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Revue de presse #29 : un air de déjà-vu



 

CR : Alexandre Amrhein

 

Je ne vous souhaite pas une bonne année.

Désolé, c’est une approche un peu frontale pour débuter un article… Mais ne partez pas tout de suite !

Je vous dis ça car une personne perspicace a fait une remarque intéressante concernant la manie de se souhaiter une « bonne année » à tout va : la nouvelle année aurait-elle des pouvoirs magiques ? On lui demande d’apporter la prospérité, qu’elle soit pourvoyeuse de bonheurs divers, qu’elle conserve intacte la santé de ses proches… Sainte Nouvelle Année, priez pour nous ? Non, ça ira, merci. Donc je ne vous souhaite pas une bonne année, chers lecteurs, mais bien mieux que ça.

Mais puisque les félicitations et autres imprécations sont dans l’air, il fallait bien que les journaux jouent le jeu également. Aujourd’hui en France, quotidien populaire s’il en est, n’a pas dérogé à la règle. Dans son édition du 2 janvier, le quotidien proposait un dossier optimiste sur « ces Français qui avancent malgré la crise. » Entre portraits de Français motivés et chiffres flatteurs pour l’économie française et l’engagement associatif, on se dit que tout ne va pas si mal finalement dans l’Hexagone. Mais Aujourd’hui avait gardé le meilleur pour la seconde page de son dossier… J’ai nommé le marronnier ! « Douze conseils pour aimer 2012 » annoncent les journalistes. Dans le jargon journalistique, on appelle « marronnier » un sujet qui revient de manière récurrente à une époque précise, comme les embouteillages le jour des départs en vacances ou la rentrée des classes par exemple. Typiquement le style de papier que vous pouvez écrire trois ans à l’avance tellement on y répète inlassablement les mêmes lieux communs que l’on fait payer un ou deux euros aux lecteurs. Mais revenons à notre dossier. Accrochez-vous : pour bien vivre cette nouvelle année, n’oubliez pas que « les plaisirs les plus doux sont souvent les moins chers ». « Faites honneur à la gastronomie française car pas besoin d’être un chef étoilé pour réussir de bons petits plats » (l’entreprise Moulinex aurait beaucoup apprécié) sans oublier de se préparer pour la soi-disant fin du monde en décembre 2012 et la pratique de la méthode Coué, qui incite à répéter en boucle quelque chose de positif pour finir par s’en convaincre.

Coué pour quoi ? D’où vient cette volonté compulsive de tout voir en rose, quand tant d’inégalités et d’injustices déchirent nos sociétés ? Cela me rappelle une réflexion juste que j’avais lu dans un autre canard, à propos de la pratique du yoga il me semble. Le journaliste faisait remarquer que ce genre de méthode, à force de trop inciter le pratiquant à se contenter de ce qu’il a et à accepter ce qui l’entoure perdait sa capacité de « révolte », il admettait son environnement plutôt que de chercher à le transformer. Rien n’empêche de se réjouir de ce qui fonctionne ou des formidables élans de générosité qu’offre quotidiennement la communauté humaine. Mais rien ne sert non plus de se cadenasser dans un cocon riant et confortable où tout n’est que douceur. La détermination à identifier les acides qui rongent nos sociétés, les mites qui dévorent la solidarité et les traiter avec une puissante dose de bonne volonté seront peut-être plus efficaces. Non à la méthode Coué !

 

CR : Alexandre Amrhein

Et puis, la petite mauvaise nouvelle pour la fin : David Beckham ne viendra pas jouer au Paris Saint-Germain finalement. Quel dommage….(déception de crocodile). De quoi vont bien pouvoir parler les journaux sportifs maintenant ?

Je ne vous souhaite pas une bonne année, chers lecteurs, mais bien mieux que ça.




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Commentaires


  1. Par Abou Ibrahim le 3 janvier 2012 à 16:03

    assalamou ‘alaykoum,

    Finalement l’article le plus pertinent que j’ai lu en ce début d’année 2012 ;-)

    Entièrement d’accord sur le fond, j’ajouterais que la bonne nouvelle constatée en ce début d’année 2012 c’est que les musulmans commencent à abandonner ce « rituel » de la bonne année et des « meilleures voeux ». Cependant des SMS circulent en contrepartie au début de mouharam pour souhaiter la « bonne année des musulmans ». Dommage qu’on ai ce complexe qui nous pousse à toujours vouloir copier ou transposer des pratiques ou coutumes étrangères à l’Islam.


  2. Par Marwan Muhammad le 3 janvier 2012 à 16:06

    Génial. Pour changer…

    Concernant la pratique dérivant du yoga et de « l’acceptation », en gros c’est du conditionnement à la docilité, quoi.


  3. Par La bavure 91 le 3 janvier 2012 à 23:49

    Les premiers jours d’une nouvelle année suscite toujours une aspiration au changement, devenir meilleur avec des résolutions forcées qu’on s’empressera d’oublier jour après jour. Vivre chaque jour comme le dernier, car on ne sait pas quand on part, serai, a mon avis, la meilleure solution pour éviter tous ces maux qui gangrènent cette société. Donc c’est pour cela que moi aussi je ne vous souhaiterai pas une « Bonne année » mais seulement une « Bonne journée »!!!
    Excellent article Alexandre!!!


  4. Par Adam le 4 janvier 2012 à 11:59

    se souhaiter une bonne année, c’est aussi naturel que souhaiter bonjour le matin : ça signifie « je souhaite que tu passes une bonne année »


  5. Par Fayza Belmir le 6 janvier 2012 à 9:55

    salam alaykoum

    Alexandre, ton article a un effet appaisant…
    Bonne journée 1433 …

    Fayza