Par marwan
J’ai eu l’honneur d’être invité à représenter le CCIF à la conférence annuelle de l’OSCE, consacrée à la lutte contre l’intolérance et la discrimination.
Le Kazakhstan présidant cette année l’OSCE, c’est à Astana que s’est déroulée la conférence, sous le patronage du président Nursultan Nazarbayev et de son gouvernement. Joli prénom, Nursultan. Presque aussi joli que Zine el Abidine, Abdallah ou encore Mohamed Hosni. Curieuse, cette habitude qu’ont les despotes à faire l’opposé de ce que leur dicte leur prénom…
En arrivant à l’aéroport, dans la voiture qui m’emmène à mon hôtel, je découvre la ville et ses avenues. Des bâtiments neufs. Personne dans les rues, mis à part les ouvriers des travaux publics qui s’activent à regoudronner la chaussée, à repeindre les panneaux de signalisation et à préparer la ville en vue de l’arrivée d’étrangers à qui on veut montrer à quel point le Kazakhstan est devenu moderne et développé. Immeubles en forme de missiles, monuments ovoïdes élancés vers le ciel. Si Goldorak avait une ville, ce serait assurément Astana.
Mis à part être un non-lieu sociologique (une ville sans habitants), Astana fait office de ville vitrine à la gloire d’un pouvoir (juste un tout petit peu) mégalomane.
72 heures plus tard le bilan de la conférence est plutôt positif, tu pourras en juger par toi-même en lisant ceci ou cela.
Mais quelques autres questions m’ont traversé l’esprit pendant cette semaine au Kazakhstan, après avoir quitté Astana pour Almaty, la capitale historique.
Vois tu, si tu n’es pas fan de dance-music des années 80, si Dr Alban n’est pas ton médecin traitant, si tu n’aimes pas trop te réveiller en Pump it up après une soirée de travail, alors saches que visiter une grande ville d’Asie centrale va te faire mal aux oreilles (et la Chine aussi, et la Russie, etc…).
Le plan B, si tu veux échapper à ça, c’est une chanteuse russe qui reprend les tubes de Patricia Kaas sur l’esplanade du palais d’Almaty qui est, comme chacun sait, un passage obligatoire pour tout visiteur qui chercherait à se rendre de Gorky Park (le grand jardin) à Kok Tobé (le téléphérique qui offre une splendide vue sur tout Almaty). Après que mademoiselle eût chanté le bluevskaya, qu’elle nous eût parlé de son mec à elleski qui lui-même lui parle d’aventure et de voitures, et dont elle déplore (quelle sotte) croire tout ce qu’il dit, je dois avouer que c’est la mine dépitée et les tympans proches de l’hémorragie ruskomusicale que j’ai finalement rejoint le centre ville. Et là, même spectacle qu’à Astana : alcool à profusion, technotron ringard et quasiment toutes les filles en minijupes, montées sur talons aiguilles et apprêtées comme pour un défilé de carnaval, si bien (ou plutôt si mal) que mes principaux souvenirs d’Almaty et Astana sont la couleur du macadam ainsi que la géométrique perfection de mes lacets entrecroisés.
Ce qui m’amène à poser la question suivante :
Mais où donc est passé l’Islam ?
Bah oui, parce qu’en planifiant mon voyage, j’avais cru comprendre que le Kazakhstan était un pays musulman. Du coup, j’ai été un peu étonné de ne trouver qu’une grande mosquée par ville, ainsi que quelques salles de prière disséminée. Quant à la pratique de l’Islam au quotidien, elle est invisible, mis à part aux abords de la mosquée.
Pour comprendre, il faut faire un petit tour dans l’histoire et la géographie du pays : quand l’Union Soviétique a été formée en 1917, le territoire kazakh a été annexé et incorporé. Le pouvoir soviétique a tenté de sédentariser de force le peuple, ce qui s’est soldé par des massacres et une grande famine dans les années 1929-33. Un tiers de la population du pays a été tué dans ces terribles événements. La religion, déclarée comme ennemi d’état par le pouvoir soviétique, a été progressivement détruite et effacée de la vie publique du pays. Tout opposant était arrêté, jugé, tué ou envoyé dans un camp de détention.
Quatre générations plus tard, il est compréhensible que les traces de l’Islam soient faibles, parfois réduites à une dimension symbolique. Par ailleurs, l’essentiel des populations tenant à l’Islam se sont regroupées dans l’Ouest du pays, sauvegardant autant que possible leur mode de vie et leur pratique religieuse. Comme ailleurs dans le monde, on sent un renouveau de l’Islam avec une génération de kazakhs musulmans qui sont conscients des enjeux du monde moderne et entendent bien affirmer leurs convictions, avec le risque de répression par un pouvoir toujours sous influence russe, si d’aventure ils se montraient trop entreprenants.


