Je vais vous raconter l’histoire d’une famille ordinaire, du moins en apparence. C’est l’histoire d’un couple que vous trouvez certainement charmant, d’une famille qui semble solide. Ils ont l’air bien ensemble : un papa aimant, une maman qui a l’air un peu fatiguée mais toujours présente pour ses enfants. Vous les enviez peut être, et pourtant…
Il est 17h. Jean-Paul ne va pas tarder à rentrer. Sandrine a une boule dans le ventre, elle ne sait pas à quelle sauce elle va être mangée ce soir. Qu’est-ce qui n’ira pas ? Le salon pas assez bien rangé ? Le repas qu’elle aura préparé trop fade ? Ou encore les enfants qui n’iront pas au lit assez tôt. Elle le sent, cette soirée se passera comme toutes les autres. Le regard noir de son mari, à peine passé le pas de la porte lui glacera le sang. Elle les devine, ces mots qui la détruisent à petit feu, qui la cassent, qui la brisent.
Il est 18h30. Jean-Paul rentre. Aujourd’hui, il n’est pas content de la tenue de sa femme. « Regarde comme tu es fagotée, lui dit-il, tu as l’air d’une serpillère mal essorée, franchement, tu me fais honte. Tu n’es pas digne de moi ». Machinalement, elle prend ce manteau posé sur le meuble, ces chaussures qu’il vient de retirer et va les ranger. Sandrine n’est qu’un robot, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle va à la cuisine pour préparer cet osso bucco à la Milanaise qu’il ne touchera même pas puis s’apprête à servir le repas pour ses enfants. Elle ne mangera pas ce soir, elle grignotera probablement des cochonneries, elle n’a pas le cœur à se nourrir. Cette boule dans le ventre lui est montée dans la gorge, elle ne la sent même plus tant elle fait partie d’elle-même.
Il est 22h. Jean-Paul daigne adresser la parole (des insultes, encore) à cette femme qu’il avait séduite et épousée il y a 14 ans déjà. A l’époque, Sandrine était une femme pleine de vie, souriante, heureuse et épanouie. Elle avait été éblouie par cet homme qui a très vite représenté tout pour elle. Il lui offrait ce dont elle avait toujours manqué : de l’écoute, de l’attention, de l’amour. Il l’appelait sa reine, sa dulcinée. Elle était transportée de bonheur à chaque lettre qu’il lui écrivait. Pourtant un jour, quelques temps après leur mariage, une remontrance est tombée. « Tu es comme ta mère, tu ne sais pas écouter les gens ». Elle n’a pas compris. Elle qui est si sensible sait qu’elle a cette rare capacité d’écoute qui plait tant à ses amis. Des amis… elle n’en a plus beaucoup. Jean-Paul ne les aime pas et elle l’aime tellement, Jean-Paul. Il devait avoir raison. Ils étaient bien tous les deux, à parler pendant des heures et surtout, il était là pour elle. Elle n’avait besoin de personne d’autre. Cette petite phrase n’avait pas tellement d’importance mais elle s’est sentie blessée. Elle ne savait pas à quel point des petites phrases comme celles-ci allaient suivre, et bien plus cruelles encore.
Il est 2h du matin. Jean-Paul dort à poings fermés mais Sandrine, elle, n’arrive pas à trouver le sommeil. Elle a les yeux grands ouverts dans ce lit qu’elle partage avec son bourreau. Elle se sent vilaine, nulle, vide. Elle ne comprend pas pourquoi elle accepte de vivre ainsi. Elle se dit que c’est la vie qui est ainsi faite et qu’elle n’a d’autre choix que de supporter. Après tout, parfois son mari n’est pas si méchant. Il ne lui dit pas tous les jours qu’elle n’a pas de valeur et qu’elle a tout d’une trainée. Oui, parfois il lui arrive d’aller vers elle et de lui montrer de l’affection. Cela n’arrive pas si souvent mais cela lui redonne espoir et elle se dit qu’il changera peut être. Elle voudrait mourir, d’ailleurs elle se sent déjà morte à l’intérieur. Alors, bercée par le tic tac de la pendule de la chambre, elle tente de s’endormir et pars dans des rêveries où l’espace de quelques heures elle se sentira choyée, aimée et entourée. Ce ne sera qu’un rêve mais cela lui permettra peut être de tenir jusqu’au lendemain.
Sandrine, vous la connaissez certainement. C’est votre collègue de travail, que vous trouvez préoccupée mais qui garde quand même le sourire. C’est votre voisine, qui semble parfois éteinte et ne parle jamais d’elle. C’est même peut être votre amie qui a brusquement changé d’attitude depuis quelques temps et qui vous semble aller de plus en plus mal, même si elle fait tout pour sauver les apparences. Ce sont des femmes ordinaires au courage extraordinaire : celui de vivre l’invivable et de tenir malgré tout. Si vous croisez Sandrine, dites-lui que le mariage ce n’est pas ça et qu’elle mérite de vivre autrement. Que ses doux rêves pourraient bien devenir réalité et qu’elle a droit au respect. Dites-lui qu’elle est une personne à part entière et que ce n’est pas sa faute, qu’elle est une victime. Dites-lui enfin que vous serez là pour la soutenir et que vous l’aimez. Elle en aura besoin.



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A la lecture de cet article, difficile de ne pas ressentir soi-même l’angoisse vécue au quotidien par cette Sandrine, et toutes les autres Sandrine. Et d’espérer que la libération arrivera le plus tôt possible.
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C’est l’espèce de huis-clos qui est insupportable. La violence symbolique qui va avec, la destruction progressive de l’estime de soi d’une femme, qui ne génère quasiment jamais de rebellion. On est avec Sandrine du début jusqu’à la fin et on se dit que l’essentiel des souffrances que vivent de nombreuses femmes aujourd’hui sont invisibles. Elles pleurent en silence.
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« je vais vous raconter une l’histoire d’une famille ordinaire, du moins en apparence »
Cette comedie qui est jouee tous les jours fait aussi partie de cette violence. le texte est travaillee la mise en scene de ‘la famille qui baigne dans le bonheur’ est parfaitement maitrisee, et la piece est jouee tous les jours. Quand le public n’est plus la, la fiction est terminee les masques tombent et on decouvre cette souffrance qui detruit une femme, un homme et qui n’epargne pas les enfants. C’est une famille de plus qui est detruite. Il existe certainement une sandrine dans l’entourage de chacun de nous, mais on ne se parle pas on ne s’entend pas, on se contente de reciter notre texte et de jouer notre role. C’est cette violence invisible, trop bien cachee par cette comedie qui enferme ces femmes dans la solitude.
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Être entourée de gens qui l’aime aidera surement Sandrine mais dans la vie on reste seul, c’est son combat à elle, pas contre Jean Paul mais contre elle même pour retrouver la dignité qu’elle a laissé sans défense pour les beaux yeux de son mari.
Dans toute relation (fraternelle, amicale, professionnelle…)dès lors que l’un des deux courbe l’échine l’autre devient inévitablement dominateur et fera ce qu’il faut pour garder sa place, sans pour autant être un monstre, les erreurs deviennent des mauvaises habitudes, et on se retrouve enfermés dedans.
La solution? Mieux vaut prévenir que guérir. Le dialogue dans le couple et hors du couple: poignées intérieur et extérieur pour éviter de s’enfermer dedans, le self-control: ne pas faire à autrui ce qu’on n’aimerait pas qu’on nous fasse (=les clés, et en double!), et tout faire pour garder son cœur en vie, le pire c’est bien de s’enfermer soi-même.
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