Article rédigé par Mel.
Les autres, ceux qui m’entourent, qui se situent aux frontières de mon être. Les étrangers étranges, qui ne sont pas comme moi, différents de mes semblables, semblables aux autres différents. Les extra-moi, les « extra-ordinaire », les autres, les extra-normaux, car la normalité c’est moi. Ces uns, ces unes, ces riens. Ces gens, ceux là, montrés de loin car être proche peut nous confondre, toucher leur être même du bout des doigts, voire du bout du bout des ongles pourrait nous remettre en cause. Remettre en cause nous, ce que nous sommes, ce que nous défendons, notre manière de vivre, d’être et de devenir.
Mais qui est ce « nous » dont vous parlez si bien? Qui sont ces autres dont vous parlez si mal? Qui, quoi, où, pourquoi ? Ma tête explose, elle n’arrive plus à entendre ces notes, elles sonnent faux, elles sonnent creux, elles ne sonnent pas. Elles viennent d’un autre monde, que lui je peux définir, un monde sans l’Homme, un monde sans humanité, un monde sans l’autre, un monde sans nous. Un autre monde asile de la peur et la division, un monde de corps, de bras qui dénoncent, de bouches qui crachent, de yeux qui fixent et se détournent, un monde sans âme où le cœur est mort, il a été enterré sous l’autel du ressentiment. Les ressentis, ouverts d’esprit et repentis ont fait quant à eux leurs valises car il n’y a dans ce monde pas de «logements moraux », personne ne veut les « intégrer », car ils sont dangereux les bienheureux !
On préfère les enfermer dans des ghettos au sein desquels on les formate pour qu’ils s’ignorent, se coupent de leurs traditions : pont vertical reliant leur âme au sacré. Les corps font la guerre aux âmes pour qu’elles se meurent, se vident de leur essence, pour qu’elles abandonnent leur être et leur substance. Ces dernières ont tenté de résister avant de partir, mais ce monde là ne leur a laissé aucune chance. Les corps se sont acharné jusqu’à ce que la dernière parte ou ne meurt, ils ont utilisé les médias pour ouvrir en elles des plaies insidieuses qui n’ont jamais pu se refermer, ils ont utilisé l’école pour les déscolariser, ils ont utilisé la mode pour les rendre à jamais démodées.
Les âmes sont lasses de se battre et résister, elles sont usées de tant de batailles, elles qui ont tant de fois tenté de se rassembler…Car oui, les corps ont même utilisé les âmes pour mieux les désintégrer. Ils ont instrumentalisé des unions qui ont fait émerger en leur sein des libérateurs imposteurs, des représentants imprésentables, des corps déguisés en âmes encore plus féroces que ces corps déshumanisés. Alors vint un jour où ces êtres faits de terre abandonnèrent cette terre de feu pour rechercher ailleurs une étendue, l’asile du repos de leur âme.
Dieu avait prévu ce scénario, il savait que cela arriverait lui qui avait crée le monde. Il savait que ce jour créerait un trou béant, qui séparerait à jamais les cœurs du règne des corps. Il a prévu une fin pour l’ensemble de ces autres, de ces « nous », il accueille dans sa lumière les âmes mélodieuses pour les abreuver d’un amour intarissable, elles qui ont tant manqué se laissent enfin porter par les parfums enchanteurs. Quant aux corps, restés corps, les souffrances qu’ils ont fait endurer se retournent contre eux-mêmes…
Dès lors, à l’aune de la vie, toi, lui, elle, moi, nous, qui habitons un corps et une âme, réveillons-nous pour faire éclore un monde où les corps ne règnent pas.



Ecolier, tes papiers !
Sexe, mensonges et idéaux, part I : Le mythe du « plus vieux métier du monde »
François Hollande président : quelles perspectives pour les musulmans de France ?
Leopold Weiss, un lion autrichien (1900-1992)
Bande Annonce : Sexe, mensonges et idéaux
Faîtes confiance à vos émotions
Decorum : Dans les coulisses du cirque médiatique
Superbe.
[Répondre]
Macha Allah !
Trop ce que je ressens !!!!
[Répondre]
Beau texte.
Cette photo m’horipile.
[Répondre]
Je crois sincèrement que l’auteur à l’écriture dans le sang, et qu’il devrait se lancer dans lécriture d’un livre?
[Répondre]
Assalaam ‘alaykoum.
En remerciement pour le magnifique texte.
SOUFFLE …
Il vient d’une cité de banlieue classée comme lieu de perdition et repaire de sauvageons par l’arrogance d’idéologies mensongères et trompeuses de tous bords.
Il n’est pas encore « majeur » et à sa sortie, tous les enfants comme lui l’attendaient.
À la cité, le soir même, « on fêta l’événement par le régal des régals : le boundouk (l’ancêtre du couscous), un chaudron géant où très longtemps un mouton entier avait mijoté et libéré le jus de sa viande, de ses os et de ses tripes; à mi-cuisson, on lui avait adjoint une brassée de légumes et quelques épices connues des montagnards seuls, c’est-à-dire un choix harmonieux de ce qui avait poussé sur terre et sous terre, à proportions égales de saveurs avec le suc du ruminant. Et maintenant, découpée en quartiers, abats fumants par-dessus, la viande était servie dans un plateau en bois d’arganier large de deux enjambées d’homme. Deux autres plateaux tout aussi immenses contenaient respectivement les légumes et un dôme de grains d’orge verts, tendres, cueillis juste avant la maturation et que des douzaines de mains de femmes avaient cuits sur un treillis de doum, à la fumée d’un feu de bois. Au son des tambours, des flûtes et des cymbales qui dialoguaient de crête en crête, on formait religieusement une boule de boundouk avec quelques légumes et un morceau de viande, on l’arrosait d’une louchée de bouillon, et puis on mastiquait dans le recueillement d’une prière muette à la Mère Nourricière, yeux fluides, narines palpitant d’émotion » (Driss Chraïbi, Naissance à l’aube, Paris, Le Seuil, 1986, p.108).
Le chat des voisins participe à la fête. Il est connu. Les autres matous aussi. Subitement, une sorte d’émotion enveloppe l’assistance. Le chat semble faire de gros efforts pour permettre à chacun de garder de lui ce qu’il y a de mieux … Il semble au bout du chemin ici-bas. Au loin, des reflets dans le fleuve prennent des formes et des couleurs particulières.
Pendant un instant, le silence s’est instauré … comme pour écouter ce chat qui paraît dire par son regard :
« Les uns partent, les autres arrivent. C’est ainsi. Nous nous devons d’assumer le destin … ».
Dans un coin, le mineur sorti de prison pense à son arrestation … Il était parmi la multitude. Une manifestation contre le système impérialo-sioniste et ses serviteurs … Il marchait … Un souffle le poussait… Le souffle de l’enfant qui naît semblait être l’écho de ce souffle … Le souffle de la Résistance …
La corruption, la servilité, les compromissions, les mensonges, les trahisons, les viols, les crimes, les massacres, les tortures, les horreurs …
De la cendre qu’emporte le vent un jour d’orage.
Une montagne explose déversant des bisons …
Géronimo, redevenu enfant, entonne le chant de la Louange …
Les ombres se rassemblent à l’Appel …
Elles refluent comme des vagues puis remontent …
Les marcheurs ont pris une banderole et ont dessiné un rire d’enfant …
« Les forces de l’ordre » avaient mobilisé d’énormes moyens pour empêcher ce rire d’exploser …
Il a été arrêté et incarcéré pour « incitation à la haine ».
Le chat le fixe.
Il lit en lui et sait, de source sûre, qu’il sent les événements qui se préparent … qui pointent déjà à l’horizon … et que perçoivent ceux qui, comme lui, savent voir avec le cœur.
« La cécité n’atteint pas les yeux, mais les cœurs qui sont dans les poitrines ».
Il est serein et sait qu’il est ce qu’il doit être …
[Répondre]