Par Rédaction
Ce texte plein d’humour proposé par Mickaël B. est très agréable à lire. Il détourne une scène de la vie quotidienne pour nous interroger sur la nature du bonheur, sa rareté, sa valeur et les moyens de l’obtenir. L’auteur utilise très bien le dialogue entre le client et la vendeuse, parfois désabusée sur l’usage que font les gens d’un bonheur si précieux. Chapeau…
Le Bonheur, par Mickaël B.
10h30 , Paris
Sorti du métro, Montreuil…Enfin…
Quelques sourires dans ma poche… Je les garderais jusqu’à ce soir…Ils sont éphémères, ne durent guère plus qu’une journée, malheureusement…Quelquefois, en fermant longuement les yeux, j’arrive à les faire durer jusqu’à tard dans la nuit. Mais c’est rare.
J’ai faim…Je vois un fast-food pas loin, je vais tenter le coup…
-« Bonjour, je voudrais du bonheur s’il vous plait.
- Sur place ou à emporter ?
Quelle question ! A emporter évidemment ! Je ne veux pas d’un bonheur que je ne peux garder avec moi. Et encore moins partager. Je veux l’emporter avec moi, le chérir, l’entretenir, le faire vivre…Un bonheur, ça doit vivre non ? C’est quoi du bonheur sur place ? […]
- A emporter…
Elle me tend un paquet marron, soigneusement refermé…
- Qu’est ce qui me prouve que c’est du bonheur ?
- Bah vous savez à quoi cela ressemble non ? Vérifiez vous-même !
Le fait est que je ne sais pas vraiment à quoi ça ressemble du bonheur. J’ai bien vu chez les autres des semblants de bonheur mais je n’étais jamais sûr…Et puis mon bonheur, ce n’est pas forcément celui des autres…
- Je ne sais pas, j’hésite quand même…Je voudrais pas que ce soit du mauvais bonheur…Du malheur pourrait-on dire…Y a rien de pire que le mauvais bonheur, n’est ce pas ? On croit qu’on est heureux, et puis on n’ose pas imaginer qu’on pourrait l’être encore plus, alors on n’ose pas se débarrasser du sac, vous comprenez…
- Bah, dans ce cas, ne prenez pas du bonheur, prenez de la joie. La joie c’est plus visible, ça se manifeste tout de suite. Ca fait pleurer, mais différemment. Et c’est éphémère, mais on le sait, on n’est pas surpris ! On a un menu joie en ce moment, avec en cadeau des amis d’enfance sans aucun intérêt que de vous faire rire…
- Non, non je vais prendre le bonheur… Mais qu’y trouve t-on à l’intérieur ?
- De la vie, des sourires d’adultes et d’enfants, quelqu’un qui vous rend beau, qui vous fait rire, qui aime vos blagues débiles. De la musique, des feuilles qui tremblent dans les arbres, du soleil, des étoiles, deux regards qui voient le même horizon, des paroles, […], de l’oubli, …
- C’est bon, c’est bon, je crois que je vais le prendre… Mais ça fait beaucoup tout ça…Je veux dire…C’est pas dangereux au moins ?
- Je ne crois pas…En tout cas, personne n’est encore mort du bonheur jusqu’à maintenant…
- Oui, tant qu’on l’a…
- Si vous le perdez, c’est votre problème…On rembourse pas de toute façon…
- Même si je n’aime pas ?
- Vous n’aurez qu’à en prendre un autre ?
- Mais je vais le payer ?
- Oui, on paye toujours pour les bonheurs ratés. C’est ainsi. On ne peut pas se permettre de rembourser les gens pas heureux ! Vous imaginez l’argent que ça nous coûterait ?
- J’imagine…je suis tenté…Les gens qui sortent de chez vous ont l’air heureux, ils ont le sourire.
- Ils sont satisfaits surtout.
- Satisfait de quoi ?
- De leur bonheur…Ils croient l’avoir mérité !
- Oui et c’est marrant, ils partent chacun de leur côté…Avec leurs sourires…C’est bizarre, ils pourraient se regrouper, en parler…
- Pourquoi faire ? Y a que le malheur qui se confie ! Le bonheur fait rarement parti des confidences !
- Cela vous ferait de la publicité, pourtant…
- Oui mais bon, peut être que le bonheur des uns grandit quand les autres sont malheureux. Trop de pub, cela nous tuerait le bonheur, à coup sûr…
- Vous êtes dure là ! Je pense qu’ils n’osent pas l’exhiber c’est tout… C’est de la pudeur…
- Peut être oui… Je suis un peu aigrie par ce boulot…Si vous saviez tout les gens à qui j’ai donné du bonheur et qui l’ont saccagé ! Ca me dégoûte !
- Oui, je pense que peu de gens sont conscients de ce qu’ils ont…J’en parlais tout seul tout à l’heure dans le métro…
- Bon, vous m’êtes sympathique, et tout, et tout, mais…Vous le prenez ce bonheur ou pas ?
- Non…Finalement, je vais aller me promener…Je vais pas l’acheter votre bonheur…Je vais le croiser. »




Mickael B. ton texte est super, super agréable à lire et lourd de sens. J’aime toutes ces métaphores. Et je pense que si plus de monde considererait le bonheur comme un bien matériel, on en prendrait beaucoup plus soin et en profiterait plus sans le detruire. Belle continuation. Paix
très joli texte!
Salam
C’est rafraichissant, doux et j’en veux encore!!! du bonheur !!
un vrai petit moment de bonheur cette lecture
merci Mickael!!! et merci Marwan de nous faire découvrir ces talentueux magicien des mots, cachés!!!
Léger, drole, un pur moment de bonheur! Ephemere certes, mais c’est ca le bonheur non?
Salam,
Belle créativité Mickael, ce qui est d’autant plus intéressant c’est qu’on voit très bien que le bonheur ne pourra jamais être une simple marchandise avec des caractéristiques intrinséques d’un produit quelquonque.
On comprend aussi pourquoi chez les musulmans il y a cette importance de manger tranquilement,sereienement pour apprécier les bienfaits d’Allah Subanou té Rella
Que Dieu nous guide.
Désolée: tranquillement, sereinement
Ps: Marwan, je me doute que tu dois être « overbooké », mais s’il te plait donne moi juste un petit avis pour mon projet. Même une réponse succinte, mais un petit avis ça serait sympa, je n’aimerais pas faire fausse route par manque d’infos sur la finance islamique
Barakalaoufik
Très belle description du bonheur, les métaphores sont magnifiques.
C’est vrai que le bonheur est une notion abstraite derrière laquelle on court sans vraiment savoir ce que l’on recherche exactement. Et quand ca nous arrive on n’est souvent incapable d’en profiter pleinement de peur que ce ne soit qu’éphémère.
Félicitation pour ton texte j’espère que l’on aura l’occasion d’en lire d’autre.
Bonjour à toutes et à tous,
Je suis touché de la publication de ce texte, car c’est l’un des plus profonds que j’ai pu écrire…
Je vis en province et j’ai souvent été marqué par le fourmillement de vie à Paris…cette folie des grandeurs et les grands frissons qui accompagnent.
Et de sortir du métro à chaque fois me donne un regard transcendant sur ce monde, l’existence et ses couplets, où le refrain n’est jamais tout à fait le même…
Tout en imaginant en haut d’un excalator une vendeuse fictive de joie et / ou de bonheur, auréolés d’un flou et d’un questionnement universels.
Car oui, vous avez avec beaucoup de générosité dans vos retours, saisi le sens profond de ce texte : cette recherche d’un bonheur qui à l’état pur, ne dure jamais très longtemps, et la façon dont on le disperse, vit ou détruit, avec toutes les nuances qu’est capable de mettre en place l’être humain.
Et puis à titre plus personnel, ce goût de la nuance est très présent sur mes lèvres. Sans doute le » gris » doit il nous réconcilier entre le noir et le blanc, puisque rien est jamais vraiment acquis finalement…
Je vous remercie très chaleureusement pour votre lecture, et le temps pris pour l’interprétation.
A la prodigalité,
Mickaël
j’ai bien aimé le texte.
je me demande si tu aurais pu l’écrire en vivant à paris, dans ce « fourmillement de vie ».
merci pour ce petit moment de « bonheur »
Magnifique, ça fait vraiment réflèchir !
Très jolie chute dans une société de consommation où tout s’achête.
Merci Mickael B !
Merci !