Cet article risque de vous choquer.
Il parle de choses que l’on préfère trop souvent ignorer. Pourtant je n’ai pas l’intention de passer sous silence la réalité, crue et violente, que vivent des millions de femmes dans le monde lorsqu’elles sont réduites à l’état d’objets sexuels.
La prostitution (le sexe tarifé) est un sujet d’étude complexe, en ce qu’il touche à la morale, aux normes sociales, à l’économie, à l’intimité et à la dignité des femmes. Pour autant, faut-il l’esquiver ? Je ne le crois pas.
De quoi parle-t-on ?
Du fait qu’en échange d’une quantité économique, un être humain consente à pratiquer un acte physique qui relève normalement d’une nature émotionnelle, intime, maritale.
Qu’est-ce qui est le plus choquant dans cette situation ?
Si c’est la transgression du cadre marital pour s’adonner à la pratique d’actes sexuels, elle est communément tolérée, voire encouragée par des sociétés qui jugent leur modernité comme positivement corrélée à la multiplication des partenaires sexuels. Je déplore et rejette profondément une telle idée, mais j’en prends acte. Aujourd’hui, « être marié » est associé à une posture presque traditionnelle, « être fidèle » une utopie désuète. Reste la « liberté » : une façon polie de dire qu’on fait quand et comme on veut, donnant ainsi libre cours aux pulsions de l’instant et construisant au fur et à mesure une nouvelle norme et de nouvelles valeurs qui viendront valider à posteriori ce que la part la plus bestiale de l’homme a déjà décidé : JE suis, JE veux, JE consomme. La « libération des mœurs » s’est ainsi soldée par l’asservissement de chacun à ses propres instincts. Comme il est confortable de présenter comme progrès ce qui n’est rien d’autre qu’un renoncement à ce qui fait pourtant la spécificité de l’homme : sa capacité à résister à ses pulsions, à la différence des animaux.
Ce n’est pas ma conception de la liberté.
Je crois que l’homme vaut un peu mieux qu’une somme de viande et de sang livrée à elle-même. Je crois à l’amour sincère, à la construction d’une relation entre un homme et une femme, un époux et une épouse et au fait que fonder une famille soit la plus belle des façons de vivre, pour des êtres qui s’aiment.
A ceux qui penseraient que je vis dans un film, je pose la question suivante :
Qui d’entre nous se berce d’illusions : moi qui pense que la cellule familiale est le cadre idéal pour l’amour entre un homme et une femme ou ceux qui nourrissent l’indicible paradoxe, qui consiste à espérer la venue d’un(e) prince(sse) charmant (e) à l’amour éternel, tout en menant une vie aux antipodes de cela, avec l’espoir quasi-pathologique d’y trouver le bonheur ?
Mis à part la destruction progressive du cadre familial, la deuxième chose qui choque dans la pratique de la prostitution, c’est la violence du geste : le fait d’offrir ce qu’un être humain a de plus intime contre de l’argent porte atteinte à la dignité d’une femme. Ce geste touche à quelque chose d’essentiel dans ce qui différencie l’être humain de la marchandise. Il y a une forme d’aliénation et de modification profonde du rapport à soi dans le fait d’être réduite au statut d’objet. La prostitution est donc par certains aspects plus violente que l’esclavage, en ce qu’elle n’est pas une simple privation de liberté, ni un simple travail forcé, mais en plus de cela une grave atteinte à l’humanité d’une femme.
Enfin, l’aspect purement économique est probablement le plus important dans l’analyse, pas dans ses valeurs mais dans sa capacité explicative. En effet, la prostitution est souvent réduite à la simple idée d’une transaction, un échange entre un service, une prestation d’une part et, de l’autre une compensation, financière le plus souvent. Au-delà du côté abject d’une telle formulation, validant l’idée de marchandisation de la femme, il faut poser les questions suivantes :
Si la prostitution revient à échanger des sentiments et des « actes d’amours » contre une compensation, qu’en est-il des relations amoureuses de manière générale ?
Dans les sociétés dites modernes, quand une femme fréquente un homme pour son statut et son argent, est-ce de la prostitution ?
Existe-t-il une prostitution implicite et, si oui, répond-elle aux mêmes règles économiques ?
Dans la suite de cet article, nous verrons s’effondrer, chiffres à l’appui, nombre de mythes que l’on entretient à propos de la prostitution en particulier, mais surtout des relations hommes-femmes en général.
A suivre…



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» Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Fantine ?
C’est la société achetant une esclave.
A qui ? A la misère.
A la faim, au froid, à l’isolement, à l’abandon, au denûment. Marché douloureux.
La misère offre, la société accepte. »
Victor Hugo, Les Misérables (1862).
Interessant!
La prostitution peut même être prise comme une progression, une idéologie promue par le 7ème art. Il est intéressant d’observer la logique du film « Intouchables » (qui « cartonne ») en ce moment en France : On nous montre un jeune musulman d’origine sénégalaise ou mauritanienne vivant en France, qui en plus de se référer à Earth Wind et de se détruire au cannabis (caractérisant le musulman bien sûr), « libère de son joug » le bourgeois handicapé qui l’emploie, en le décomplexant sur les questions d’ordre sexuel. De plus, c’est ce même musulman qui l’incite à « consommer une prostitué », sans que cela soit présenté comme un moment de détresse et de faiblesse par des réalisateurs habiles dans leurs mise en scène, mais bien plutôt comme un triomphe, une victoire sur la maîtrise des pulsions. Soit l’apologie de la luxure par le jeune/musulman/sénégalais polygame, fils de polygame acculturé et avec les bons et uniques repères : Musique et danse pour s’oublier, substances illicites pour se puslvériser, culture et intelligence polluées. Petite sagesse attribuée à Ali ibn Talib pour clôturer : « Que l’homme libre soit l’esclave de ses propres esclaves vaut mieux pour lui que d’être l’esclave de ses plaisirs ».
Assalam alaikoum,
BarakAllahoufik pour ce texte tres incisif !
Je te rejoins sur beaucoup de points mais je nuancerais peut etre le propos suivant « la prostitution revient à échanger des sentiments et des « actes d’amours » contre une compensation ». Je crois que diverses raisons peuvent pousser un homme a faire appel a une prostituee. Pour certains c’est un mal affectif, le desir de briser la solitude mais pour d’autres ce sont pour des raisons beaucoup plus inavouables. Le sociologue Saïd Bouamama s’est interesse a la question. Ce qui ressort de son etude c’est le sentiment de honte, l’insatifaction voir la frustation sexuelle. D’autres usagers de la prostitutuon ont evoque la deception de ne pas y avoir trouve des gestes d’amours. Y voir un echange de sentiments, qui je le concede, est un leitmotiv pour certains est illusoire. La prostitution passe avant tout par une deshumanisation de l’autre.
Quant aux relations hommes/femmes d’aujourd’hui, oui, je crois aussi qu’il y a un echange de service mais j’irai plus loin en disant que dans une certaine mesure l’institution du mariage souffre du meme probleme. Certaines se marient aussi avec un homme pour son statut et son argent parce qu’il va pouvoir les entretenir et assurer un avenir a leur progeniture. Elles offrent jeunesse et fertilite contre une vie comfortable et aisee. Elles sont parfois encouragees a rechercher ce type d’union par leur propre famille.
Au final, ces relations interessees ne sont elles pas le lot des relations hommes-femmes? Vivre la plenitude dans le mariage demande d’abord d’avoir une ethique de la relation de couple. Il faut savoir transcender le cote materiel pour pouvoir vivre une vraie relation basee sur la reciprocite, le respect et l’echange, et ce, quelque soit le systeme de valeurs dont on se reclame.
Vous dites « Si la prostitution revient à échanger des sentiments et des « actes d’amours » contre une compensation »
Hors la prostitution de ce qu’en disent les prostituées (voir reportage de Harry Roselmack « immersion dans le monde de la prostitution ») ne constent qu’en un échange de relation sexuelles sans amour, ni sentiments.
Sujet très pertinent, mais l’auteur fait l’impasse sur quelque chose qui ne peut être oublié. Une hypothèse est faite inconsciemment : le corps de l’être humain est sacré et doit remplir des fonctions codifiées (très souvent par des cultures religieuses). La prostitution pose une question fondamentale : devrait-t-on avoir tous les êtres humains, la même conception du corps ? Pousser le raisonnement reviendrait à dire…peut être que l’acte que l’on considère dans notre société comme sexuel peut très bien être dans une autre conception un tout autre acte…de salutation par exemple. Peut être que la prostitution dans nos sociétés est juste une perte de la conception du corps due à des conditions socio-économiques. Comme lorsque quelqu’un dans notre société met fin à ses jours…la conception du corps chez une telle personne a complètement changé à un moment donné. Ainsi certaines parties du corps sont dans des sociétés considérées comme intimes alors que dans d’autres endroits ces mêmes parties sont des parties qui n’ont aucun statut particulier. Ce qu’il y a de très triste dans la prostitution, c’est que ce changement de la conception de son corps n’est pas souhaitée et souvent forcée. Si ce changement est expressément voulu et souhaité, peut être qu’il s’agit d’une philosophie comme une autre, dont je serai, certes, à l’opposé. Salutations fraternelles.