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N’appelez pas Lagarde à la rescousse



 

Christine Lagarde à Planète PME

CR : Alexandre Amrhein / Foul Express

 

Même les politiques et les économistes peuvent parfois être de grands enfants. Ou font parfois semblant de l’être. Le jeudi 16 juin se tenait Planète PME au Palais des Congrès à Paris, la grand-messe des petites et moyennes entreprises organisée chaque année par la CGPME. « Plus de 10 000 visiteurs et la présence de membres du gouvernement » s’enthousiasme l’organisation. C’était le cas de Christine Lagarde, ministre de l’Économie et des Finances. Une ministre encore plus occupée que d’habitude puisqu’elle est la candidate française à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international. Une ministre d’ailleurs très soucieuse du bon développement des compagnies aériennes puisqu’elle reconnaît elle-même avoir fait pas moins de 50 000 kilomètres ces dernières semaines afin de rencontrer les Chinois, les Indiens et autres Brésiliens afin de défendre sa candidature. L’occasion de raser gratis et émouvoir son public, la ministre affirmant que si elle était élue, « une petite partie de moi-même deviendrait indienne. »

A son arrivée dans la salle de conférence du Palais des Congrès, l’expression « grand-messe » n’est pas aussi décalée qu’elle en a l’air puisqu’un grand nombre d’auditeurs se levèrent pour acclamer la dame aux cheveux couleur sel à son arrivée. Je disais en introduction que même les grands peuvent jouer aux enfants. Comme s’il s’agissait d’un secret de polichinelle, d’une affaire déjà réglée en coulisses, l’organisateur Jean-François Roubaud commençait déjà regretter Christine Lagarde, qui d’après lui allait, peut-être, s’envoler bientôt vers d’autres horizons. Qui sait, de l’autre côté de l’Atlantique par hasard ?

Parfois, on se dit que les politiques sont tombés amoureux de l’expression « séparer le bon grain de l’ivraie. » Leur faculté à sélectionner les informations qui leur sont favorables et occulter celles qui ne le sont pas est parfois troublante, voire amusante. Cette semaine, le Fonds monétaire international a relevé sa prévision de croissance française à 2 % pour cette année et l’année prochaine. Et la ministre de rouler des mécaniques grâce à une si bonne nouvelle. Mais elle oublie de prendre en compte deux facteurs dans son discours. D’une part, le FMI précise bien que la France doit rester réaliste dans ses prévisions de croissance, et qu’elle devrait envisager des mesures d’ajustement si la si désirée croissance venait finalement à faire défaut. D’autre part, la Banque de France a quant à elle baissé ses prévisions… On ne s’en félicite pas ?

Le discours bien rôdé, préparé à l’avance peut parfois laisser place à des élans du cœur, ou plus communément à des sursauts de vérité. Sursaut, oui le mot convient bien puisque la phrase qui suit a quelque peu fait bondir de sa chaise votre rédacteur. En effet, Christine Lagarde a évoqué ces « pays européens qui n’ont plus une souveraineté nationale », en référence à la Grèce par exemple dont le sort se décide à l’étranger. Au niveau européen, les dirigeants de l’UE et de la Banque centrale européenne doivent se mettre d’accord sur la nouvelle solution pour tirer d’affaire la Grèce. Mais aussi au niveau international, puisque l’argent apporté par le FMI se révèle très cher payé au vu des réformes drastiques menées dans le pays.

Dans les années 90, quand l’Argentine avait elle aussi du pâtir des méthodes du Fonds monétaire international qui consistent grosso modo à saccager, pardon, restructurer le pays en coupant à vif dans les dépenses publiques, les aides sociales et les salaires afin de rembourser les crédits octroyés, les Argentins estimaient déjà qu’ils n’étaient plus maîtres chez eux. Le problème réside dans l’effort demandé aux États qui empruntent de l’argent au FMI, puisque les politiques mises en place en échange de l’argent aboutissent à la récession de l’économie et donc à un accroissement de la difficulté à rembourser ces fameux emprunts.

Avant, les armes principales pour prendre le contrôle d’un pays étaient les épées et les flèches, les armes à feu et les bombes. Cela passe aujourd’hui par d’autres moyens moins douloureux physiquement, qui répondent aux doux noms de « prêts » ou « plan de sauvetage » mais sont au final tout aussi violents et implacables.




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Commentaires


  1. Par AbouAdem le 17 juin 2011 à 17:45

    « …qui répondent aux doux noms de « prêts » ou « plan de sauvetage » mais sont au final tout aussi violents et implacables. »

    L’article « les mots sont importants » prend tout son sens dans cette tragédie grecque !
    http://www.foulexpress.com/2011/06/foul-express-episode-5-les-mots-sont-importants-i/

    Quand les grandes institutions nationales, européennes et mondiales seront au service des peuples et non au service du Dieu Argent, je pourrais avoir confiance, et encore !

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  2. Par Alexandre Amrhein le 17 juin 2011 à 18:31

    Comme tu l’as dit, les mots sont très importants, et actuellement on essaye de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. On parle par exemple de pérenniser le système des retraites en France, alors qu’au contraire on casse le modèle social français, et que repousser l’âge de la retraite est une manière déguisée de réduire les pensions.

    On parle de sauver la Grèce alors que l’on baisse les salaires, que les jeunes sont obligés de retourner chez leurs parents car ils ne peuvent plus être autonomes, et que l’on privatise à tour de bras. Malheureusement, le « Dieu Argent » est vorace et ses victimes risquent d’être encore bien nombreuses.

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  3. Par Le Gounjou le 17 juin 2011 à 19:21

    J’aime bien ton dernier paragraphe. En effet la méthode actuelle de contrôle d’un pays est encore plus violente car beaucoup plus sournoise.

    Sinon dans le même contexte, un article intéressant, la crise grecque faisant également partie de mes préoccupations:

    http://www.changeforeurope.eu/node/6/

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  4. Par "Comment peut-on apprendre à se connaître soi-même ? Par la méditation, jamais, mais bien par l'action." Gandhi le 17 juin 2011 à 21:25

    Salam,

    Y a-t-il pour un pays fauché une alternative aux locations FMI?

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  5. Par Alexandre Amrhein le 17 juin 2011 à 21:48

    Je pense que monsieur Marwan serait plus à même de répondre à cette question, mais je pense que le système est tellement bien rôdé (vicieux) qu’il s’avère difficile de trouver d’autres moyens pour renflouer son économie quand on atteint un tel niveau de déficit. Les marchés (autrement dit les « prêteurs ») se basent en partie sur les estimations des agences de notation pour fixer leurs taux d’intérêt. Et donc, pour un pays comme la Grèce, emprunter de l’argent au moment où elle en a le plus besoin lui coûte horriblement cher. Aujourd’hui ça tourne autour des 17% de taux d’intérêt pour un emprunt sur 10 ans… De l’argent octroyé par le FMI, même si son coût en terme de récession et d’acquis sociaux risque d’être très élevé, n’atteindra a priori pas un tel taux d’intérêt.

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  6. Par marwan le 17 juin 2011 à 22:16

    Question difficile. La première raison c’est que très peu de pays ne sont pas, d’une manière ou d’une autre, dépendants de la dette. La seconde, c’est que pour ceux qui le sont, leur économie est rarement transposable.

    En gros, c’est le mécanisme de la dette qu’il faut combattre. Plus un état est endetté, plus il est pris dans un cycle de dépendance où il doit faire appel soit à ses ressources naturelles, soit au travail de ses citoyens pour compenser les intérêts qui grandissent à mesure que la situation s’aggrave (et inversement). La même analyse est valable pour les ménage.

    Le « traitement » économique à appliquer est donc très spécifique au pays étudié.

    Dans le cas de la Grèce, le scénario idéal pourrait être celui ci:

    - les citoyens disent stop à la dépendance au FMI et à l’austérité et mettent en suspens le remboursement des traites
    - un gouvernement d’union nationale se forme, garantit la continuité du service public et se sert de la dépendance des économies européennes (via leurs banques largement investies dans la dette grecque pour bénéficier de leur taux) pour ré-échelonner le remboursement de la dette, non indexée cette fois sur les notes de crédit des agences
    - une banque nationale ou une convention interbancaire se met en place pour aider à relancer l’économie avec des mécanismes participatifs (risque solidaire donc, pas d’endettement)

    Dans le cas d’autres régions du globe, les conditions sont réunies pour se débarrasser tout simplement de la tutelle du FMI. En Amérique du Sud par exemple, des accords permettent déjà de faire du prêt emprunt entre pays de manière préférentielle. Certains pays n’ont tout simplement pas de dette. En Afrique, s’il n’y avait pas autant de clivages politiques et d’interférences du FMI et des états anciennement coloniaux, on pourrait imaginer que des pays comme l’Algérie qui a de larges réserves de liquidités pourrait aider les pays voisins en lançant des projets transafricains et en renforçant la coopération locale.

    Si j’avais le temps, je développerais beaucoup plus avec des schémas plus clairs à comprendre, mais en gros, la logique de l’intérêt et ses conséquence sur le reste de l’économie (travail, ressources naturelles, productivisme, etc) est à proscrire. Les questions d’économie et de financement de l’état doivent être repensées avec créativité et dans l’intérêt des citoyens, en priorité sur les marchés. Peut être que ça signifie la fin du FMI et des instruments d’ingérence économique à l’échelle internationale, et c’est tant mieux.

    Si tu as des questions précises, je pourrai y répondre, mais là c’est vrai que c’est un peu général, d’où ma réponse « vague ».

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