avec un intérêt certain pour vos affaires, qui vous aide à réaliser vos rêves. Vos rêves ? Ceux qui tétanisent votre esprit tous les jours, ceux qui vous font espérer un monde meilleur (pour vous), ceux qui dissolvent vos peurs et vos dépressions. Le rêve d’espérer pour mieux consommer, pour ensuite mieux posséder et enfin mieux revendre.
Ce vieil ami, on me l’avait à l’époque présenté dans la rue, je l’ai finalement revu et de fil en aiguille, de discussion en discussion, le destin m’a rapproché de lui. Le contact a été facile dès le début. Tout le monde me l’avait décrit comme quelqu’un d’accueillant, chaleureux, s’adaptant à son interlocuteur, flexible à souhait. C’est bien ce que j’ai senti dès le premier échange, comme la garantie d’avoir un nouveau soutien longue durée. Lui étant riche, moi ne l’étant pas assez, l’aide financière qu’il a pu m’apporter était inespérée. De l’argent, oui, il m’en a prêté et il m’en prête encore. A ses côtés, il m’offrait la possibilité de revivre une vie, ou plutôt de vivre celle que j’espérais. Celle que l’on voit sur les panneaux publicitaires ou celle du voisin ou du collègue, celle qui va de la voiture toutes options (même celles qui sont inutiles) à la maison que la spéculation a rendu inaccessible à certains budgets. L’aide de mon ami était tellement importante que j’avais l’impression qu’il y avait un intérêt derrière notre relation. J’appréciais son aide, lui appréciait ma loyauté. Comme une relation de confiance qui s’inscrit dans le temps. Le temps est passé, en effet. Cela fait 10 ans que je le connais et notre relation n’a pas dépéri.
Mais voilà qu’aujourd’hui je dois reconnaître avoir une dette envers lui. Pas de celles dont on aimerait être quitte, mais plutôt de celles qu’on aimerait oublier. Comme ces anciens rêves de richesse que j’aimerais enfouir, ces rêves qui me font vivre aujourd’hui un cauchemar à découvert. Perdu comme dans le labyrinthe de mes rêves, qui sont désormais du passé, je vis désormais avec mes démons : l’accident du travail, le chômage, la précarité, les jours sans lendemains, les huissiers comme seuls visiteurs de mon foyer en désordre. Moi qui voulait me hisser vers la France d’en haut, je dois me résoudre à ne pas être de la classe moyenne. Cette dette nous a éloigné, nous a fâché et me tue à coup de petites échéances. Lui, fier, exerçant son droit de créance, face à moi, endetté à déprimer et cherchant mon issue. Maintenant je le sais : mon ancien ami est responsable de ma dépression, de mon exclusion, de ma solitude, je croyais voir en lui cet ami qui me veut du bien. J’essaie de l’oublier mais lui ne m’oublie pas. Je vous déconseillerai vraiment d’avoir pour ami celui qui a ruiné ma vie : mon crédit bancaire.



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Emprunter de l’argent avec un taux d’intérêt, c’est comme mettre le doigt dans un engrenage sans fin. La situation peut facilement devenir catastrophique en cas de perte de son travail, d’accident de la vie… A mon sens, rien ne vaut la solidarité gratuite : on prête sans intérêts. Mais je ne sais pas si nos banques si gourmandes s’accommoderaient d’un système plus noble sur le plan moral et plus équitable…
Si mon ami me demande de lui preter (me priver) pour qu’il puisse réaliser son reve de voiture toutes options même inutiles…si on est vraiment amis c’est mon devoir de le réveiller.
Déja le mot « prêt » est mensonger, on prête un vélo, un livre à un ami, sans rien demander en échange. Et en y reflechissant bien, quoi de mieux que de vivre selon ses moyens? Mais c’est vrai que dans des sociétés de consommation à outrance où on sait ce que tu es quand on voit ce que tu possèdes – ou du moins sembles posséder – pas étonnant que beaucoup se fassent avoir. De la richesses virtuelle en somme!… Excellent article en tout cas.
Les mots sont justement choisis, j’en ai ri tellement c’est soigné.
J’espère juste que l’auteur n’est pas déprimé comme le dit le narrateur…
La banque vend du temps. La banque vend du vent… Qui serait assez dupe pour y croire… à part des millions de pauvres gens ?
Mais c’est bien connu, c’est avec les mouches qu’on attire le vinaigre
@Tahar: très juste, je demandais dans l’un des chapitres de FoulExpress à ce qu’on cesse d’utiliser le terme « prêter » pour les crédits bancaires, au profit du mot plus approprié de « louer ». Car c’est bien de location tarifée qu’il s’agit…
A chaque fois que je me rends chez cet ami, j’ai envie de tout casser, surtout quand il me dit « mais vous ne comprenez pas monsieur ». J’ai toujours ce temps d’hésitation qui me permet de me rendre à l’évidence, cette dame à l’accueil ne fait que répéter ce qu’on l’a obligé à dire. On l’a placée là comme premier rempart pour prendre toutes les insultes de clients fâchés.