Par marwan
Dans l’épisode précédent, le petit monarque au grand miroir et ses soufifres s’étaient retrouvés quelque peu désemparés face à la tournure du « grand débat sur l’identité nationale » qu’ils avaient lancé. Ils décidèrent donc de faire diversion, histoire de passer à autre chose à moindre frais.
Ils n’eurent pas besoin de chercher bien longtemps. Le calendrier aidant, la période des fêtes approchait. Dans ce petit pays d’une galaxie reculée, il existait une célébration qu’on appelait Nowel et à l’occasion de laquelle tout le monde communiait dans les temples commerciaux. Cette fête dépassait les frontières du pays. Elle transcendait les clivages sociaux et politiques dans une espèce de transe celticonsuméricapitalistique que tout le monde (ou presque) semblait approuver. Il n’y avait plus de droitistes, ni de gaucheurs, ni de centripètes mais à la place une grande et belle unité autour des valeur$ univer$elle$ de la con$oma$$ion. Il n’y avait plus de riches ni de pauvres mais simplement des payeurs, comptant ou à crédit. C’était un grand moment de dévotion et de fraternité bancaire.
Un étrange folklore accompagnait cette célébration : on coupait des arbres à la hache, puis on les laissait dépérir dans les salons tandis que le prédicateur cathodique décriait le réchauffement climatique et la déforestation. Des individus cagoulés vêtus de rouge et portant de longues barbes s’infiltraient chez les gens en passant par les cheminées, mais ça ne semblait déranger personne. On mangeait, on dansait, on chantait les louanges du partage, de la solidarité et de l’innocence enfantine tandis que des sans abris mourraient seuls dans le froid, le corps gelé et le cœur triste.
Vraiment, à l’époque, on savait y faire en communication.
C’était pas très difficile, le peuple avait une mémoire de poisson rouge et il suffisait de leur dire « demain sera pire » pour qu’ils consentent tous les sacrifices qu’on leur demande aujourd’hui. Quand les gens se plaignaient de lassitude, on lançait un nouveau programme d’anesthésie télévisée. Quand ils descendaient dans la rue, on leur filait des t-shirts, des mégaphones et quelques bannières… ça leur passait au bout d’un moment à se cailler dehors alors ils rentraient chez eux la voix cassée et les mains rougies par le froid. Et puis, de manière périodique, quand il y avait beaucoup de problèmes, on se trouvait des bouc émissaires , étrangers et lointains si possible : des fois les plombiers polonais, d’autres fois le travailleur chinois, mais il n’y avait pas besoin d’aller chercher trop loin, on avait chez nous, à l’intérieur même de nos frontières, les coupables parfaits : les Zimigrés et Zassimilés. Cette catégorie inclut le Zimigré sans laissez-passer, le Zimigré avec laissez-passer, le Zimigré de première, deuxième ou troisième génération, le Rézident issu de la Zimigration, le Résident issu de la « diversité et du métissage » , le Rézident de religion Zimigrée, le Rézident de souche sympathisant de la cause des Zimigrés et tout ce qui, de près ou de loin, ne correspond pas à l’idéologie dominante et qu’il convient de diaboliser et de décrédibiliser, comme tout bon Rézident sait.
Quand il y avait une crise de quelque chose, on avait trouvé un concept imparable. Ca s’appelait « le Grenelle de ». On faisait une super réunion dans un super endroit où on servait du café, du thé et des petits gâteaux. On faisait distribuer par de gentilles hôtesses des pins et des dossiers de presse bien soignés. Ajoutez à cela un discours par un mec portant une chemise déboutonnée et un air fatigué et le tour était joué. Tout le monde repartait content. On pouvait faire « le Grenellle de l’environnement », « le Grenelle des transports », « le Grenelle des banlieues », « le Grenelle de la banque », etc… Plus besoin de résoudre « le problème de » puisqu’on avait déjà fait « le Grenelle de » lors duquel « tous les partenaires sont tombés d’accord » (sur la qualité des petits fours et de l’accueil).
C’était l’age d’or. On pouvait faire tout ce qu’on voulait.
Et puis du côté des Zimigrés et Zassimilés, il faut reconnaitre qu’ils facilitaient la tâche du petit monarque au grand miroir et de ses sbires. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la division régnait. D’un côté, on avait des Zimigrés Zintégrés, qui voulaient à tout prix « trouver leur place » dans le système hexagonal. « Trouver sa place » on savait pas trop ce que ça voulait dire pour des gens qui étaient nés sur cette terre. Et puis ça sous-entendait qu’ils n’étaient pas à la leur (de place), puisqu’ils devaient la trouver… Pour être Zintégré ,il fallait faire plein de trucs bizarres que les autres Rézidents n’avaient pas besoin de faire. On appelait ça le processus de Zintégration.
C’était très utile d’embaucher des Zintégrés dans une entreprise. Ils étaient prêt à faire plus que les autres pour le même prix (ou la même chose pour moins cher), ils disaient toujours « oui » quand on leur demandait un truc et il suffisait de leur donner un petit poste de manager pour qu’ils sacrifient tout à la réussite de l’entreprise. Quand l’entreprise avait un problème, ils disaient « nous avons un problème ». Quand l’entrprise allait bien, ils disaient « nous allons bien ».
Même en politique, c’était pratique d’avoir quelques Zintégrés à proximité, pour coller des affiches et servir d’interprètes quand on s’adressait aux autres tribus de Zimmigrés un peu plus récalcitrants, comme les Zindigènes ou les Zislamistes. Quand le chef du parti disait « je pense que », ils répétaient « nous pensons que ». Quand le chef du parti disait « je veux », ils disaient « nous voulons ». Quand quelqu’un du parti disait quelque chose de raciste, on faisait parler les Zintégrés : « On est pas racistes, on a des Zimmigrés Zintégrés. Vous voyez ? Ils sont là bas, près du buffet… Momo !! Rachida !! Vous avez deux minutes pour une interview ? »
Et puis il y avait les méchants. On les appelait les Zéstrémistes : là dedans, on rangeait les Zindigènes, les Zislamistes, les Zaltermondialistes et tous les zautres bozos, zozos et zouaves qui, sans zozoter, nous zembetaient et nous restaient en travers de la gorze.
Attention, c’était du sérieux. Cà rigolait pas d’être un « Zéstrémiste ». Dès qu’on prononçait ce mot, tout le monde avait peur et s’écartait. On faisait venir des Zexperts qui étaient chargés de dire qui était Zéstrémiste (ooooouuuh, pas bieeeen !!!) et qui était modéré (Bieeeen !!!).
Etre Zéstrémiste n’était pas donné à tout le monde. C’était une vocation, un sacerdoce, plus qu’un job à plein temps, une façon de vivre. Pour en être, il fallait brutaliser sa femme, la forcer à porter une burqa, préparer ses enfants dès le plus jeune âge en simulant des attentats suicide en tricycle, parler avec un fort accent, toucher des allocations sur le dos des bons Rézidents, égorger des moutons dans la baignoire exigüe de son HLM, planifier des vacances dans les grottes et cavernes d’Afghanistan, lapider sa fille pour non respect du couvre feu, tenir des réunions secrètes dans les caves, financer le terrorisme, etc.
Quoi ? Cà n’existe pas ?
Bien sûr que ça n’existe pas, mais il suffisait de le dire pour que les Rézidents en aient peur. Et quand quelqu’un dénonçait la supercherie, on l’accusait d’être complice du Zéstrémisme. Tout ça n’était pas de tout repos, alors on a essayé de trouver des sponsors pour la cause. Des fois, on envoyait des journalistes pour les aider à monter des petites histoires avec une mise en scène sympa. Parmis les bestsellers, « le barbu du parking » ou encore « le mouton fugitif ». Sinon on avait des opérations « spécial femmes », mais ça c’est encore une autre histoire.
A suivre…




C’est pas beau la réalité!
que la force soit en nous..