-Et bah moi, je serais infirmière et je ferai des piqûres de rappel aux enfants qui z’ont pas appris leurs leçons…
-Ouais et bah moi c’est encore mieuuuuux… je serai soigneur des animals et même des chevals et je les guérira et j’aura un ranch et des poules, mais pas des moutons, mon père il dit que c’est con les moutons et que si y’en aurait moins on sera pas empêtré dans une république anesthésiée. Je comprends pas toujours c’qui dit mon père, mais ma mère elle dit qu’il a toujours raison. »
Et toi Zoé ?? Tu feras quoi quand tu seras grande ??
« - Moi ?? Je serais heureuse !! »
Bah quoi ? Ma mère me l’a dit, « tu feras ce que tu voudras le principal, c’est que tu sois heureuse!! » Qu’est-ce que c’est bon de s’entendre dire ça, sur le moment, alliance confiance-pouvoir-espoir, sensation de liberté et un panel de possibilités… Mais le hic, c’est que je ne sais pas trop en quoi ça consiste moi, le bonheur, on fait comment ? Alors, je tente de trouver des pistes autour de moi. Je cherche des gens heureux, et c’est pas évident figure-toi!
« Rien n’est plus contagieux que l’exemple » a dit Larochefoucault (« Sûr c’est ton dernier mot ??« ). C’est super flippant comme idée pour une gamine comme moi, tu ne sais pas comment je suis entourée ça se voit !!!!
Du coup, j’me protège comme je peux, je ferme les yeux, c’est que… j’voudrais pas le choper leur exemple, ils n’ont pas l’air franchement joyeux mes vieux. Alors j’fais très attention, je recule devant toutes leurs tentatives d’approche, câlins, accolades, j’en laisse passer aucun, je me lave tout le temps les mains et en hiver, je me couvre bien.
Je vais l’éradiquer ce virus de l’exemplarité !!
« Dis ça ressemble à quoi le bonheur ? » j’ai demandé à maman.
« T’inquiètes pas ma puce, tu le reconnaîtras quand tu le trouveras va…! »
Tu parles d’une réponse, je fais quoi moi à 8 piges avec ça ?? Alors, je me l’imagine le bonheur, sur croquis, à ma façon, j’y mets plein de couleurs, j’évite les trucs qui font peur, je remplis ma feuille partout, sûre que dans le bonheur y’a pas de trous… Je croque des gens tous différents qui se tiennent la main en riant, je trace le contour des terres mais à l’intérieur je gomme les frontières et je fais des ponts pour relier les nations, les armes à feu tirent des bonbons Harimo, c’est beau la vie, les docteurs ont des baguettes magiques à la place du stétho, dans le désert j’esquisse des cours d’eau. Je dessine des tribunaux vides, parce que je ne fais pas de méchants, j’ajoute des couples soudés à vie et des idées au logis.
Je le reconnaîtrai le bonheur, elle a dit ! Mais, elle, l’a-t-elle déjà croisé ? Si c’est le cas je t’assure qu’elle l’a laissé filer… Suffit pas de le repérer faut aussi l’attraper! Ahhh ! Maman et ses trop fameuses notions de liberté…
Je persévère, j’enquête, je mène des investigations pointues.
Je n’ai peut-être pas la famille adéquate pour me servir de modèle, soit, mais heureusement je détiens le sacro saint objet, la télé, ou « la vérité en tube cathodique » !
Du coup pour être heureuse, j’ai trouvé après avoir un peu zappé : il me faut POSSÉDER !! (Merci France Télévisions pour toutes ces révélations)… avoir une belle déco, une chouette auto, faut être beau, bien roulé, faut être « libre » ou mieux encore, libéré, émancipé, faut se maquiller pour camoufler, faut sentir bon, s’affirmer, mais pas trop, avoir un pavillon, un jardin, une grande télé, faut être promu régulièrement, avoir une bonne « situation », gagner du blé, faire des placements, être à la mode, faut partir en vacances dans des îles, avoir deux enfants, un mari élégant et un chien (et peut-être même un amant…) Faut croire en Dieu, mais c’est mieux si ça ne se voit pas… Faut rentrer dans le moule, correspondre aux cases sans dépasser, comme dans un album à colorier, vendre ses valeurs au plus offrant, faut marcher au pas dans les rangs, dans un rythme un peu décalé pour se donner un style détaché…
Sérieusement, quand je serais grande, je voudrais me battre contre toutes ses notions de bonheur lié au pognon, à la consommation, à la possession, je voudrais que tu comprennes que y’a pas plus classe qu’un présent qu’on n’achète pas, que tout ce qui brille ternira, et que tu ne l’emporteras pas avec toi… Que la clef c’est le partage, qu’on arrête de se juger à « l’image »…
Puis, allez, je vais être complètement honnête, « grande » je le suis déjà, ça fait même un bail, et franchement, j’ai qu’un souhait depuis que je fais cette taille : je voudrais redevenir enfant rien que pour réussir à croire encore très fort un instant que mon monde puisse ressembler un jour à mes dessins d’antan…!



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Dans la grande que tu es,tes billets en sont bien l’expression,il est bien vivant le cœur d’enfant.Si le monde est ce qu’il est,n’est-ce pas parce que le cœur des z’enfants meurent étouffés par l’ambition chez une majorité de grands?
Continue à l’écouter et à nous raconter,tu sais bien que les enfants adorent les histoires.
Petit cadeau pour toi
En regardant Marie-Eve.
Question-réponse.
A quoi rêvent les enfants
Quand leurs yeux se « brouillardent »,
Plantés sur quelque part,
Entre larme et sourire,
Le geste suspendu,
Hors du temps,
Hors du lieu,
Laissant fondre la glace
Sur le cornet poisseux?
Ils font pousser leurs ailes
Pour échapper aux grands
Qui causent « Liberté ».
Serge
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Merci beaucoup Serge
)
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Excellent Zoé!!
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