L’histoire qui suit se passe bien entendu dans un univers fictif sans aucune comparaison avec la réalité. Toute ressemblance avec des personnages existants serait absolument fortuite, car nous ne vivons heureusement pas dans un monde aussi injuste que celui que je m’apprête à décrire. N’est-ce pas ?
Dans une galaxie lointaine, très lointaine, vivait un petit peuple dans un petit pays hexagonal gouverné par un petit monarque qui avait chez lui un graaaaand miroir dans lequel il se regardait tous les matins. Le régime politique, une sorte de démonarchie dictatoriale au suffrage télévisuel, lui permettait de garder le pouvoir indéfiniment tant que lui et sa troupe de comiques parvenaient à divertir les citoyens-zappeurs lors du Starium quinquénal. Le petit peuple avait, pour (ou par) sa prospérité économique, fait venir des individus d’un peuple voisin pour aider à l’accomplissement de diverses tâches : construire les routes et les immeubles, assembler les voitures spatiales ou encore nettoyer les toilettes cosmiques, Bref, un tas de trucs super funs et super cools qui permettent de garder la forme.
À l’époque il n’était pas prévu qu’ils restent : les Zimigrés, comme on les appelait, avaient des noms bizarres, mangeaient de manière différente et s’adonnaient à un rituel plus qu’étrange : ils se frappaient le front sur le sol cinq fois par jour. Forcément, ça posait un certain nombre de problèmes. Alors pour éviter les malentendus, les Rézidents les ont mis dans de petits abris de fortune sous les autoroutes et en marge des métropoles, dans des zones bien désertes pour qu’ils aient de la place pour courir.
Oui mais voilà, le temps faisant son œuvre, les Zimigrés se sont habitués au charme et au confort de ce petit pays : de belles résidences verticales bien à l’écart de la ville agitée, un statut social reconnu avec des horaires aménagés, des écoles où l’on facilite à leurs enfants la pratique des travaux manuels. Que demander de plus ? Certains se sont mariés avec des Rézidentes. D’autres ont ramené leur famille auprès d’eux. Et puis beaucoup de Rézidents se sont pris d’une sympathie plus ou moins sincère à l’égard des Zimigrés, de ce qu’ils représentaient, de ce en quoi ils croyaient. Quelques-uns d’entre eux ont même brisé les barrières et adopté la religion des Zimigrés, une foi qu’on disait d’un autre temps et d’un autre monde (un temps ancien et un monde qui fait peur – mais bon, peu importe tant qu’ils travaillaient et ne la ramenaient pas trop).
Quelque chose d’étrange se passait : comme si au fil des années, malgré les problèmes du quotidien et les murs qu’on essayait de dresser, les Zimigrés commençaient à faire partie du paysage (et donc à devenir des Rézidents). De la même façon, le paysage changeait aussi, il prenait des couleurs différentes, de nouvelles formes d’architecture et de nouvelles saveurs.
Il y avait des Rézidents à qui tout ça ne plaisait pas du tout. Mais alors pas du tout du tout.
Alors pour faire le tri entre les bons et les mauvais Rézidents, ainsi qu’entre les Zimigrés Zintégrés et les Zindésirables, le petit monarque au grand miroir a lancé une vaste discussion sur « l’identité nationale » du pays. Comme il savait que ça craignait un max, il a demandé à l’un de ses soufifres, le Grand Contrôleur, de s’en occuper et de tenir le crachoir à tout ceux qui voulaient s’exprimer sur le sujet, donc surtout à ceux pour qui « identité nationale » voulait dire quelque chose et qui se sentaient suffisamment menacés pour vouloir la défendre.
On organisa de grandes cérémonies publiques lors desquelles certains chantaient l’hymne du pays : il y était essentiellement question de féroces soldats, de bataillons et de sang impur…
Durant ces rencontres, on prenait la parole pour dire ce qu’était l’identité nationale ou ce qu’elle n’était pas, qui en était et qui n’en était pas, qui étaient les bons Zimigrés et qui étaient ceux dont on ne voulait pas, pourquoi la religion des Zimigrés posait problème et pourquoi on devrait accepter ça… Ça finissait tard en général. Les Rézidents non conformes partaient dépités. Les autres vociféraient, vociféraient, vociféraient.
L’ennui, c’est qu’on arrivait pas trop à savoir comment se dépêtrer de cette question : c’est quoi l’identité nationale d’un pays qui a 60 millions de visages ?
On commençait à entendre des choses farfelues :
« Ah zut, j’ai encore oublié mon identité nationale dans la poche de mon manteau… Pourvu qu’on ne croise pas des Contrôleurs-bleus ! »
« Hier, j’ai acheté mon identité nationale au coin d’la rue. Elle était encore toute chaude, à peine sortie du four. Alors j’lai mise sous l’bras et j’suis rentré chez moi m’faire un casse-croûte. »
« Chérie, je sais pas ce que j’ai. J’ai mal à l’identité nationale depuis quelques jours. Ya mes cheveux qui virent au crépu et ma peau qui dépasse le bronze tropézien en direction du marrakechois… vite, appelle les patriotes ! »
« L’identité nationale c’est un truc que si tu l’as pas, et bah tu peu pas le devenir que si tu fais beaucoup de sacrifices. Oui Monsieur. »
« L’identité nationale, s’tu veux, c’est un concept s’tu veux, qui te permet de renvoyer des Afghans en charter low cost pendant que tu voyages en classe affaires pour Copenhague s’tu veux. Et tout ça en étant neutre au carbone. »
« L’identité nationale, j’ai marché dedans en sortant de chez moi. »
« Si je suis élue miss identité nationale, je promets de représenter nos valeurs (boursières) aux quatre coins du monde (civilisé). Je peux avoir ma couronne qui brille maintenant ? »
« En tant que Grand Contrôleur de l’identité nationale, je souhaite que le débat ait lieu de manière sereine. Bien entendu, il ne s’agit pas de stigmatiser les personnes issues de la Zimigration qui vivent dans les banlieues et qui construisent des minarets en forme de missiles et qui égorgent des moutons dans leur baignoire au lieu de s’y laver et qui forcent leurs femmes à faire le ménage et à porter la burqa sur laquelle on fait un débat consultatif genre on se pose la question alors qu’on a déjà décidé de faire une loi pour l’interdire et puis s’il y a des émirs du golfe qui viennent claquer leurs millions chez nous bah on aura qu’à regarder ailleurs pendant qu’ils font leur shopping sur les Champs Elysées. Vous voyez bien que nous ne sommes pas racistes et que nous ne faisons aucun amalgame puisque la miss identité nationale que nous avons choisie est elle même, pour 25% de son génome, issue de la Zimigration. »
Comme vous pouvez le constater, plus on en parlait, moins on se comprenait, plus on avait peur et moins on s’acceptait. De part et d’autre, des gens commençaient à poser des questions qui fâchent, du genre « pourquoi vous essayez de diviser le peuple entre des groupes qui seraient plus légitimes que d’autres ? » ou encore « pourquoi un intérêt soudain à vouloir consigner de manière figée une réalité sociale, culturelle et religieuse qui ne l’est pas à quelques mois des élections ? »
Alors plutôt que de se rendre malade à se justifier, le petit monarque au grand miroir et ses suiveurs ont fait ce qu’ils savaient faire de mieux : une diversion.
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salam oualeikoum!
j’ai beaucoup aimé cet article, c’est une amie à moi qui m’a parlé de ton travail!
vraiment je te souhaite beaucoup de succès dans ce que tu entreprends insh Allah!
Fatima
wa salam oualeika
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Excellente fiction!! Je serai curieux de voir la réaction du peuple si cela nous arrivait.. ? …
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